Réponse courte, pour ceux qui n'ont pas le temps de lire vingt-cinq notices : pour rire tout de suite, Le Dîner de cons ; pour la mécanique la plus parfaite jamais montée sur scène, Un fil à la patte ; pour le personnage le plus drôle du répertoire, Monsieur Jourdain dans Le Bourgeois gentilhomme. Le classement complet est ci-dessous. Pour chaque pièce : le ressort qui fait rire, la scène qu'on cite encore, le nombre de rôles, la durée, et le point qui change tout pour une troupe : faut-il payer des droits.
Le classement tient compte de trois choses : le rire en salle aujourd'hui, pas la réputation dans les manuels ; la solidité de la pièce entre des mains d'amateurs ; et la possibilité de la monter sans démarches. Quinze pièces sont dans le domaine public, dix sont protégées.

En un coup d'œil
| # | Pièce | Auteur, année | Rôles | Durée | Droits |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Le Bourgeois gentilhomme | Molière, 1670 | 12 à 15 | 2 h | domaine public |
| 2 | L'Avare | Molière, 1668 | 15 à 18 | 2 h | domaine public |
| 3 | Le Tartuffe | Molière, 1669 | 12 | 2 h | domaine public |
| 4 | Les Fourberies de Scapin | Molière, 1671 | 10 | 1 h 40 | domaine public |
| 5 | Le Malade imaginaire | Molière, 1673 | 12 | 1 h 50 | domaine public |
| 6 | Le Médecin malgré lui | Molière, 1666 | 11 | 1 h 15 | domaine public |
| 7 | Les Précieuses ridicules | Molière, 1659 | 10 | 45 min | domaine public |
| 8 | Les Plaideurs | Racine, 1668 | 8 | 1 h 15 | domaine public |
| 9 | Le Jeu de l'amour et du hasard | Marivaux, 1730 | 6 à 8 | 1 h 30 | domaine public |
| 10 | Le Mariage de Figaro | Beaumarchais, 1784 | 16 | 2 h à 3 h | domaine public |
| 11 | Un chapeau de paille d'Italie | Labiche, 1851 | 20 | 2 h | domaine public |
| 12 | Le Voyage de Monsieur Perrichon | Labiche, 1860 | 12 | 1 h 45 | domaine public |
| 13 | Un fil à la patte | Feydeau, 1894 | 15 | 2 h | domaine public |
| 14 | La Puce à l'oreille | Feydeau, 1907 | 14 | 2 h | domaine public |
| 15 | Ubu roi | Jarry, 1896 | 10 comédiens pour 30 rôles | 1 h 30 | domaine public |
| 16 | Le Dîner de cons | Francis Veber, 1993 | 7 | 1 h 30 | SACD |
| 17 | Le Prénom | Delaporte et de La Patellière, 2010 | 5 | 1 h 45 | SACD |
| 18 | « Art » | Yasmina Reza, 1994 | 3 | 1 h 30 | SACD |
| 19 | Le Père Noël est une ordure | Le Splendid, 1979 | 7 | 1 h 45 | SACD |
| 20 | Cuisine et dépendances | Jaoui et Bacri, 1991 | 5 | 1 h 30 | SACD |
| 21 | Oscar | Claude Magnier, 1958 | 10 | 1 h 45 | SACD |
| 22 | Boeing Boeing | Marc Camoletti, 1960 | 6 | 1 h 45 | SACD |
| 23 | Le Canard à l'orange | Douglas-Home, adapt. Mithois, 1969 | 5 | 1 h 45 | SACD |
| 24 | Toc Toc | Laurent Baffie, 2005 | 7 | 1 h 30 | SACD |
| 25 | Adieu, je reste ! | Isabelle Mergault, 2012 | 2 | 1 h 20 | SACD |
Durées indicatives, sans entracte, pour une version non coupée. Le nombre de rôles compte les rôles parlants ; beaucoup se doublent.
Quinze comédies du domaine public, à jouer sans droits
Un texte entre dans le domaine public soixante-dix ans après la mort de son auteur. Concrètement : le texte original se joue sans autorisation et sans redevance, par une troupe amateur comme par un théâtre. Une traduction récente, une adaptation ou une mise en scène filmée, elles, restent protégées. Toutes les pièces de cette section sont lisibles en entier dans la bibliothèque du site.
