Les grands noms du théâtre, ce sont d'abord une trentaine de dramaturges dont les pièces sont encore jouées des siècles après leur mort — Eschyle, Sophocle, Shakespeare, Molière, Racine, Goldoni, Schiller, Hugo, Ibsen, Tchekhov, Pirandello, Brecht, Beckett, Ionesco —, puis une dizaine de metteurs en scène qui ont inventé la façon moderne de les jouer, et quelques comédiens dont le nom est resté. Cette page les donne en tableaux : par époque, avec la pièce par laquelle commencer ; par pays, parce que chaque théâtre national a ses figures ; puis les metteurs en scène et les comédiens. Quand le texte est dans le domaine public et en français, il est dans la bibliothèque, en texte intégral. Sur l'un d'eux en particulier et sur la distanciation qu'il a inventée : Brecht et la distanciation.

Les dramaturges par époque
| Époque | Les noms | Ce qu'ils ont apporté | Par où commencer |
|---|---|---|---|
| Antiquité grecque (Ve s. av. J.-C.) | Eschyle, Sophocle, Euripide (tragédie) ; Aristophane (comédie) | la tragédie et la comédie elles-mêmes : le chœur, le héros face au destin, la satire politique | Antigone de Sophocle (analyse), Les Oiseaux d'Aristophane |
| Rome (IIIe s. av. – Ier s.) | Plaute, Térence (comédie) ; Sénèque (tragédie) | les types comiques (le valet rusé, le vieillard avare) repris par Molière ; la tragédie déclamée | L'Aululaire de Plaute — l'ancêtre de L'Avare |
| Moyen Âge (XIIe–XVe s.) | anonymes : mystères, miracles, farces ; Adam de la Halle ; La Farce de Maître Pathelin | le théâtre sur la place, la farce | La Farce de Maître Pathelin |
| Renaissance (XVIe s.) | Italie : Machiavel, Ruzante, la commedia dell'arte ; Angleterre : Marlowe, Shakespeare, Ben Jonson ; Espagne : Lope de Vega | le théâtre professionnel, les troupes, les personnages masqués ; le drame élisabéthain qui mêle tout | Hamlet, Le Songe d'une nuit d'été ; La Mandragore de Machiavel |
| Siècle d'or et classicisme (XVIIe s.) | France : Corneille, Molière, Racine ; Espagne : Calderón, Tirso de Molina ; Pays-Bas : Vondel | les trois unités, l'alexandrin, la comédie de caractère ; le Don Juan espagnol | Le Cid, L'Avare, Phèdre ; La vie est un songe de Calderón |
| Lumières (XVIIIe s.) | France : Marivaux, Voltaire, Beaumarchais ; Italie : Goldoni, Gozzi ; Allemagne : Lessing, Goethe, Schiller ; Danemark : Holberg ; Angleterre : Sheridan | le marivaudage, le drame bourgeois, la réforme de la comédie italienne, le Sturm und Drang | Le Jeu de l'amour et du hasard, Le Mariage de Figaro ; Arlequin serviteur de deux maîtres ; Les Brigands |
| Romantisme et vaudeville (XIXe s.) | France : Hugo, Musset, Dumas, Labiche, Feydeau, Courteline, Rostand ; Allemagne : Kleist, Büchner ; Russie : Pouchkine, Gogol, Ostrovski ; Pologne : Mickiewicz, Fredro, Słowacki | le drame romantique contre les règles, le vaudeville comme mécanique, le réalisme russe | Hernani, On ne badine pas avec l'amour, Un fil à la patte, Cyrano ; Le Revizor ; Woyzeck |
