Un bon thème d'improvisation donne aux joueurs un lieu ou une relation et un problème, jamais une histoire : « deux frères et une clé de voiture » se joue, « une dispute qui finit par une réconciliation » ne se joue pas, parce que tout est déjà décidé. Cette page donne soixante thèmes classés par type, à imprimer et à découper pour la boîte à thèmes de l'atelier, puis les catégories du match d'improvisation — libre, comparée, à la manière de, chantée, rimée, muette — expliquées en une phrase chacune, avec ce qu'elles demandent aux joueurs. Les exercices pour apprendre à improviser sont sur la page des exercices d'improvisation.

Ce qui fait un bon thème
Trois ingrédients, et il en faut au moins deux : un lieu précis (pas « dehors » mais « la file d'attente du guichet 4 »), une relation entre les personnages (frère et sœur, patron et stagiaire, deux inconnus dans un ascenseur), un problème concret (la clé est perdue, le train part dans deux minutes, l'un des deux ment). Le thème ne dit jamais comment ça finit. Et il est court : une ligne, lisible à voix haute en trois secondes. Un thème de deux phrases est déjà un scénario.
Ce que j'évite : les thèmes abstraits (« la liberté », « la jalousie »), qui donnent des scènes où les personnages parlent de la jalousie au lieu d'être jaloux ; et les thèmes qui contiennent la chute (« un cambrioleur qui se trompe de maison et tombe sur la police ») — la surprise appartient aux joueurs.
60 thèmes d'improvisation, par type
Lieux — quinze thèmes où le lieu fait la scène
- La file d'attente à la préfecture, et il manque un papier.
- Un ascenseur bloqué entre deux étages.
- La salle d'attente du dentiste, deux patients, un seul magazine.
- Un compartiment de train de nuit, une couchette en trop, une en moins.
- Le rayon surgelés d'un supermarché à la fermeture.
- Un banc public, un pigeon, deux personnes qui l'attendent.
- L'arrêt de bus sous la pluie, le bus ne vient pas.
- Une chambre d'hôtel réservée deux fois.
- Le parking, deux voitures, une place.
- La cuisine d'un restaurant, cinq minutes avant l'ouverture.
- Le vestiaire d'une piscine, une clé de casier perdue.
- Un musée à la fermeture, un visiteur qui refuse de sortir.
- Le guichet d'une gare, le dernier billet.
- Un jardin partagé, deux voisins, une tomate.
- La cabine d'essayage, la vendeuse et un client indécis.
Relations — quinze thèmes où le lien fait la scène
- Deux frères devant l'héritage : une maison, un seul veut la vendre.
- Un stagiaire et son patron, le premier jour, le patron ne sait pas quoi lui faire faire.
- Une mère et son fils adulte, elle a trouvé quelque chose dans sa chambre.
- Deux vieux amis qui ne se sont pas vus depuis vingt ans, l'un a changé.
- Un professeur et un élève, le jour où l'élève en sait plus.
- Deux colocataires, la vaisselle, le troisième mois.
- Un couple à la veille du mariage, l'un des deux a un doute.
- Une grand-mère et sa petite-fille, un téléphone, une explication.
- Deux inconnus, même prénom, même rendez-vous.
- Un médecin et un patient qui a lu Internet.
- Deux voisins de palier, un mur trop fin.
- Un père et sa fille de seize ans, une heure de retour.
- Deux collègues qui postulent au même poste.
- Un vendeur et un client qui vient rendre l'article.
- Deux sœurs, une robe, un seul mariage.
Situations — quinze thèmes où le problème fait la scène
- Il faut annoncer une mauvaise nouvelle en moins d'une minute.
- Quelqu'un a menti et la vérité arrive dans la pièce.
- L'objet cassé appartient à quelqu'un d'autre.
- Deux personnes doivent se partager un gâteau, une seule a un couteau.
- Le cadeau est raté, et l'autre l'ouvre maintenant.
- On s'est trompé de personne, et c'est trop tard pour le dire.
- La dernière place dans le canot.
- Il faut convaincre quelqu'un de ne pas partir, sans dire pourquoi.
- Le mot de passe a été oublié, et l'autre est censé le connaître.
- Quelqu'un a mangé le dessert de quelqu'un.
- Deux personnes attendent la même troisième, qui ne viendra pas.
- Le résultat du concours vient de tomber, l'un a gagné, l'autre pas.
- Il y a une seule chaise et deux invités d'honneur.
- Quelqu'un doit avouer qu'il n'a pas lu le livre.