1. Le Bourgeois gentilhomme (Molière, 1670). Monsieur Jourdain, marchand enrichi, veut tout apprendre pour passer pour un noble : la musique, la danse, l'escrime, la philosophie. La scène du maître de philosophie, où il découvre qu'il fait « de la prose » depuis quarante ans sans le savoir, est peut-être la scène comique la plus jouée de la langue française. Le personnage porte la pièce : chaque leçon est un numéro, et la cérémonie turque du quatrième acte est une farce complète. Rôles principaux : Jourdain, Madame Jourdain, Nicole, Cléonte, Covielle, Dorante, Dorimène et quatre maîtres. Texte intégral · Édition professionnelle avec découpage et coupes.
2. L'Avare (Molière, 1668). Harpagon n'aime que sa cassette. Tout le rire vient de là : le « Sans dot ! » répété à qui veut le raisonner, le monologue « Au voleur ! » où il soupçonne jusqu'au public, la scène où lui et son fils parlent de deux choses différentes en croyant se comprendre. C'est la comédie de caractère dans sa forme la plus pure : un homme, une obsession, et le monde entier qui s'y cogne. Distribution large, plusieurs rôles courts faciles à doubler. Texte intégral · Édition professionnelle.
3. Le Tartuffe (Molière, 1669). Un faux dévot s'installe chez Orgon et le dépouille, sous les yeux d'une famille qui a tout compris sauf le maître de maison. La scène de la table, au quatrième acte, est le sommet : Orgon caché dessous entend Tartuffe séduire sa femme, et le public rit de chaque réplique parce qu'il sait qui l'écoute. Le « Le pauvre homme ! » du premier acte suffit à raconter la pièce. Texte intégral · Édition professionnelle · analyse.
4. Les Fourberies de Scapin (Molière, 1671). Un valet mène tout le monde par le bout du nez, deux vieillards avares en tête. Géronte dans le sac, roué de coups par un Scapin qui imite trois assaillants, et le « Que diable allait-il faire dans cette galère ? » répété sept fois : le rire vient du corps et du rythme, ce qui en fait la comédie de Molière la plus sûre pour des collégiens et des débutants. Dix rôles, un décor. Texte intégral.
5. Le Malade imaginaire (Molière, 1673). Argan se croit malade et veut marier sa fille à un médecin pour en avoir un sous la main. Toinette déguisée en médecin de passage, qui diagnostique « le poumon » à tous les symptômes, est un des grands numéros comiques du répertoire. Le comique de répétition à l'état pur, avec un fond amer : Molière est mort après la quatrième représentation, en jouant Argan. Texte intégral.
6. Le Médecin malgré lui (Molière, 1666). Sganarelle, bûcheron ivrogne, est pris pour un médecin à force de coups de bâton, et se met à aimer ça. Trois actes courts, un latin de cuisine, et le célèbre « Nous avons changé tout cela » sur la place du cœur et du foie. C'est la farce la plus facile à monter du répertoire classique : onze rôles, une heure et quart, aucun temps mort. Texte intégral.
7. Les Précieuses ridicules (Molière, 1659). Deux provinciales éconduisent des prétendants trop simples ; ceux-ci leur envoient leurs valets déguisés en marquis. Un acte, trois quarts d'heure, et un jargon précieux qui fait toujours rire quand on le joue avec sérieux. La bonne pièce pour un programme court ou une soirée de plusieurs saynètes. Texte intégral.
8. Les Plaideurs (Racine, 1668). La seule comédie de Racine, et elle est féroce : un juge qui ne peut pas s'arrêter de juger, un plaideur qui plaide tout, et au troisième acte le procès d'un chien qui a volé un chapon, plaidoiries et pièces à conviction comprises. Huit rôles, alexandrins faciles, et une satire de la justice qui n'a pas vieilli. Texte intégral · Édition professionnelle · analyse.
9. Le Jeu de l'amour et du hasard (Marivaux, 1730). Silvia se déguise en servante pour observer son futur mari ; lui a eu la même idée. Deux maîtres jouent les valets, deux valets jouent les maîtres, et personne ne le sait sauf le père et le frère, qui s'amusent. Le rire est plus fin que chez Molière, mais Arlequin en faux Dorante est un vrai rôle comique. Six à huit rôles, idéal pour une troupe restreinte avec de bons diseurs. Texte intégral · Édition professionnelle.
10. Le Mariage de Figaro (Beaumarchais, 1784). Une journée pour empêcher un comte d'user d'un droit qu'il a lui-même aboli. Chérubin caché dans le fauteuil, le monologue de Figaro au cinquième acte, la reconnaissance en famille au troisième : la pièce enchaîne les situations comme une horloge. Elle est longue, près de trois heures sans coupes, et demande une grande distribution. Analyse.
