Un vaudeville est une comédie légère fondée sur les situations plutôt que sur les caractères : un mensonge ou un secret au départ, puis une mécanique de quiproquos, de rencontres à éviter et de portes qui claquent, réglée à la seconde, jusqu'au dénouement où tout s'explique. Le genre est né au XVIIIe siècle avec des chansons, a perdu ses chansons au XIXe et a atteint sa perfection avec Labiche puis Feydeau. Le mot vient de la vallée de la Vire, en Normandie. Cette page donne l'origine du terme, les règles du genre, ce qui le distingue du boulevard et de la farce, et douze vaudevilles à lire en entier, tous dans le domaine public.

D'où vient le mot vaudeville
Au XVe siècle, un foulon de Vire, Olivier Basselin, compose des chansons à boire que l'on appelle vaux-de-Vire, du nom des vallées de la Vire, en Normandie. Le mot se déforme en vaudevire puis vaudeville, sous l'influence de l'expression voix de ville, la chanson des rues. Au XVIIe siècle, un vaudeville est donc une chanson satirique sur un air connu. Dans les mots croisés, « première partie de vaudeville » en trois lettres se résout en VAU.
Au XVIIIe siècle, les théâtres de la Foire, à qui l'on interdit le dialogue parlé pour protéger la Comédie-Française, contournent l'interdiction en faisant chanter leurs personnages sur des airs populaires : c'est la comédie en vaudevilles, avec Lesage puis Favart. Le Théâtre du Vaudeville ouvre à Paris en 1792. Au XIXe siècle, Eugène Scribe transforme le genre en comédie-vaudeville, une intrigue mécanique et bien faite où les couplets s'espacent, puis disparaissent. Après 1860, un vaudeville est une comédie parlée : Labiche en écrit cent soixante-dix, Feydeau une quarantaine, et le genre atteint sa forme classique.
Les règles du genre
Un mensonge au départ. Le héros a caché quelque chose : une maîtresse, une dette, une nuit à Paris, un chapeau mangé par un cheval. Le vaudeville est l'histoire des efforts de plus en plus coûteux pour que ce mensonge tienne.
Une mécanique, pas une psychologie. Les personnages sont des types (le mari, l'amant, la bonne, le militaire, le provincial) définis par une fonction dans la machine. Ce qui compte, c'est qui arrive quand. Feydeau écrivait ses pièces avec un plan des entrées et sorties avant les dialogues.
Le deuxième acte au mauvais endroit. La structure classique tient en trois actes : exposition dans un salon, catastrophe dans un lieu où personne ne devrait se croiser (un hôtel, une garçonnière, une auberge), résolution de retour au salon. Tout le monde se retrouve au deuxième acte sans le vouloir.
Les portes. Le décor du vaudeville est un décor à portes, placards et paravents. Chaque porte est une menace : derrière chacune, quelqu'un qui ne doit pas voir quelqu'un d'autre. Feydeau ajoute les lits tournants et les cloisons mobiles.
Le rythme. Les répliques sont courtes, les entrées s'enchaînent, le comédien n'a jamais le temps de réfléchir, le spectateur non plus. Un vaudeville joué lentement n'est pas drôle. C'est le genre qui pardonne le moins aux amateurs et récompense le plus ceux qui tiennent le tempo.
La fin heureuse. Tout s'explique, souvent en une scène. Personne n'apprend rien, et c'est voulu : le vaudeville ne corrige pas les mœurs, il les montre en accéléré.
Vaudeville, boulevard, farce, sitcom
Le vaudeville est le genre du XIXe siècle, mécanique et sans psychologie, dont Labiche et Feydeau sont les maîtres. Le théâtre de boulevard est son héritier au XXe siècle, dans un salon bourgeois contemporain, avec plus de mots d'auteur et moins de courses : Oscar, Boeing Boeing, Le Canard à l'orange. La farce est plus ancienne et plus courte, fondée sur les coups et les gestes plutôt que sur l'intrigue. La sitcom télévisée reprend directement la construction du vaudeville, décor unique, portes, quiproquos, mensonge à tenir, à raison d'un épisode par situation. Les genres voisins sont détaillés dans pièce de théâtre comique : définition, genres et exemples.