| Naturalisme et symbolisme (1880–1914) | Norvège : Ibsen ; Suède : Strindberg ; Russie : Tchekhov, Gorki ; Allemagne : Hauptmann ; Belgique : Maeterlinck ; France : Jarry ; Irlande : Wilde, Shaw, Synge ; Pologne : Wyspiański | le drame moderne : la famille, la société, le non-dit ; Ubu qui fait sauter tout ça | Une maison de poupée, Mademoiselle Julie, La Cerisaie, Ubu roi |
| Première moitié du XXe | Italie : Pirandello ; Allemagne : Brecht ; Espagne : Lorca ; France : Claudel, Giraudoux, Cocteau, Anouilh, Sartre, Camus ; Russie : Boulgakov, Maïakovski ; Belgique : Ghelderode ; États-Unis : O'Neill | le personnage qui sait qu'il est un personnage, le théâtre épique, la tragédie réécrite | Six personnages en quête d'auteur, Mère Courage, Noces de sang, La guerre de Troie n'aura pas lieu, Antigone d'Anouilh (analyse) |
| Après 1950 | France : Ionesco, Beckett, Genet, Adamov, Vinaver, Koltès, Lagarce ; Pologne : Mrożek, Gombrowicz, Kantor ; Suisse : Dürrenmatt, Frisch ; Autriche : Bernhard, Handke ; Allemagne : Weiss, Müller ; Italie : Dario Fo ; Angleterre : Pinter, Stoppard, Bond ; États-Unis : Williams, Miller, Albee ; Tchécoslovaquie : Havel | l'absurde, le théâtre politique, l'écriture du plateau | La Cantatrice chauve, En attendant Godot, Les Bonnes, Juste la fin du monde (analyse), Tango de Mrożek, La Visite de la vieille dame |
| Contemporains français (depuis 1990) | Yasmina Reza, Éric-Emmanuel Schmitt, Joël Pommerat, Wajdi Mouawad, Florian Zeller, Alexis Michalik, Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière | la comédie de conversation, le conte réinventé, la mémoire, le boulevard qui se renouvelle | Art, Le Visiteur, Incendies, Le Père, Le Prénom |
Les dramaturges par pays
France. Le pays qui a le plus de noms, parce que le théâtre y a été affaire d'État pendant trois siècles. Les incontournables, dans l'ordre : Molière (33 pièces, toutes dans la bibliothèque — lesquelles lire d'abord), Racine, Corneille, Marivaux, Beaumarchais, Hugo (lequel lire), Musset, Feydeau et Labiche (le vaudeville), Rostand, Jarry, Claudel, Giraudoux, Anouilh, Sartre, Camus, Genet, Ionesco, Beckett (Irlandais écrivant en français), Koltès, Lagarce.
Angleterre et Irlande. Marlowe, Shakespeare, Ben Jonson (XVIe–XVIIe) ; Sheridan (XVIIIe) ; Wilde, Shaw, Synge, O'Casey (leurs pièces vont de 1890 à 1930) ; Pinter, Stoppard, Bond, Churchill (après 1950). Shakespeare seul pèse autant que tout le classicisme français ; Hamlet, Macbeth, Le Roi Lear, Roméo et Juliette (la pièce) et Le Songe sont les cinq à connaître (Shakespeare sur le site).
Espagne. Le Siècle d'or : Lope de Vega (plus de quatre cents pièces conservées), Tirso de Molina (le premier Don Juan, El burlador de Sevilla), Calderón (La vie est un songe). Puis Lorca au XXe (Noces de sang, La Maison de Bernarda Alba), et Valle-Inclán.
Italie. La commedia dell'arte n'a pas d'auteur — c'est son génie — mais elle a donné Arlequin, Pantalon, Colombine à toute l'Europe (son histoire). Machiavel (La Mandragore), Goldoni (qui a mis la commedia par écrit : Arlequin serviteur de deux maîtres, La Locandiera), Gozzi (son rival, Turandot), Pirandello (Six personnages en quête d'auteur, prix Nobel 1934), Dario Fo (Mort accidentelle d'un anarchiste, prix Nobel 1997).