11. Un chapeau de paille d'Italie (Labiche, 1851). Le jour de ses noces, le cheval de Fadinard mange le chapeau d'une dame qui ne peut pas rentrer chez elle sans le même. Il part en chercher un dans Paris, avec la noce entière derrière lui. Une course-poursuite en cinq actes, d'une invention constante. Vingt rôles et de la figuration : la pièce pour une grande troupe qui veut que tout le monde soit sur scène. Texte intégral.
12. Le Voyage de Monsieur Perrichon (Labiche, 1860). Un carrossier retraité emmène sa famille à Chamonix ; deux prétendants suivent. L'un sauve Perrichon d'une crevasse, l'autre se fait sauver par lui. Devinez lequel il préfère. Une observation cruelle et juste de la vanité, servie par un rythme de vaudeville. Douze rôles, quatre actes courts. Texte intégral.
13. Un fil à la patte (Feydeau, 1894). Bois-d'Enghien veut rompre avec sa maîtresse chanteuse le matin même de la signature de son contrat de mariage, et n'y arrive jamais. Feydeau règle la mécanique à la seconde : chaque personnage arrive exactement quand il ne faut pas. Bouzin, le clerc de notaire qui écrit des chansons, est un des rôles les plus drôles jamais écrits pour un second couteau. Texte intégral · le vaudeville expliqué.
14. La Puce à l'oreille (Feydeau, 1907). Une femme croit son mari infidèle, lui tend un piège dans un hôtel de passe, et l'hôtel emploie un valet qui est le sosie exact du mari. Le deuxième acte, avec le lit tournant et les deux sosies qui se croisent, est le plus virtuose que Feydeau ait écrit. Quatorze rôles, un décor par acte, et un rythme qui ne pardonne rien aux comédiens. Texte intégral.
15. Ubu roi (Jarry, 1896). « Merdre. » Le premier mot de la pièce a fait scandale et le reste tient la promesse : le Père Ubu tue le roi de Pologne, taxe tout le monde, fuit, et n'apprend rien. Un guignol énorme, grossier et d'une drôlerie totale, à condition de le jouer vite et franchement. Une trentaine de rôles pour dix comédiens qui changent de casquette. Texte intégral.
Dix comédies contemporaines, à déclarer avant la première
Ces pièces sont protégées. Toute représentation, même amateur, même gratuite, se déclare avant la première à la société d'auteurs du pays (SACD en France, SABAM en Belgique, SSA en Suisse), qui perçoit les droits pour l'auteur. Le barème dépend de la pièce, du lieu et de la recette ; il se demande avant de commencer les répétitions, pas la veille. Le texte s'achète ou se loue chez l'éditeur.
16. Le Dîner de cons (Francis Veber, 1993). Chaque mercredi, des amis invitent chacun un « con » pour s'en moquer. Le soir où Pierre Brochant se bloque le dos, le sien, François Pignon, reste chez lui et démolit sa vie par pure bonté. La scène du téléphone avec « Juste Leblanc » est devenue un classique du quiproquo verbal. Sept rôles, un salon, une heure et demie sans une seconde de creux. Notre fiche.
17. Le Prénom (Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière, 2010). Un dîner de famille dérape quand le futur père annonce le prénom de son fils : Adolphe. Tout le monde a une opinion, puis tout le monde a un secret. Cinq rôles écrits au cordeau, un seul décor, une progression qui fait rire puis serre la gorge. La comédie contemporaine la plus montée par les troupes amateurs depuis dix ans, et pour de bonnes raisons. Notre fiche.
18. « Art » (Yasmina Reza, 1994). Serge a acheté un tableau blanc, très cher. Marc trouve ça idiot. Yvan voudrait que tout le monde s'entende. En une heure et demie, l'amitié de trois hommes passe au vitriol. Trois rôles, aucun décor, des répliques qu'on retient : la pièce idéale pour trois bons comédiens et rien d'autre.
19. Le Père Noël est une ordure (Le Splendid, 1979). La permanence téléphonique de SOS Détresse Amitié, la nuit de Noël, reçoit un travesti, une femme enceinte, son compagnon armé et un voisin qui apporte des douceurs bulgares. Le comique de catastrophe : chaque nouvel arrivant aggrave la situation. Sept rôles, tous drôles, ce qui est rare. Notre fiche.