- La lettre a été ouverte par erreur.
Contraintes — dix thèmes où la règle fait la scène
- Chaque réplique commence par la dernière lettre de la précédente.
- Interdit de dire « non ».
- Les deux personnages ne se regardent jamais.
- Un des deux ne parle qu'en questions.
- Une réplique sur deux est chuchotée.
- Les personnages ne peuvent pas se toucher ni s'approcher à moins de deux mètres.
- Chaque réplique doit contenir un chiffre.
- La scène se joue en avançant d'un pas à chaque réplique.
- Un des deux personnages est un objet.
- La scène dure exactement une minute, chronomètre visible.
Enfants — cinq thèmes pour les 6–10 ans
- Le dragon qui a peur du noir et l'enfant qui vient l'aider.
- La boulangerie où le pain se sauve.
- Deux robots qui apprennent à rire.
- Le lion du cirque qui ne veut plus sauter dans le cerceau.
- La sorcière qui a perdu sa recette et demande de l'aide à la classe.
Pour tirer au sort : chaque thème sur un papier, dans une boîte ; le meneur tire, lit à voix haute, les joueurs ont dix secondes pour se mettre d'accord sur qui est qui, et la scène commence. Trois minutes, pas plus ; on apprend plus de dix scènes courtes que de deux longues.
Les catégories du match d'improvisation
Le match d'impro, né au Québec en 1977 sur le modèle du hockey, oppose deux équipes qui improvisent sur des thèmes tirés au sort, dans une catégorie annoncée par l'arbitre. La catégorie est une contrainte de jeu ; le thème dit de quoi on parle, la catégorie dit comment. Voici les principales, avec ce qu'elles demandent :
| Catégorie | La règle | Ce qu'elle demande aux joueurs |
|---|---|---|
| Libre | Aucune contrainte de forme | La plus difficile en réalité : rien ne vous aide |
| Comparée | Les deux équipes jouent le même thème l'une après l'autre | Ne pas copier, trouver un autre angle |
| Mixte | Les deux équipes jouent ensemble, sur la même scène | L'écoute entre gens qui ne se connaissent pas |
| À la manière de… | Dans le style d'un auteur, d'un genre, d'un réalisateur (Molière, western, série policière) | La culture des codes ; c'est la page des genres théâtraux en jeu |
| Chantée | Tout ou partie de la scène est chantée | Le rythme ; on rime rarement, on chante toujours |
| Rimée | Les répliques riment deux à deux | La souplesse de langue ; les rimes faciles sont autorisées |
| Muette | Sans aucune parole | Le corps, l'objet, le regard — la meilleure catégorie pour les débutants |
| Sans accessoire ou avec accessoire imposé | Rien en scène, ou un objet tiré au sort qui doit servir | L'objet devient tout sauf ce qu'il est |
| Doublage | Deux joueurs bougent, deux autres leur prêtent leur voix | L'écoute croisée ; très drôle, très difficile |
| Poursuite | La scène reprend exactement là où la précédente s'est arrêtée | La mémoire de la scène |
| Dramatique | Le registre est imposé : pas de comique | Tenir une émotion sans la fuir dans le rire |
| Thème imposé sans préparation | Le thème est donné et la scène commence immédiatement, sans les vingt secondes de caucus | Le réflexe : accepter la première idée |
Dans un match, l'arbitre annonce aussi le nombre de joueurs (« deux par équipe », « illimité »), la durée (de trente secondes à plusieurs minutes) et parfois un titre en plus du thème. Les fautes — refus de la proposition, cabotinage, retard de jeu — sont sifflées, et c'est une excellente pédagogie : un groupe d'atelier qui joue au match apprend les trois règles de l'improvisation par la sanction, en riant.
Comment j'utilise thèmes et catégories en atelier
Le thème seul, pour les débuts : la boîte, trois minutes par scène, une question au public après chaque scène — « qu'est-ce que chacun voulait ? ». Les catégories, à partir de la troisième ou quatrième séance, une par séance : muette d'abord (elle enlève la peur du texte), puis à la manière de… (elle donne un costume au jeu), puis chantée ou rimée quand le groupe rit déjà de lui-même. Le match complet, avec arbitre et équipes, à la fin d'un cycle, comme fête : c'est la seule forme de spectacle qu'un groupe débutant peut donner sans texte et sans honte.
Les exercices qui préparent à tout cela — écoute, acceptation, statut, registre — sont sur la page des exercices d'improvisation ; et quand une scène improvisée mérite d'être gardée, on l'écrit : la saynète est la forme qui l'attend.