Une réplique, au théâtre, est ce qu'un personnage dit d'une traite avant qu'un autre ne parle : la plus petite unité du dialogue. Elle peut tenir en un mot — « Sans dot ? » — ou en cinquante vers, et alors on l'appelle une tirade ; quand personne ne répond, c'est un monologue ; quand elle est dite au public et non aux autres personnages, un aparté. Et celui qui, dans le trou en avant-scène ou depuis les coulisses, chuchote les répliques au comédien qui les a oubliées, c'est le souffleur — neuf lettres, c'est aussi la réponse à la définition de mots croisés « il chuchote des répliques au théâtre ». Cette page donne la définition et le vocabulaire, les types de répliques avec des exemples pris dans les textes de la bibliothèque, ce qui fait une bonne réplique quand on écrit, et comment on l'apprend et on la joue.

Définition et vocabulaire
| Mot | Ce que c'est | Exemple |
|---|---|---|
| Réplique | ce qu'un personnage dit avant que l'autre parle ; l'unité du dialogue | « Va, je ne te hais point. » (Chimène, Le Cid, III, 4) |
| Tirade | une réplique longue, dite à d'autres personnages présents | la tirade des nez de Cyrano : « C'est un roc ! … c'est un pic ! … c'est un cap ! » (Cyrano, I, 4) — la différence entre tirade et monologue |
| Monologue | une réplique dite seul en scène, ou sans attendre de réponse | Harpagon découvrant le vol de sa cassette (L'Avare, IV, 7) — dix monologues à travailler |
| Aparté | une réplique que le public entend et que les autres personnages ne sont pas censés entendre | « Ma cassette trop honnête ! » (Harpagon, à part, L'Avare, V, 3) |
| Stichomythie | un échange de répliques d'un vers chacune, rapide comme un duel | Chimène et Rodrigue, Le Cid, III, 4 |
| Réplique-clé | dans une scène, la phrase sans laquelle la scène n'existerait pas | « Le poumon. » répété par Toinette (Le Malade imaginaire, III, 10) |
| Réplique d'appel (ou cue) | pour un comédien, la fin de la réplique du partenaire qui déclenche la sienne | les trois derniers mots du partenaire — c'est ce qu'on apprend avec son texte |
| Didascalie | ce qui n'est pas une réplique : l'indication de jeu entre les répliques, en italique | à part, survenant, il contrefait la morte |
| Souffleur | celui qui chuchote les répliques oubliées ; le métier a existé jusqu'au XXe siècle dans tous les théâtres | la réponse de la grille : SOUFFLEUR |
Ce que la réplique n'est pas : une phrase. Une réplique peut contenir dix phrases ; ce qui la délimite, c'est le changement de locuteur. Et le dialogue lui-même — la succession des répliques — a sa page, avec cinq exemples analysés. Le reste du vocabulaire de la scène — côur, lointain, filage, italienne — est dans le vocabulaire théâtral.

