Marivaux a écrit une trentaine de comédies entre 1720 et 1757, presque toutes en prose, presque toutes en un ou trois actes, presque toutes sur le même sujet : le moment où quelqu'un s'aperçoit qu'il aime — et fait tout pour ne pas se l'avouer. Les plus connues sont Le Jeu de l'amour et du hasard, Les Fausses Confidences, L'Île des esclaves, La Double Inconstance, La Dispute, L'Épreuve et Le Triomphe de l'amour : sept titres qui font le répertoire scolaire et celui des troupes. Cette page donne la liste par année avec le nombre d'actes, les sept pièces à connaître avec leurs personnages et leur durée de jeu, ce qu'on appelle le marivaudage, et laquelle choisir selon ce qu'on cherche. Six des sept — toutes sauf La Dispute — sont dans la bibliothèque en texte intégral, gratuites et libres de droits.

Les sept pièces à connaître : personnages et durée
| Pièce | Année | Actes | Personnages | Durée | Pourquoi celle-là |
|---|---|---|---|---|---|
| Le Jeu de l'amour et du hasard | 1730 | 3 | 6 | 1 h 30 | la plus jouée : deux fiancés se déguisent chacun en leur domestique, sans le savoir l'un de l'autre ; six rôles égaux, parfaite pour une troupe |
| Les Fausses Confidences | 1737 | 3 | 9 | 1 h 45 | la plus profonde : un valet, Dubois, manipule une riche veuve pour qu'elle aime son maître ruiné ; le rôle de Dubois |
| L'Île des esclaves | 1725 | 1 | 5 | 50 min | maîtres et valets échangent leurs rôles sur une île ; un acte, cinq rôles, le texte le plus étudié au collège et au lycée |
| La Double Inconstance | 1723 | 3 | 7 | 1 h 40 | la plus cruelle : un prince fait enlever une paysanne et la détache doucement de celui qu'elle aime ; comédie en surface, drame en dessous |
| La Dispute | 1744 | 1 | 10 | 45 min | quatre adolescents élevés sans jamais voir personne sont lâchés ensemble pour savoir qui, de l'homme ou de la femme, trahit le premier ; la pièce préférée des metteurs en scène |
| L'Épreuve | 1740 | 1 | 6 | 50 min | un homme riche teste la femme qu'il aime en lui faisant proposer de faux prétendants ; un acte, six rôles, se joue en atelier |
| Le Triomphe de l'amour | 1732 | 3 | 7 | 1 h 45 | une princesse déguisée en homme séduit tour à tour un philosophe, sa sœur et leur élève ; la plus audacieuse |
La Surprise de l'amour (1722, trois actes, sept personnages) est aussi dans la bibliothèque : c'est la première pièce où le sujet de Marivaux apparaît tout entier — deux personnes qui ont juré de ne plus aimer, et qui aiment.
La liste des pièces par année
Trente-cinq pièces sont conservées, sur près de quarante écrites. Voici celles qui comptent, par année de création ; les titres en lien sont en texte intégral dans la bibliothèque.
| Année | Pièce | Actes | En une phrase |
|---|---|---|---|
| 1720 | Arlequin poli par l'amour | 1 | une fée enlève Arlequin, qui lui préfère une bergère ; la première pièce jouée par les Italiens |
| 1722 | La Surprise de l'amour | 3 | deux déçus de l'amour se promettent de ne plus aimer |
| 1723 | La Double Inconstance | 3 | le prince, Silvia, Arlequin, et la cour qui défait un amour pour en faire deux |
| 1724 | Le Prince travesti | 3 | un prince voyage incognito et se fait aimer pour lui-même |
| 1724 | La Fausse Suivante | 3 | une jeune femme déguisée en chevalier démasque un fiancé cupide |
| 1725 | L'Île des esclaves | 1 | l'échange des maîtres et des valets |
| 1727 | La Seconde Surprise de l'amour | 3 | la même surprise, chez des gens qui lisent |
| 1727 | L'Île de la raison | 3 | des Européens rapetissés sur une île où l'on grandit en devenant raisonnable ; un échec |
| 1730 | Le Jeu de l'amour et du hasard | 3 | le double déguisement |
| 1732 | Le Triomphe de l'amour | 3 | Léonide déguisée en Phocion |
| 1732 | Les Serments indiscrets | 5 | la seule en cinq actes : deux promis qui jurent de ne pas s'épouser |
| 1732 | L'École des mères | 1 | une mère qui élève sa fille dans l'ignorance, comme Arnolphe chez Molière |
| 1733 | L'Heureux Stratagème | 3 | rendre jaloux pour reconquérir |