20. Cuisine et dépendances (Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, 1991). Un dîner avec un vieil ami devenu vedette de télévision, vu depuis la cuisine, où l'on se réfugie pour dire ce qu'on n'ose pas dire à table. Rien ne se passe, tout se dit. Cinq rôles et un dialogue d'une justesse qui fait rire par reconnaissance.
21. Oscar (Claude Magnier, 1958). Bertrand Barnier apprend en une matinée que son comptable l'a volé, veut épouser sa fille, laquelle est enceinte d'un autre, et que trois valises identiques circulent dans la maison. Le boulevard mécanique dans sa forme la plus pure, popularisé par Louis de Funès. Une dizaine de rôles, un rythme de métronome. Notre fiche.
22. Boeing Boeing (Marc Camoletti, 1960). Bernard vit avec trois hôtesses de l'air de trois compagnies, grâce aux horaires. Puis les avions vont plus vite. Une seule idée, exploitée jusqu'à la dernière goutte, avec un ami de province et une bonne excédée pour tenir les comptes. Six rôles, cinq portes, et un record homologué de pièce française la plus jouée dans le monde.
23. Le Canard à l'orange (William Douglas-Home, adaptation Marcel Mithois, 1969). Un mari apprend que sa femme le quitte pour un autre et invite l'amant à passer le week-end, avec sa secrétaire, pour mieux saborder l'affaire. Une comédie de dialogue, élégante et cruelle, où l'on rit de ce qui n'est pas dit. Cinq rôles. Notre fiche.
24. Toc Toc (Laurent Baffie, 2005). Six patients atteints de troubles obsessionnels compulsifs attendent un psychiatre qui ne vient pas, et se soignent entre eux. Chaque personnage est une mécanique comique à lui seul : le syndrome de Gilles de la Tourette, la vérification, le calcul, la symétrie. Sept rôles, une salle d'attente, et un rire qui vient du jeu autant que du texte. Notre fiche.
25. Adieu, je reste ! (Isabelle Mergault, 2012). Deux femmes que tout oppose se retrouvent dans le même appartement, et la plus encombrante refuse de partir. Deux rôles, une heure vingt : la comédie à deux la plus solide du répertoire récent, portée par un contraste de caractères qui fait rire dès la première scène. Notre fiche.
Trois comédies récentes qui montent et méritent une place dans la prochaine version de cette liste : Edmond d'Alexis Michalik, Silence, on tourne ! de Patrick Haudecœur et Gérald Sibleyras, et Chers parents d'Emmanuel et Armelle Patron.
Comment choisir la vôtre
Selon la taille de la troupe. Deux comédiens : Adieu, je reste !, ou La Paix chez soi de Courteline, un acte à deux dans le domaine public. Trois : « Art ». Cinq : Le Prénom, Cuisine et dépendances, Le Canard à l'orange. Huit à douze : Les Plaideurs, Le Jeu de l'amour et du hasard, Les Fourberies de Scapin, Le Médecin malgré lui. Quinze et plus : Un chapeau de paille d'Italie, Un fil à la patte, Ubu roi. Pour un duo, voir aussi nos pièces comiques à deux personnages et les dialogues comiques courts.
Selon la durée. Moins d'une heure : Les Précieuses ridicules, ou un acte de Courteline. Autour d'une heure et quart : Le Médecin malgré lui, Les Plaideurs. Une soirée entière : tout le reste, à condition de couper. Molière se coupe très bien ; Feydeau presque pas, sa mécanique ne le supporte pas.
Selon le public. Collège et lycée : Les Fourberies de Scapin, Le Médecin malgré lui, Les Plaideurs, Le Bourgeois gentilhomme, et la page pièces comiques pour élèves. Enfants de 6 à 12 ans : les classiques sont trop longs ; des comédies écrites pour eux, de trente à cinquante minutes, sont sur Dramius, le site frère consacré au théâtre jeunesse. Adultes entre amis : le boulevard, Oscar, Boeing Boeing, Le Père Noël est une ordure.
Selon les droits. Une troupe qui débute, une école, une association sans budget : le domaine public, sans hésiter. Aucun formulaire, aucune redevance, et les meilleurs textes de la langue. Cinq classiques de cette liste existent ici en Édition professionnelle : texte découpé par scènes, propositions de coupes pour 45, 60 ou 90 minutes, tableau de distribution et notes de mise en scène. Le Tartuffe, L'Avare, Le Bourgeois gentilhomme, Les Plaideurs, Le Jeu de l'amour et du hasard.
Farce, vaudeville, boulevard, absurde : les genres sont expliqués dans pièce de théâtre comique : définition, genres et exemples.