Une situation délicate est l'adaptation française, par Gérald Sibleyras, de Relatively Speaking d'Alan Ayckbourn, la comédie qui a lancé en 1967 la carrière de l'auteur anglais le plus joué après Shakespeare. Quatre personnages, deux décors, une heure et demie, et un seul quiproquo — un jeune homme prend la maîtresse de sa fiancée pour ses futurs beaux-parents — que personne ne dissipe jusqu'au rideau. Créée à Paris au Théâtre des Bouffes-Parisiens en 2017 dans une mise en scène de Ladislas Chollat, avec Gérard Darmon, Isabelle Gélinas, Max Boublil et Elsa Zylberstein, la pièce a ensuite tourné pendant deux saisons. Cette page donne le synopsis complet — avec la fin —, les personnages, la mécanique comique, et ce qu'un groupe doit savoir avant de vouloir la jouer.
| Titre original | Relatively Speaking, Alan Ayckbourn, 1965 (création à Scarborough), Londres 1967 |
| Adaptation française | Gérald Sibleyras |
| Création française | Théâtre des Bouffes-Parisiens, Paris, 2017, mise en scène Ladislas Chollat |
| Distribution à la création | Gérard Darmon (Philippe), Isabelle Gélinas (Marianne), Max Boublil (Nicolas), Elsa Zylberstein (Julie) |
| Genre | Comédie de quiproquo — la lignée du boulevard, en version anglaise |
| Personnages | 4 : deux couples, deux générations |
| Décors | 2 : un studio à Paris, le jardin d'une maison de campagne |
| Durée | environ 1 h 30, sans entracte |

Le synopsis complet
Attention : le résumé va jusqu'à la fin de la pièce.
Premier tableau — un dimanche matin, dans le studio de Julie. Nicolas, la trentaine, amoureux, se réveille chez Julie et découvre des fleurs et des chocolats qu'il n'a pas offerts, puis une paire de pantoufles d'homme qui ne sont pas les siennes. Julie explique tout d'un mot : des cadeaux d'un admirateur importun, des pantoufles oubliées par on ne sait qui. Elle annonce qu'elle part pour la journée chez ses parents, à la campagne, et qu'il ne peut pas l'accompagner. Ce qu'elle ne dit pas : elle va chez Philippe, son ancien amant, un homme marié et bien plus âgé, pour rompre une fois pour toutes et récupérer ses affaires. Nicolas, lui, a décidé de demander sa main — et il trouve, griffonnée sur un paquet de cigarettes, l'adresse « des parents ». Il part le premier.
Deuxième tableau — le même jour, le jardin de Philippe et Marianne. Marianne prend son petit-déjeuner ; Philippe cherche un prétexte pour s'absenter l'après-midi. Nicolas arrive. Il se présente comme le fiancé de « leur fille » ; Marianne, qui n'a pas de fille, comprend qu'il se trompe de maison mais n'arrive jamais à placer un mot assez tôt pour le dire. Philippe revient, entend un jeune inconnu demander la main d'une jeune femme qu'il connaît bien, et en tire la seule conclusion qui lui semble possible : Marianne a un amant, et ce garçon lui demande de la laisser partir.
Julie arrive à son tour, découvre Nicolas dans le jardin, et fait en une seconde le choix qui porte toute la pièce : plutôt que d'avouer, elle laisse Philippe et Marianne devenir ses parents. Philippe, coincé entre sa femme et son ancienne maîtresse, joue le père. Marianne, qui a compris depuis longtemps qu'il y a un mensonge quelque part, décide de ne pas le dénoncer — d'abord par politesse, puis parce qu'elle s'aperçoit que la situation lui donne, pour une fois, l'avantage sur son mari. Nicolas est le seul à ne rien comprendre, et c'est lui qui obtient ce qu'il voulait : la bénédiction des « parents ».
La fin. Nicolas et Julie repartent fiancés. Philippe croit s'en être tiré. Marianne, restée seule avec lui, lui demande d'un ton léger à qui appartiennent les pantoufles que Nicolas a rapportées dans son sac. Le rideau tombe avant la réponse. Le quiproquo n'a jamais été dissipé sur scène ; il l'est dans la tête du spectateur, et dans celle de Marianne.