Douze vaudevilles à lire
Tous sont dans le domaine public : le texte se lit en entier sur ce site et se joue sans droits.
Eugène Labiche (1815-1888), dont l'influence sur le théâtre français dépasse le genre :
- Un chapeau de paille d'Italie (1851) : un cheval mange un chapeau le matin d'un mariage, et la noce entière court dans Paris. Cinq actes, vingt rôles, la course-poursuite fondatrice.
- Le Voyage de Monsieur Perrichon (1860) : un bourgeois préfère celui qu'il a sauvé à celui qui l'a sauvé. Douze rôles, quatre actes courts.
- La Poudre aux yeux (1861) : deux familles se ruinent en apparences pour marier leurs enfants. Deux actes.
- La Cagnotte (1864) : des provinciaux montent à Paris dépenser une cagnotte et finissent au poste. Cinq actes.
- Un pied dans le crime (1866) : un innocent s'accuse d'un crime imaginaire pour couvrir un ami. Trois actes.
- Vingt-neuf degrés à l'ombre (1873) : un acte, la canicule, une déclaration d'amour au mauvais mari. La bonne pièce pour une soirée courte.
Georges Feydeau (1862-1921), la mécanique portée à sa perfection :
- Un fil à la patte (1894) : rompre avec sa maîtresse le matin de son contrat de mariage. Trois actes, quinze rôles, et Bouzin.
- Le Dindon (1896) : un séducteur poursuit une femme fidèle jusqu'à l'hôtel où tout le monde se retrouve. Trois actes.
- La Dame de chez Maxim (1899) : un médecin se réveille avec une danseuse chez lui et sa femme qui rentre. Trois actes, la plus longue et la plus foisonnante.
- La Puce à l'oreille (1907) : un mari, son sosie valet d'hôtel, et un lit tournant. Trois actes, quatorze rôles.
- Occupe-toi d'Amélie (1908) : un faux mariage qui devient vrai. Trois actes.
Georges Courteline (1858-1929), le vaudeville en un acte, pour deux à huit comédiens :
- Le Commissaire est bon enfant (1899) : un commissariat, des plaignants absurdes, un commissaire qui craque. Quarante minutes.
Les pages d'auteur rassemblent le reste : Labiche et Feydeau.
Monter un vaudeville aujourd'hui
Le nombre de rôles. Labiche et Feydeau écrivent pour douze à vingt comédiens. Courteline pour deux à huit. Une petite troupe commence par un acte de Courteline ou par Vingt-neuf degrés à l'ombre ; une grande troupe qui veut tout le monde en scène prend Un chapeau de paille d'Italie.
Les coupes. Molière se coupe, Feydeau presque pas : chaque entrée prépare une sortie, et retirer une scène casse la machine. Si la durée pose problème, choisissez une pièce plus courte plutôt que de couper.
Le décor. Trois portes qui ferment vraiment, un paravent, un placard. Le reste est accessoire. Le décor du deuxième acte est celui qu'on soigne.
Le tempo. Répétez le deuxième acte à l'italienne jusqu'à ce qu'il tienne sans une hésitation, puis jouez-le plus vite que vous ne le pensez raisonnable. La dernière semaine de répétitions est décrite dans dernière répétition d'une pièce de théâtre : la générale.
Les droits. Labiche, Feydeau et Courteline sont dans le domaine public : aucune déclaration, aucune redevance pour le texte original. Les comédies de boulevard du XXe siècle (Magnier, Camoletti, Poiret) se déclarent à la société d'auteurs avant la première. Le classement complet, avec durée, rôles et droits, est dans les pièces de théâtre les plus drôles.
En Belgique, le vaudeville survit aussi en dialecte : le théâtre wallon, au Trianon de Liège notamment, joue toujours des comédies construites sur les mêmes ressorts.