Théâtre de l'absurde : définition, pièces à connaître et exemple de dialogue absurde

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Le théâtre de l'absurde expliqué : la définition, d'où vient le mot, ses cinq traits (langage qui se vide, situation sans cause, temps qui tourne en rond, pas d'intrigue, rire et angoisse ensemble), les pièces à connaître d'Ionesco, Beckett, Adamov, Pinter avec personnages et durée — dont les pièces à deux personnages —, un exemple de dialogue absurde et l'exercice pour en écrire un.

Deux comédiens en scène dans une pièce du théâtre de l'absurde
Une scène captivante de la célèbre pièce "En Attendant Godot" de Samuel Beckett, mettant en avant son ambiance unique.

Le théâtre de l'absurde désigne les pièces écrites à Paris à partir de 1950 — La Cantatrice chauve d'Ionesco (1950), En attendant Godot de Beckett (1953), Les Chaises, La Leçon, Fin de partie — dans lesquelles l'intrigue disparaît, le langage se vide de son sens, le temps tourne en rond et les personnages attendent, parlent ou se répètent sans que rien n'arrive : la situation elle-même est le sujet, et elle fait rire et peur en même temps. Le nom vient du critique Martin Esslin, qui l'a donné en 1961 à des auteurs qui ne se réclamaient d'aucune école ; l'idée vient de Camus, pour qui l'absurde est le divorce entre l'homme qui demande un sens et le monde qui se tait. Cette page donne la définition et les cinq traits, les pièces à connaître avec personnages et durée — dont celles qui se jouent à deux —, un exemple de dialogue absurde, et l'exercice pour en écrire un.

Deux comédiens en scène dans une pièce du théâtre de l'absurde
Une scène captivante de la célèbre pièce "En Attendant Godot" de Samuel Beckett, mettant en avant son ambiance unique.

Les cinq traits du théâtre de l'absurde

Trait Ce que c'est Où le voir
Le langage qui se vide les personnages parlent, mais les mots ne portent plus rien : clichés, répétitions, dialogues de sourds, phrases toutes faites qui s'enchaînent sans logique La Cantatrice chauve — les Smith et les Martin échangent des évidences jusqu'à ce que le langage se désagrège en syllabes
La situation sans cause quelque chose arrive — ou n'arrive pas — sans raison donnée ni explication finale Rhinocéros — les habitants d'une ville se transforment en rhinocéros ; personne ne sait pourquoi, et la pièce ne le dira pas
Le temps qui tourne en rond la fin ressemble au début ; le deuxième acte répète le premier ; on attend, et l'attente ne finit pas En attendant Godot — deux actes, deux journées identiques, Godot ne vient pas ; Fin de partie — « Fini, c'est fini, ça va finir », et ça ne finit pas
Pas d'intrigue, pas de psychologie les personnages n'ont ni passé ni projet ; ils sont une situation, pas un caractère Vladimir et Estragon ne savent plus d'où ils viennent ; le Vieux et la Vieille des Chaises accueillent des invités invisibles
Le rire et l'angoisse ensemble la mécanique est celle du clown et de la farce ; ce qu'elle montre est la mort, le vide, la solitude Beckett vient de Chaplin et de Buster Keaton autant que de Dante ; Ionesco appelle La Cantatrice chauve une « anti-pièce » et Les Chaises une « farce tragique »

Ce que l'absurde n'est pas : le non-sens pour rire (Lewis Carroll), ni le surréalisme (qui cherche un sens caché dans le rêve), ni un message (« la vie n'a pas de sens ») — les auteurs de l'absurde refusent tous d'expliquer leurs pièces. Pour situer le genre parmi les autres, les genres théâtraux ; pour situer les auteurs, les grands noms du théâtre.

Comédiens en répétition avant une pièce du répertoire absurde
Une séance de répétition intensive dans la salle dédiée, où les acteurs perfectionnent leur performance pour le prochain spectacle.