Allemagne, Autriche, Suisse. Lessing (Nathan le Sage), Goethe (Faust), Schiller (Les Brigands, Don Carlos, Marie Stuart), Kleist (Le Prince de Hombourg, La Cruche cassée), Büchner (Woyzeck, La Mort de Danton — mort à 23 ans), Hauptmann, Wedekind, Brecht (L'Opéra de quat'sous, Mère Courage, La Vie de Galilée), Dürrenmatt et Frisch (Suisse), Bernhard et Handke (Autriche), Heiner Müller.
Russie. Fonvizine (XVIIIe), Griboïedov (Le Malheur d'avoir trop d'esprit), Pouchkine (Boris Godounov), Gogol (Le Revizor, Le Mariage), Ostrovski (L'Orage, La Forêt — cinquante pièces, le répertoire des théâtres russes), Tolstoï (La Puissance des ténèbres), Tchekhov (La Mouette, Oncle Vania, Les Trois Sœurs, La Cerisaie — les quatre pièces les plus jouées du XXe siècle avec Shakespeare), Gorki (Les Bas-fonds), Boulgakov, Maïakovski, Vampilov. Le théâtre russe comparé au théâtre européen a sa page.
Pologne. Fredro (les comédies du XIXe : La Vengeance), les romantiques Mickiewicz (Les Aïeux) et Słowacki, Wyspiański (Les Noces, 1901), Witkiewicz, Gombrowicz (Yvonne, princesse de Bourgogne, Le Mariage), Mrożek (Tango, Les Émigrés), et Tadeusz Kantor, metteur en scène-auteur (La Classe morte).
Scandinavie. Holberg (Danemark, XVIIIe — le « Molière du Nord »), Ibsen (Norvège : Une maison de poupée, Les Revenants, Hedda Gabler, Peer Gynt), Strindberg (Suède : Mademoiselle Julie, La Danse de mort, Le Songe). Ibsen est, avec Tchekhov, le père du drame moderne.
Belgique et Pays-Bas. Maeterlinck (Pelléas et Mélisande, L'Oiseau bleu, prix Nobel 1911), Crommelynck (Le Cocu magnifique), Ghelderode (Escurial, La Balade du grand macabre) pour la Belgique ; Vondel (Gijsbrecht van Aemstel, 1637, joué chaque Nouvel An à Amsterdam pendant trois siècles), Bredero et, au XXe, Heijermans (Op hoop van zegen) pour les Pays-Bas.
Tchéquie, Hongrie, Roumanie. Havel (Audience, Largo desolato — dramaturge devenu président), Molnár (Hongrie : Liliom), Caragiale (Roumanie : Une lettre perdue) et Ionesco, Roumain devenu l'auteur français de l'absurde.
États-Unis. O'Neill (Long voyage du jour à la nuit), Tennessee Williams (Un tramway nommé Désir), Arthur Miller (Mort d'un commis voyageur, Les Sorcières de Salem), Albee (Qui a peur de Virginia Woolf ?), Mamet, Kushner.