| 1734 | La Méprise | 1 | deux sœurs voilées, deux amoureux qui les confondent |
| 1735 | La Mère confidente | 3 | une mère qui se fait la confidente de sa fille pour la garder |
| 1736 | Le Legs | 1 | un héritage à condition de mariage, et personne qui ose parler |
| 1737 | Les Fausses Confidences | 3 | Dubois, Dorante, Araminte |
| 1739 | Les Sincères | 1 | deux personnes qui ont décidé de tout dire, et ne supportent pas de l'entendre |
| 1740 | L'Épreuve | 1 | Lucidor teste Angélique |
| 1744 | La Dispute | 1 | l'expérience des quatre adolescents |
| 1746 | Le Préjugé vaincu | 1 | une fille noble qui refuse un roturier, puis l'aime |
| 1750 | La Colonie | 1 | des femmes qui réclament le partage du pouvoir sur une île ; la pièce « féministe » de Marivaux |
| 1757 | Les Acteurs de bonne foi | 1 | une pièce dans la pièce, où les comédiens improvisent leurs propres sentiments ; la dernière |
Le marivaudage : ce que c'est, et comment on le joue
On appelle marivaudage la manière dont les personnages de Marivaux parlent d'amour sans jamais le dire : ils analysent, nuancent, se reprennent, jouent sur un mot — et le public comprend ce qu'ils éprouvent avant eux. Le mot a d'abord été une moquerie (« préciosité », disait Voltaire) ; c'est devenu le nom d'un art. Ce qui le distingue de la préciosité des Précieuses ridicules de Molière : chez Marivaux, la langue raffinée n'est pas un ridicule, c'est un instrument de vérité — c'est en parlant trop bien que Silvia se trahit.
Sur scène, ça se joue à l'envers du texte : plus la réplique est élégante, plus le personnage est en danger. La règle que je donne aux comédiens : chaque phrase de Marivaux cache une phrase de trois mots que le personnage ne veut pas dire — et c'est cette phrase-là qu'on joue. « Je ne sais que vous répondre » veut dire « je vous aime ». Le travail du texte suit la méthode d'analyse par événements : chez Marivaux, l'événement est presque toujours un aveu qu'on ne fait pas.
Laquelle choisir, selon ce qu'on cherche
Pour le collège et le lycée. L'Île des esclaves (un acte, le texte des programmes : maîtres et valets, la satire sociale) ; Le Jeu de l'amour et du hasard et Les Fausses Confidences au lycée, souvent au bac. Le commentaire de texte théâtral donne la méthode ; pour situer Marivaux, les grands noms du théâtre.
Pour une troupe amateur. Le Jeu de l'amour et du hasard d'abord : six rôles égaux, trois hommes, trois femmes, un décor, 1 h 30, et le public connaît l'histoire. Puis Les Fausses Confidences si vous avez un Dubois ; L'Épreuve ou L'Île des esclaves pour une soirée en deux pièces courtes. Éviter en premier spectacle La Dispute (le texte semble simple, il ne l'est pas) et La Double Inconstance (le ton est difficile à tenir).
Pour un atelier, des adolescents. L'Île des esclaves : l'échange des rôles est un exercice de théâtre en soi ; La Dispute pour un groupe de quatre adolescents qui veulent un vrai texte. Les scènes à deux sont partout — Silvia et Dorante (Le Jeu, II, 12 ; III, 8), Araminte et Dorante (Les Fausses Confidences, II, 13), Arlequin et Cléanthis (L'Île des esclaves, scène 6) — voir les pièces à deux personnages.
Pour rire. Marivaux fait sourire, rarement rire : pour une comédie qui fait rire, les 25 comédies les plus drôles et les pièces de Molière.
Marivaux en trois faits
- Il a écrit pour deux troupes : les Comédiens-Italiens (Arlequin, Silvia — de vrais noms d'acteurs de la troupe) et la Comédie-Française, qui l'a moins aimé ; ses meilleures pièces sont celles des Italiens.
- Il n'a jamais eu de grand succès de son vivant : Les Serments indiscrets est un four, L'Île de la raison aussi ; il est élu à l'Académie française en 1742 contre Voltaire, qui ne le lui pardonne pas. Le XXe siècle — Jouvet, Vilar, Planchon, Chéreau — en a fait le deuxième auteur comique français après Molière.
- Tout est en prose, sauf quelques divertissements : c'est la prose qui permet le marivaudage, cette hésitation de la phrase qui est celle du sentiment.