Les types de répliques, avec des exemples
La réplique d'exposition dit au public ce qu'il doit savoir, sans avoir l'air de le lui dire. Hugo ouvre Hernani par « Serait-ce déjà lui ? C'est bien à l'escalier / Dérobé » : en douze syllabes, une femme attend quelqu'un en secret, et il y a un escalier caché. Une bonne exposition est une réplique qui fait quelque chose en plus d'informer.
La réplique de conflit est celle qui pousse : elle veut obtenir quelque chose de l'autre. « Rodrigue, as-tu du cœur ? » — Don Diègue ne pose pas une question, il donne un ordre (Le Cid, I, 5). Presque toutes les répliques d'une pièce sont de ce type ; quand elles cessent de l'être, la scène s'affaisse.
La réplique de retournement change la situation d'un mot. « Sans dot ? » — Valère, qui plaidait contre le mariage, s'arrête net (L'Avare, I, 5) ; « Le pauvre homme ! » — Orgon, à qui l'on raconte que sa femme a été malade et que Tartuffe a bien mangé, ne plaint que Tartuffe (Tartuffe, I, 4). Quatre fois la même réplique, et le personnage est entièrement dessiné.
La réplique de reconnaissance est le moment où le personnage comprend. « Il y a plus de quarante ans que je dis de la prose sans que j'en susse rien » (Le Bourgeois gentilhomme, II, 4) : Monsieur Jourdain découvre qu'il parle en prose, et le public découvre Monsieur Jourdain.
La réplique d'aveu, celle qu'on attend depuis le début : « C'est Vénus tout entière à sa proie attachée » (Phèdre, I, 3) — Phèdre nomme enfin ce qu'elle a. Chez Marivaux, l'aveu ne se fait jamais tout à fait, et c'est le marivaudage.
La réplique qui entre : le personnage arrive avec elle. « Bon appétit ! messieurs ! » — Ruy Blas surprend les ministres en train de se partager l'Espagne (Ruy Blas, III, 2). Une entrée avec sa réplique est une des choses les plus difficiles à jouer ; l'entrée en scène explique pourquoi on ne parle pas en marchant.
La dernière réplique est celle qu'on retient. « Que diable allait-il faire dans cette galère ? » n'est pas la dernière de Scapin, mais c'est celle qui reste — Géronte la répète sept fois (Les Fourberies de Scapin, II, 7). Quand j'écris une saynète, la dernière réplique est la première que j'écris ; écrire une saynète explique pourquoi.
Ce qui fait une bonne réplique, quand on écrit
Quatre vérifications que je fais sur un premier jet, réplique par réplique :
- Elle fait quelque chose à celui qui l'entend. Une réplique qui informe le public sans agir sur le partenaire est une réplique de roman. Test : que fait l'autre personnage après l'avoir entendue ? Si la réponse est « rien », on coupe.
- Elle cache quelque chose. Le personnage ne dit pas ce qu'il veut, il dit ce qui peut l'obtenir. « Va, je ne te hais point » veut dire « je t'aime » ; c'est la distance entre les deux qui se joue.
- Elle a un rythme. Les répliques courtes accélèrent, les longues ralentissent ; une scène qui a le même rythme du début à la fin s'entend comme une lecture. On alterne — et on lit à voix haute.
- Elle est jouable par un comédien qui a un corps. Une réplique qui ne peut se dire qu'assis, immobile, face au public, est un problème de mise en scène en attente. La méthode complète est dans écrire une pièce de théâtre, et le dialogue comique — la réplique qui fait rire — dans les 10 secrets du dialogue comique.

Apprendre ses répliques, et les jouer
Apprendre. On n'apprend pas des répliques, on apprend des intentions : ce que le personnage veut à chaque réplique ; les mots viennent avec. Et on apprend toujours la réplique d'appel — les trois derniers mots du partenaire — avec la sienne : un comédien qui connaît son texte mais pas ses appels attend en scène. Comment apprendre son texte donne la méthode en sept étapes et le répétiteur en ligne donne la réplique du partenaire quand on est seul.
Jouer. Une réplique commence avant les mots — au moment où le personnage entend celle du partenaire et décide — et finit après — quand on regarde ce qu'elle a produit. Le comédien qui commence à parler au dernier mot du partenaire et cesse d'exister au dernier mot de sa propre réplique joue une lecture. L'écoute se travaille avec les exercices d'improvisation et l'échauffement ; la répartition des répliques dans une scène, avec l'analyse par événements, qui relève la réplique-clé de chaque scène.
Le trou. Quand la réplique ne vient pas, il n'y a plus de souffleur ; il y a le partenaire, qui relance, et les rattrapages décidés en répétition — qui reprend, sur quel mot. Un trou préparé n'est pas un trou.
Les répliques dans la bibliothèque
Toutes les répliques citées ici sont dans la bibliothèque, en texte intégral et libre de droits — Molière, Corneille, Racine, Hugo, Rostand —, avec l'acte et la scène ; les extraits de théâtre en donnent quinze passages à travailler, classés par usage, et les pièces à deux personnages les scènes où deux comédiens se renvoient la réplique.