Un genre théâtral, c'est un contrat passé avec le public avant le lever du rideau : il annonce ce que la pièce va lui faire — rire, pleurer, trembler, réfléchir — et par quels moyens. Les trois genres fondateurs sont la tragédie, la comédie et le drame ; autour d'eux se sont formés des genres mixtes (tragi-comédie, comédie héroïque), des sous-genres (farce, vaudeville, comédie de mœurs, mélodrame) et des formes plus récentes (théâtre de l'absurde, théâtre musical, seul-en-scène). Le tableau ci-dessous les définit en une phrase ; le reste de la page les développe, avec pour chacun une pièce lisible en entier sur ce site, dans le domaine public.
| Genre | En une phrase | Une pièce à lire |
|---|---|---|
| Tragédie | Un héros noble marche vers une fin inévitable, et le public le sait avant lui | Phèdre, Racine |
| Comédie | Des défauts humains ordinaires poussés jusqu'au rire, et tout finit par s'arranger | L'Avare, Molière |
| Drame | Des gens ordinaires face à un conflit sérieux, sans fatalité ni rire obligé | Ruy Blas, Hugo |
| Tragi-comédie | Une situation tragique qui se dénoue heureusement | Le Cid, Corneille |
| Comédie héroïque | Un héros de tragédie dans une intrigue de comédie | Cyrano de Bergerac, Rostand |
| Farce | Le rire par le corps : coups, ruses, déguisements | Le Médecin malgré lui, Molière |
| Vaudeville | Une mécanique de portes, de quiproquos et d'amants dans le placard | Un fil à la patte, Feydeau |
| Théâtre de l'absurde | Le langage et la logique se défont ; le sens est dans le vide | Ubu roi, Jarry (précurseur) |

La tragédie : la chute annoncée
La tragédie met en scène des personnages de haut rang — rois, princes, héros de la mythologie — pris dans un conflit sans issue entre leur désir et une force qui les dépasse : les dieux, l'État, la famille, la passion elle-même. Le public connaît la fin dès le début ; le plaisir n'est pas la surprise mais la façon dont le héros s'approche de ce qu'il ne peut éviter. C'est le genre le plus codifié : au XVIIe siècle, la règle des trois unités (une action, un lieu, un jour), les cinq actes et l'alexandrin sont obligatoires.
Trois tragédies à lire pour sentir la différence entre les auteurs : Andromaque de Racine, où quatre personnages s'aiment en chaîne et où personne n'est aimé en retour ; Horace de Corneille, où l'héroïsme du devoir va jusqu'au meurtre d'une sœur ; Britannicus, la tragédie politique de Néron qui devient monstre en cinq actes.
Ce que je regarde avant de proposer une tragédie à un groupe. La difficulté n'est pas le vers, c'est la tenue : un personnage de tragédie ne s'assoit pas, ne se gratte pas, ne rit pas de lui-même. Avec des adultes débutants, je commence par une seule scène de confrontation — Hermione et Oreste, ou Néron et Britannicus — plutôt que par la pièce entière. Comptez trois séances de deux heures pour qu'une scène de cent vers tienne debout.
La comédie : le défaut poussé jusqu'au rire
La comédie prend des personnages de condition ordinaire — bourgeois, valets, marchands, amoureux — et grossit un défaut jusqu'à ce qu'il devienne comique : l'avarice, l'hypocondrie, la vanité, la jalousie. La fin est heureuse par convention : les jeunes gens se marient, le trompeur est démasqué, l'ordre revient. Molière a fixé le modèle français ; toutes ses pièces sont sur ce site.
La comédie se divise en sous-genres, et c'est là que les élèves se trompent le plus souvent :
- La comédie de caractère tourne autour d'un seul défaut incarné par un seul personnage : Harpagon dans L'Avare, Argan dans Le Malade imaginaire, Alceste dans Le Misanthrope.
- La comédie de mœurs vise une société plutôt qu'un individu : la dévotion hypocrite dans Tartuffe, les salons dans Les Précieuses ridicules, le parvenu dans Le Bourgeois gentilhomme.