Les pièces à connaître, avec personnages et durée

Pièce Auteur, année de création Personnages Durée En une phrase
La Cantatrice chauve Ionesco, 1950 (Théâtre des Noctambules) 6 1 h deux couples anglais et un pompier parlent pour ne rien dire jusqu'à ce que le langage explose ; jouée sans interruption au Théâtre de la Huchette depuis 1957
La Leçon Ionesco, 1951 3 1 h un professeur, une élève, une bonne ; la leçon d'arithmétique puis de philologie tourne au meurtre — le quarantième de la journée
Les Chaises Ionesco, 1952 3 (le Vieux, la Vieille, l'Orateur) 1 h 15 deux vieillards de 95 ans accueillent une foule invisible venue entendre le message d'une vie ; l'orateur, quand il arrive, est muet
En attendant Godot Beckett, 1953 (Théâtre de Babylone, mise en scène Roger Blin) 5 2 h 30 Vladimir et Estragon attendent Godot sous un arbre ; Pozzo et Lucky passent ; un garçon annonce que Godot viendra demain — deux fois
Fin de partie Beckett, 1957 4 1 h 30 Hamm aveugle dans son fauteuil, Clov qui ne peut pas s'asseoir, les parents dans les poubelles ; un monde fini qui n'en finit pas
Rhinocéros Ionesco, 1959 ≈ 17 2 h 15 Bérenger, seul, refuse de devenir rhinocéros ; la pièce la plus jouée et la plus étudiée, sur le conformisme
Oh les beaux jours Beckett, 1961 (en français 1963) 2 1 h 30 Winnie enterrée jusqu'à la taille, puis jusqu'au cou, parle avec optimisme ; Willie derrière elle répond à peine
Délire à deux Ionesco, 1962 2 45 min un couple se dispute depuis dix-sept ans pour savoir si le limaçon et l'escargot sont le même animal, pendant qu'une guerre détruit la ville
Le Roi se meurt Ionesco, 1962 6 1 h 30 on annonce au roi Bérenger qu'il mourra à la fin de la pièce ; il refuse, puis accepte — la plus tendre
La Parodie, Le Ping-pong Adamov, 1952, 1955 6–8 1 h 30 l'absurde social : une machine à sous qui dévore des vies
Le Gardien (The Caretaker) Pinter, 1960 3 2 h un clochard entre deux frères dans une chambre ; la menace sans objet — l'absurde anglais
Tango Mrożek, 1964 7 2 h un fils qui veut rétablir l'ordre dans une famille anarchique ; l'absurde polonais, politique

Les pièces à deux personnages de ce répertoire — celles qu'on cherche pour un duo — sont Oh les beaux jours, Délire à deux, et, à trois mais presque à deux, La Leçon (la bonne n'a que quelques répliques) et Les Chaises (l'orateur est muet). En attendant Godot se joue à cinq, mais Vladimir et Estragon occupent les trois quarts du texte. Toutes sont sous droits (Ionesco est mort en 1994, Beckett en 1989) : la représentation, même gratuite, se déclare — les droits d'auteur au théâtre. Pour des duos libres de droits, les pièces à deux personnages.

Scène de théâtre de l'absurde : deux personnages qui attendent
Un moment de suspense sur la scène de la pièce de théâtre de Samuel Beckett, capturant l'essence de son œuvre théâtrale unique.

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Un exemple de dialogue absurde

Un dialogue absurde n'est pas un dialogue idiot : il est parfaitement logique dans sa forme, et c'est le sens qui manque. Voici un exemple écrit pour cette page, avec la mécanique visible :

ELLE. — Tu as pris le pain ?
LUI. — Quel pain ?
ELLE. — Le pain qu'on n'a pas.
LUI. — Alors je l'ai pris.
ELLE. — Tu vois. Tu ne changeras jamais.
LUI. — J'ai changé hier.
ELLE. — Hier, c'était dimanche.
LUI. — Aujourd'hui aussi.
ELLE. — C'est bien ce que je dis. (Silence.) Il est venu, le monsieur ?
LUI. — Il vient tous les jours.
ELLE. — Et il est venu ?
LUI. — Non. Tous les jours, non.

Ce qui le rend absurde, point par point : chaque réplique répond grammaticalement à la précédente (question → réponse), mais le contenu s'annule (« le pain qu'on n'a pas », « j'ai changé hier ») ; les phrases sont des phrases de tous les jours, entendues mille fois (« tu ne changeras jamais », « c'est bien ce que je dis ») ; le temps ne tient pas (dimanche hier et aujourd'hui) ; et un personnage extérieur, « le monsieur », est attendu et ne vient pas — c'est Godot en deux répliques. Le ton, lui, doit rester sérieux : l'absurde se joue au premier degré, sans clin d'œil, sinon c'est un sketch. La réplique au théâtre et le dialogue de théâtre donnent les autres formes de dialogue pour comparer.