Les metteurs en scène qui ont inventé la scène moderne
| Nom | Pays, années de vie | Ce qu'il a changé, et quand |
|---|---|---|
| Constantin Stanislavski | Russie, 1863–1938 | la méthode : le comédien construit son personnage de l'intérieur ; fonde le Théâtre d'art de Moscou en 1898, où Tchekhov est créé |
| Vsevolod Meyerhold | Russie, 1874–1940 | la biomécanique, le corps avant la psychologie (années 1920) ; fusillé en 1940 |
| Adolphe Appia et Edward Gordon Craig | Suisse, 1862–1928 / Angleterre, 1872–1966 | la scénographie moderne, théorisée entre 1899 et 1911 : la lumière et l'espace comme langage |
| Jacques Copeau | France, 1879–1949 | fonde le Vieux-Colombier en 1913 : le tréteau nu, l'école ; le père de tout le théâtre français du XXe |
| Louis Jouvet, Charles Dullin, Gaston Baty, Georges Pitoëff (le Cartel) | France, 1887–1951 / 1885–1949 / 1885–1952 / 1884–1939 | le Cartel des quatre (1927–1940) : Giraudoux créé par Jouvet ; Pirandello et Tchekhov révélés en France par Pitoëff |
| Bertolt Brecht | Allemagne, 1898–1956 | la distanciation : le spectateur doit juger, pas s'identifier ; fonde le Berliner Ensemble en 1949 |
| Jean Vilar | France, 1912–1971 | fonde le Festival d'Avignon en 1947, dirige le TNP de 1951 à 1963 : le théâtre pour tous, à prix populaire |
| Jerzy Grotowski | Pologne, 1933–1999 | le théâtre pauvre — rien que le comédien et le spectateur — au Théâtre-Laboratoire (1959–1984) |
| Giorgio Strehler | Italie, 1921–1997 | fonde le Piccolo Teatro de Milan en 1947 ; Goldoni et Brecht |
| Peter Brook | Angleterre / France, 1925–2022 | L'Espace vide (1968), les Bouffes du Nord à partir de 1974, le Mahabharata (1985) |
| Tadeusz Kantor | Pologne, 1915–1990 | le théâtre de la mort, La Classe morte (1975) |
| Ariane Mnouchkine | France, née en 1939 | fonde le Théâtre du Soleil en 1964 : la création collective, 1789 (1970) |
| Antoine Vitez et Patrice Chéreau | France, 1930–1990 / 1944–2013 | Vitez et le « théâtre élitaire pour tous » (Chaillot, 1981–1988) ; Koltès créé par Chéreau à Nanterre (1983–1988) |
| Thomas Ostermeier, Krzysztof Warlikowski, Ivo van Hove, Romeo Castellucci | Allemagne (né en 1968), Pologne (1962), Belgique (1958), Italie (1960) | les classiques rejoués comme du présent ; la scène européenne d'aujourd'hui |
Les comédiens dont le nom est resté
Avant le cinéma. Molière lui-même, comédien avant d'être auteur ; Talma, l'acteur de Napoléon, qui a mis fin à la déclamation ; Mademoiselle Mars, Rachel (la tragédienne du XIXe, Camille dans Horace à dix-sept ans), Frédérick Lemaître (le héros du boulevard du Crime), Mounet-Sully, Sarah Bernhardt (la première star mondiale, L'Aiglon de Rostand écrit pour elle), Coquelin (le premier Cyrano, 1897), Réjane, Lucien Guitry.
XXe siècle. Louis Jouvet, Charles Dullin, Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud, Gérard Philipe (le TNP, Le Cid, mort à 36 ans), Maria Casarès, Michel Bouquet, Michel Serrault et Jean Poiret (La Cage aux folles), Jacqueline Maillan, Laurence Olivier et John Gielgud (Angleterre), Vittorio Gassman (Italie), Innokenti Smoktounovski (Russie).
Aujourd'hui. Isabelle Huppert, Denis Podalydès, Dominique Blanc, Fabrice Luchini, Pierre Arditi, Michel Fau, Isabelle Adjani — pour la scène, pas seulement l'écran ; et la troupe de la Comédie-Française, seule institution qui garde une troupe permanente depuis 1680.
Par où commencer, selon ce qu'on cherche
- Pour le lycée : Molière (Le Malade imaginaire, L'Avare, Le Bourgeois gentilhomme), Racine (Phèdre), Marivaux, Beaumarchais, Hugo, puis Ionesco, Beckett, Anouilh, Lagarce — tous les classiques en texte intégral dans la bibliothèque, avec la méthode pour analyser une pièce.
- Pour une troupe amateur : Molière et Feydeau pour rire, Tchekhov pour les rôles, Ionesco pour les petites distributions ; les 25 comédies les plus drôles et les pièces à 2 personnages trient par nombre de rôles.
- Pour comprendre le théâtre d'aujourd'hui : Brecht, Beckett, Koltès, Lagarce, puis Pommerat et Mouawad ; les genres théâtraux situent chacun.