- La comédie d'intrigue fait rire par la mécanique des situations : déguisements, lettres interceptées, maîtres et valets qui échangent leurs rôles. Le Jeu de l'amour et du hasard de Marivaux et Le Mariage de Figaro de Beaumarchais en sont les modèles.
- La farce est la forme la plus ancienne et la plus physique : bastonnades, ruses de valets, maris trompés. Les Fourberies de Scapin et Le Médecin malgré lui sont des farces en habits de comédie.
- Le vaudeville est la farce du XIXe siècle, industrialisée : portes qui claquent, amants dans le placard, quiproquos en cascade. Labiche (Un chapeau de paille d'Italie) puis Feydeau (La Puce à l'oreille) l'ont porté à la perfection mécanique. Le genre a sa propre page, avec ses règles et douze pièces.
- La comédie-ballet mêle comédie, musique et danse ; Molière l'a inventée pour la cour : Le Mariage forcé, Le Bourgeois gentilhomme.
- La comédie de boulevard, au XXe siècle, garde le triangle mari-femme-amant mais le joue dans un salon bourgeois contemporain. C'est la lignée directe des comédies actuelles comme Le Prénom.
Pour choisir une comédie à monter, la page pièce de théâtre comique explique les quatre ressorts du rire, et le classement des comédies les plus drôles donne vingt-cinq titres avec leur distribution et leur durée.
Le drame : le sérieux sans la fatalité
Le drame naît au XVIIIe siècle contre la séparation stricte entre tragédie et comédie. Diderot puis Beaumarchais veulent des pièces sérieuses sur des gens ordinaires — un père de famille, un négociant — sans dieux ni rois : c'est le drame bourgeois. Puis Hugo, dans la préface de Cromwell (1827), réclame le mélange du sublime et du grotesque, la liberté des lieux et des temps, la prose ou le vers libre : c'est le drame romantique. Hernani en 1830 déclenche une bataille dans la salle ; Ruy Blas, un valet amoureux d'une reine, et Lorenzaccio de Musset en sont les sommets. Lucrèce Borgia montre le drame romantique en prose.
Le mélodrame, cousin populaire du drame, pousse les émotions au maximum : orphelin persécuté, traître reconnaissable à son costume, reconnaissance finale. On s'en moque aujourd'hui, mais sa mécanique — faire pleurer à heure fixe — est celle des séries télévisées.
Le drame est le genre le plus facile à proposer à des adolescents : les personnages ont leur âge ou presque, les enjeux sont lisibles, et l'on n'a pas besoin de « jouer drôle », ce qui est la chose la plus difficile à demander à quinze ans. On ne badine pas avec l'amour de Musset ou Les Caprices de Marianne se découpent bien en scènes de quinze minutes.
Les genres mixtes : tragi-comédie et comédie héroïque
La tragi-comédie prend un sujet de tragédie — l'honneur, la vengeance, la mort d'un père — et lui donne une fin heureuse. Le Cid en est l'exemple absolu : Rodrigue tue le père de Chimène et doit pourtant l'épouser. Corneille lui-même a hésité sur l'étiquette, et c'est une bonne question à poser à une classe : Le Cid est-il une tragédie ? L'Illusion comique, du même Corneille, va plus loin encore et mélange tous les genres à l'intérieur d'une seule pièce, avec un théâtre dans le théâtre.
La comédie héroïque est une invention tardive : un héros au format tragique — noble, éloquent, condamné — dans une intrigue de comédie. Cyrano de Bergerac est la seule pièce que tout le monde cite dans ce genre, et Rostand l'a écrit lui-même sur la couverture. C'est la réponse à la question d'examen la plus fréquente sur cette page : Cyrano n'est ni une comédie ni une tragédie, c'est une comédie héroïque, et la mort du héros à la fin ne le rend pas tragique, parce qu'il gagne ce qu'il voulait — être aimé pour ses mots.