Les quatre personnages
| Personnage | Qui il est | Ce qu'il veut | Ce qu'il sait |
|---|---|---|---|
| Nicolas | Jeune homme amoureux, sincère, un peu naïf | Épouser Julie, avec l'accord de ses parents | Rien. Il est le seul personnage qui croit tout ce qu'on lui dit |
| Julie | Jeune femme qui veut tourner une page | Rompre avec Philippe sans perdre Nicolas | Tout, et elle ment à tout le monde |
| Philippe | Homme mûr, marié, ancien patron et amant de Julie | Que rien ne se sache, ni de Julie ni de Marianne | Presque tout, et il croit le contraire de ce qui est vrai à propos de sa femme |
| Marianne | Sa femme, calme, plus fine que lui | D'abord comprendre ; ensuite, garder l'avantage | Elle devine, puis elle sait, et elle se tait |
C'est une distribution rare pour une comédie : deux rôles de trente ans et deux rôles de cinquante, tous quatre équilibrés. Le rôle le plus difficile n'est pas celui qui a le plus de répliques — c'est Marianne, qui doit jouer pendant une heure un personnage qui comprend et ne dit pas.
La mécanique : un quiproquo que personne ne dissipe
Dans un vaudeville de Feydeau, le quiproquo explose : au troisième acte, tout le monde se retrouve dans le même couloir et la vérité éclate. Ayckbourn fait exactement l'inverse. Ici, chaque personnage a une raison de ne pas dire ce qu'il sait — Julie pour garder Nicolas, Philippe pour garder sa femme, Marianne pour garder l'avantage —, et le seul qui pourrait parler franchement, Nicolas, est le seul qui ne sait rien. Le quiproquo se nourrit lui-même : chaque réplique qui devrait le dissiper le renforce.
C'est ce qui rend le texte si utile à étudier. Presque toutes les répliques ont deux sens — celui qu'entend le personnage à qui elles s'adressent, et celui qu'entend le public, qui sait tout depuis le premier tableau. Le rire ne vient pas des mots mais de l'écart entre les deux ; c'est le dialogue à double fond, la même mécanique que le « Le pauvre homme ! » d'Orgon dans Tartuffe, étirée sur une pièce entière. Dans la classification des genres théâtraux, c'est une comédie d'intrigue pure : aucun personnage n'est ridicule par caractère, tous le sont par situation.
L'autre ressort est la politesse. En France on rit de Philippe qui s'enfonce ; en Angleterre on riait surtout de Marianne, qui laisse un inconnu prendre le thé dans son jardin plutôt que de lui dire qu'il s'est trompé d'adresse. L'adaptation de Gérald Sibleyras garde cette dimension : l'humour anglais de la pièce tient à ce que personne n'ose être impoli, même quand un mot suffirait.
Pourquoi les troupes la choisissent — et ce qu'il faut savoir avant
Sur le papier, Une situation délicate est la pièce idéale pour une troupe amateur qui a déjà un ou deux spectacles derrière elle : quatre rôles équilibrés, deux décors légers (une table et deux chaises font le jardin), une heure et demie, et une mécanique qui porte les comédiens — si les entrées sont respectées, la pièce fonctionne même quand le jeu est inégal.
Ce que je vérifie avant de la proposer à un groupe :
- Le rôle de Marianne. Il faut une comédienne capable de jouer l'écoute pendant une heure. C'est le rôle qui décide du spectacle ; si elle joue la surprise à chaque réplique, le public perd le double sens.
- Le tempo. Le quiproquo se nourrit de répliques courtes qui se croisent ; un groupe qui prend des temps entre les répliques tue la pièce. Comptez plus de répétitions pour le rythme que pour le texte.
- Les droits. Une situation délicate est une œuvre protégée, en anglais comme en français. Pour la jouer devant un public, même en amateur et même sans billetterie, il faut l'autorisation des ayants droit et le versement de droits d'auteur, généralement via la SACD.
Monter la même mécanique sans droits d'auteur
Le répertoire classique offre la même famille de pièces — quiproquo, deux couples, une heure et demie — sans autorisation ni redevance, parce que les textes sont dans le domaine public. Trois titres de la bibliothèque, lisibles en entier :
- Un fil à la patte, Feydeau — l'amant qui se marie et qui cache sa maîtresse ; la mécanique d'Ayckbourn, avec l'explosion finale en plus.
- Le Dindon, Feydeau — deux couples, un hôtel, toutes les portes.
- La Paix chez soi, Courteline — un acte, deux personnages, une heure : pour un duo qui veut la même précision comique à plus petite échelle.
Le vaudeville a sa propre page, avec les règles du genre et douze pièces ; et pour situer Une situation délicate parmi les comédies récentes à petite distribution, voir Le Prénom, Le Dîner de cons et Toc Toc, ainsi que les 25 pièces les plus drôles.
Nos Éditions Professionnelles reprennent le texte intégral d'une pièce classique et y ajoutent ce qui manque au moment de la monter : découpage acte par acte, propositions de coupes, répartition des rôles et notes de mise en scène — Le Tartuffe, L'Avare, Le Bourgeois gentilhomme, Le Jeu de l'amour et du hasard.