Un monologue est un discours qu'un personnage prononce seul en scène, ou comme s'il était seul, sans attendre de réponse. Il sert à dire ce que le dialogue ne peut pas dire : une décision qui se prend, un secret, un doute, une colère qu'on ne peut adresser à personne. Il ne faut pas le confondre avec la tirade, longue réplique adressée à un autre personnage, ni avec l'aparté, une phrase glissée au public à l'insu des autres. Cette page donne la définition, les formes voisines, les types de monologue, dix exemples célèbres du répertoire à lire en entier, et la méthode pour en choisir un quand il faut passer une audition.

Monologue, tirade, aparté, soliloque, stances
| Forme | Qui est en scène | À qui l'on parle | Longueur | Exemple |
|---|---|---|---|---|
| Monologue | le personnage seul | à lui-même, aux dieux, au public | 10 à 100 vers | Figaro, Le Mariage de Figaro, V, 3 |
| Tirade | plusieurs personnages | à un autre personnage, qui écoute | 10 à 100 vers | Cyrano, la tirade du nez |
| Aparté | plusieurs personnages | au public, sans que les autres entendent | une phrase | Scapin, à chaque fourberie |
| Soliloque | le personnage seul | à lui-même | variable | mot littéraire, synonyme de monologue |
| Stances | le personnage seul | à lui-même, en strophes lyriques | 4 à 6 strophes | Rodrigue, Le Cid, I, 6 |
Le test le plus simple : quelqu'un écoute-t-il en scène ? Si oui, c'est une tirade ; si personne n'écoute, c'est un monologue. La différence complète, avec ses cas limites, est détaillée dans la tirade au théâtre.
Les types de monologue
Le monologue délibératif. Le personnage hésite entre deux choix et se décide devant nous. C'est le monologue classique par excellence : Rodrigue entre son père et Chimène, Titus entre Rome et Bérénice, Auguste entre la vengeance et la clémence. Il a une structure : la situation, les deux termes, le renversement, la décision.
Le monologue lyrique. Le personnage n'a rien à décider ; il exprime ce qu'il ressent, souvent en vers plus courts ou en strophes. Les stances de Rodrigue sont à la fois délibératives et lyriques. Le monologue lyrique dit la douleur, l'attente, la peur, et le public l'écoute comme un chant.
Le monologue de fureur. Le personnage seul explose : Don Diègue frappé, Hermione qui attend le meurtre de Pyrrhus qu'elle a elle-même ordonné, Harpagon volé. Le rythme est cassé, les questions s'enchaînent, la syntaxe se défait. C'est le monologue le plus difficile à jouer, parce qu'il faut de la précision dans le désordre.
Le monologue comique. Argan comptant ses factures d'apothicaire, Harpagon soupçonnant le public de lui avoir pris sa cassette. Le rire vient de l'obsession qui tourne à vide, et de l'adresse directe à la salle.
Le monologue d'exposition. Le personnage raconte ce qu'il faut savoir avant que l'action commence. Le théâtre classique s'en méfie et préfère le confident ; le théâtre contemporain l'assume, souvent en ouverture.
Le monologue intérieur. Au XXe siècle, le monologue devient une pièce entière : un personnage seul pendant une heure, sans action, avec sa mémoire. Beckett, Cocteau (La Voix humaine, un monologue au téléphone), et tout le théâtre du « seul en scène » d'aujourd'hui.
Dix monologues célèbres à lire
Tous sont dans la bibliothèque du site, en texte intégral et dans le domaine public.
- Rodrigue, les stances : « Percé jusques au fond du cœur… » Le Cid, Corneille, 1637, acte I, scène 6. Le monologue délibératif fondateur : six strophes pour choisir entre l'honneur et l'amour.
- Don Diègue : « Ô rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie ! » Le Cid, acte I, scène 4. Le monologue de fureur d'un vieil homme humilié.
- Auguste : « Ciel, à qui voulez-vous désormais que je fie… » Cinna, Corneille, 1641, acte IV, scène 2. Un empereur seul devant la trahison, qui hésite entre punir et pardonner.
- Titus : « Hé bien, Titus, que viens-tu faire ? » Bérénice, Racine, 1670, acte IV, scène 4. La délibération la plus douloureuse du répertoire : renoncer à celle qu'on aime pour régner.
- Hermione : « Où suis-je ? Qu'ai-je fait ? Que dois-je faire encore ? » Andromaque, Racine, 1667, acte V, scène 1. Une femme qui vient d'ordonner un meurtre et qui ne sait plus si elle le voulait.
- Harpagon : « Au voleur ! au voleur ! à l'assassin ! » L'Avare, Molière, 1668, acte IV, scène 7. Le monologue comique le plus joué : Harpagon s'adresse au public, le soupçonne, se saisit lui-même le bras.
- Argan : la scène des factures. Le Malade imaginaire, Molière, 1673, acte I, scène 1. Un homme seul avec ses comptes d'apothicaire : toute la pièce est déjà là.
- Figaro : « Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand génie ! » Le Mariage de Figaro, Beaumarchais, 1784, acte V, scène 3. Le plus long monologue du théâtre français, et le plus politique : un valet fait le bilan de sa vie et de la société.
- Don Carlos : « Charlemagne, pardon ! » Hernani, Hugo, 1830, acte IV, scène 2. Un roi seul devant un tombeau, qui se demande ce qu'est le pouvoir.
- Lorenzo : « Suis-je un Satan ? » Lorenzaccio, Musset, 1834, acte IV, scène 3. Le monologue romantique : un jeune homme qui a joué la débauche pour approcher le tyran et qui ne sait plus qui il est.
Pour un monologue plus court et plus simple, souvent demandé en atelier ou en classe, la page création du monologue théâtral, avec exemple en propose un écrit pour être joué en trois minutes.
Choisir un monologue pour une audition
Deux à trois minutes. Un jury décide en trente secondes et écoute par politesse ensuite. Un monologue de cinq minutes ne sert que sa dernière minute. Coupez, en gardant la structure : situation, tournant, décision.
Une décision, pas une humeur. Le monologue délibératif se joue mieux que le monologue lyrique, parce qu'il se passe quelque chose. Un personnage qui choisit est un personnage qu'on regarde.
Un personnage de votre âge, ou presque. Don Diègue à vingt ans et Rodrigue à cinquante sont des contresens que le jury voit avant la première phrase.
Pas le plus célèbre. La tirade du nez et « Être ou ne pas être » ont été entendus quarante fois dans la journée. Argan, Auguste ou Lorenzo laissent une chance d'être écouté.
Deux textes contrastés. Un classique en vers et un contemporain en prose, ou un comique et un tragique. On vous demandera presque toujours le second.
Connaître toute la pièce. La première question du jury est « que se passe-t-il juste avant ? ». Le texte intégral de chacun de ces monologues est dans la bibliothèque, et le répétiteur en ligne permet de le travailler seul, réplique par réplique.
Écrire un monologue
Quatre règles suffisent pour un premier monologue. Le personnage parle parce qu'il ne peut parler à personne d'autre : trouvez cette raison. Il veut quelque chose et, pendant qu'il parle, il change d'avis ou se décide : sans mouvement, c'est un exposé. Il s'adresse à quelqu'un, même absent (un mort, un dieu, le public, lui-même dans un miroir). Et il s'arrête au moment où il pourrait continuer. La méthode complète, avec un exemple commenté, est dans création du monologue théâtral, et des exercices pour le préparer dans exercices de monologue.