Écrire un dialogue absurde : l'exercice

C'est l'exercice que je donne aux ateliers d'écriture et aux lycéens après la lecture de La Cantatrice chauve, en quarante minutes :

  1. Prendre dix phrases toutes faites — entendues dans la journée, à la maison, à la radio : « il faut ce qu'il faut », « on verra bien », « c'est comme ça ». On les écrit sur des papiers.
  2. Les distribuer à deux personnages qui ont une situation banale (attendre un bus, mettre la table) et une seule règle : chaque réplique doit répondre à la forme de la précédente (question → réponse, affirmation → contradiction), jamais à son sens.
  3. Ajouter une répétition — une réplique qui revient trois fois, identique, à des moments où elle n'a plus aucun rapport.
  4. Ajouter une attente — quelqu'un ou quelque chose qui doit venir et ne vient pas, mentionné au début, au milieu et à la fin.
  5. Finir par le début — la dernière réplique est la première, mot pour mot. Puis lire à deux voix, sérieusement.

Le résultat fait deux pages et se joue en quatre minutes ; les meilleurs sont ceux où personne ne cherche à être drôle. Écrire une saynète donne la forme courte, et les 60 thèmes d'improvisation — catégorie « contraintes » — la version improvisée du même exercice.

Jouer l'absurde

Trois règles que je donne à chaque fois. Au premier degré : Vladimir attend vraiment Godot ; Winnie est vraiment heureuse ; le Vieux croit vraiment que la salle est pleine. Un comédien qui montre qu'il sait que c'est absurde tue la pièce. Le corps du clown, la voix du quotidien : les chutes, les chapeaux, les chaussures de Beckett viennent du music-hall ; le texte se dit comme on parle dans une cuisine. Le rythme est écrit : les silences de Beckett sont notés, les répétitions d'Ionesco sont comptées ; on ne les « interprète » pas, on les exécute, comme une partition. La mise en scène et la dramaturgie — où l'absurde est une des neuf dramaturgies — donnent le reste.

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Questions Fréquentes

Qu'est-ce que le théâtre de l'absurde ?

Les pièces écrites à Paris à partir de 1950 par Ionesco, Beckett, Adamov, puis Pinter, Mrożek et d'autres, dans lesquelles l'intrigue disparaît, le langage se vide, le temps tourne en rond et les personnages sont une situation plutôt qu'un caractère — avec un comique de clown sur un fond d'angoisse. Le nom est du critique Martin Esslin (1961) ; l'idée vient de Camus.

Quelles sont les pièces les plus connues du théâtre de l'absurde ?

La Cantatrice chauve (1950), La Leçon (1951), Les Chaises (1952), Rhinocéros (1959) et Le Roi se meurt (1962) d'Ionesco ; En attendant Godot (1953), Fin de partie (1957) et Oh les beaux jours (1961) de Beckett.

Quel est un exemple de dialogue absurde ?

Un échange où chaque réplique répond à la forme de la précédente mais pas à son sens, avec des phrases toutes faites, une répétition et une attente qui ne finit pas — comme l'exemple donné plus haut (« Tu as pris le pain ? — Quel pain ? — Le pain qu'on n'a pas. — Alors je l'ai pris. »).

Quelles pièces de théâtre absurde se jouent à deux personnages ?

Oh les beaux jours de Beckett (Winnie et Willie) et Délire à deux d'Ionesco (Lui et Elle) ; à trois mais presque à deux, La Leçon et Les Chaises. Toutes sous droits : la représentation se déclare.

Quelle est la différence entre le théâtre de l'absurde et le surréalisme ?

Le surréalisme (années 1920) cherche un sens caché dans le rêve et l'inconscient ; l'absurde (années 1950) constate qu'il n'y a pas de sens à trouver, et le montre par le langage qui se vide et l'attente qui ne finit pas. Les surréalistes espèrent ; les auteurs de l'absurde rient de ne plus espérer.

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