Les formes du XXe siècle
Le théâtre de l'absurde (Ionesco, Beckett, Adamov, années 1950) abandonne l'intrigue, la psychologie et parfois le langage : les personnages parlent sans se répondre, attendent quelqu'un qui ne vient pas, se transforment en rhinocéros. Ces textes sont encore protégés ; mais leur précurseur avoué, Ubu roi de Jarry (1896), est libre de droits et se monte très bien avec des adolescents, justement parce que le grotesque leur va mieux que le naturel.
Le théâtre musical unit texte, chant et danse dans une dramaturgie continue — ce n'est pas une pièce avec des chansons, c'est une pièce où l'on chante parce que parler ne suffit plus. Le lointain ancêtre est la comédie-ballet ; Psyché, tragédie-ballet de Molière et Corneille, en montre le principe.
Le seul-en-scène et le monologue ne sont pas un genre mais une forme ; ils traversent tous les genres, du comique au tragique. Si c'est ce que vous cherchez, la page du monologue donne dix textes célèbres et celle de la tirade explique la différence entre les deux.
Et la commedia dell'arte, souvent rangée parmi les genres, est en réalité une pratique : des personnages fixes (Arlequin, Pantalon, Colombine), des masques et un canevas improvisé. Molière lui doit ses valets ; son histoire est racontée ici.
Reconnaître le genre d'une pièce : quatre questions
C'est la consigne la plus courante en classe, et voici la méthode que je donne, parce qu'elle marche sur n'importe quel texte :
- Qui sont les personnages ? Des rois et des héros — tragédie ; des bourgeois et des valets — comédie ; des gens ordinaires pris au sérieux — drame.
- Comment ça finit ? Mort ou destruction — tragédie ; mariage et ordre rétabli — comédie ; fin ouverte ou sérieuse sans fatalité — drame.
- Le public sait-il la fin avant le héros ? Oui — tragédie. Non, et il en rit — comédie.
- Qu'est-ce qui fait avancer l'action ? Un caractère (l'avare, le jaloux) — comédie de caractère ; un quiproquo ou un déguisement — comédie d'intrigue ou vaudeville ; le corps et les coups — farce ; une passion contre une loi — tragédie.
Quelques réponses aux cas que l'on me demande le plus : Cyrano de Bergerac est une comédie héroïque ; les grandes pièces de Victor Hugo (Hernani, Ruy Blas) sont des drames romantiques — c'est aussi le genre à indiquer quand on demande le « genre littéraire » de Hugo au théâtre ; Le Cid est une tragi-comédie devenue tragédie dans l'édition de 1648 ; Ubu roi est une farce que l'on classe après coup comme précurseur de l'absurde ; Le Menteur de Corneille est une comédie, ce qui surprend toujours ceux qui ne connaissent de lui que les tragédies.
Quel genre pour quel groupe : ce que je choisis, et pourquoi
Le genre n'est pas qu'une étiquette d'examen ; c'est le premier choix que je fais quand je prépare un atelier, avant même le texte, parce qu'il décide de ce que je vais demander aux gens sur le plateau.
- Enfants de 6 à 10 ans : la farce. Le rire par le corps ne demande ni mémoire ni psychologie. Une scène de Scapin avec le sac, ou une saynète écrite pour eux, tient en une séance.
- Adolescents : le drame ou le grotesque. Le drame parce que les enjeux sont les leurs ; Ubu parce que l'outrance les protège du ridicule qu'ils redoutent. La comédie fine — Marivaux — vient plus tard, quand ils acceptent d'être regardés.
- Adultes amateurs : la comédie d'intrigue ou le vaudeville. La mécanique porte les comédiens : si l'on respecte les entrées et les portes, la pièce fonctionne même quand le jeu est inégal. C'est pour cela que les troupes amateurs montent Feydeau et Labiche depuis un siècle.
- Un groupe qui a déjà deux ou trois spectacles : la tragédie ou le Musset. Il faut avoir appris à tenir en scène sans rien faire pour que Racine devienne possible.
Toutes les pièces citées sur cette page sont dans la bibliothèque, en texte intégral et libres de droits : aucune autorisation à demander pour les lire, les découper ou les jouer en atelier.