Le décor de théâtre, c'est tout ce qui est sur le plateau et qui n'est pas un comédien : les murs, les portes, les meubles, les toiles, les objets — et l'espace vide entre eux, qui compte autant. Il dit au public où l'on est avant que quelqu'un ait parlé, et il dit à la mise en scène ce qu'elle peut faire jouer. Cette page donne la définition et la différence avec la scénographie, les six types de décors avec des exemples, le vocabulaire du plateau, ce que fait un scénographe, et la méthode que j'utilise pour faire un décor de troupe amateur avec deux chaises, une table et une lumière. La mise en scène dans son ensemble — le parti pris, les étapes, la direction d'acteurs — a sa propre page.

Décor et scénographie : la différence
Le décor est l'objet : ce qui est construit, peint, posé sur le plateau. La scénographie est la pensée de l'espace tout entier — le plateau, la salle, le rapport entre les deux, la lumière, la circulation des corps — dont le décor n'est qu'une partie. Un scénographe peut décider qu'il n'y aura pas de décor ; c'est encore de la scénographie. Le mot vient du grec skēnē (la scène) et graphein (dessiner) : dessiner l'espace du jeu.
Dans une troupe professionnelle, le scénographe conçoit avec le metteur en scène, dessine, fait une maquette, et des ateliers construisent. Dans une troupe amateur, c'est en général la même personne qui pense l'espace, trouve les meubles et les porte — et c'est très bien ainsi, à condition de penser avant de porter.
Les six types de décors, avec des exemples
| Type | Ce qu'il montre | Exemple | Pour qui |
|---|---|---|---|
| Réaliste | Un lieu reconnaissable, détaillé : un salon avec ses murs, sa fenêtre, sa lampe | Le salon bourgeois du vaudeville, l'appartement du Prénom | Théâtre de boulevard, comédie contemporaine |
| Stylisé | Le lieu suggéré par quelques éléments choisis : une porte sans mur, une table sans cuisine | Un cadre de porte et un banc pour Tartuffe | Presque tout le répertoire classique |
| Abstrait ou vide | Aucun lieu ; l'espace est le jeu lui-même, la lumière fait le reste | Le plateau nu de Copeau, En attendant Godot et son arbre | Tragédie, absurde, monologue |
| Unique | Un seul décor pour toute la pièce, quels que soient les lieux du texte | Une pièce de cinq actes jouée dans un même espace neutre | Troupes amateurs, tournées |
| À transformation | Le décor change à vue ou au noir entre les tableaux | Le panneau qui tourne, le rideau qui découvre | Comédies à plusieurs lieux, spectacles jeune public |
| Décor-machine | Le décor est un mécanisme qui joue : praticable qui monte, mur qui s'ouvre | Le décor tournant, l'escalier praticable | Grandes scènes, comédie musicale |
Le type se choisit avec le parti pris de la mise en scène, jamais avant : un Tartuffe réaliste et un Tartuffe sur plateau vide sont deux lectures, pas deux budgets.
Le vocabulaire du plateau
| Terme | Ce que c'est |
|---|---|
| Toile de fond | La toile peinte au fond du plateau, qui donne le lieu ou le ciel |
| Pendrillons | Les rideaux verticaux noirs sur les côtés, qui cachent les coulisses |
| Frises | Les bandes horizontales en hauteur, qui cachent les projecteurs |
| Praticable | Une plateforme sur laquelle on peut jouer : une estrade, une marche, un balcon |
| Châssis | Un cadre de bois tendu de toile, peint ; le mur du décor traditionnel |
| Accessoire | Tout objet manipulé par un comédien : la lettre, le verre, la clé |
| Mobilier | Les meubles, qui ne se manipulent pas mais se déplacent entre les scènes |
| Cour et jardin | Les côtés du plateau vus du public : cour à droite, jardin à gauche — pour ne jamais confondre la droite du comédien et celle du spectateur |
| Lointain et face | Le fond du plateau et le bord vers le public |
| À vue | Un changement de décor fait devant le public, sans noir |
Cour et jardin sont le premier vocabulaire que j'enseigne à une troupe, avant même de poser une chaise : « la chaise à jardin, la porte au lointain à cour » évite une heure de répétition perdue.
Ce que fait un scénographe
Il lit la pièce en se demandant ce que l'espace doit permettre — pas ce qu'il doit représenter. Tartuffe a besoin d'une cachette pour Orgon (une table, une tenture) et d'une porte par laquelle Tartuffe entre ; tout le reste est facultatif. Puis il dessine, en plan (vu de dessus, pour les déplacements) et en élévation (vu de la salle, pour l'image), fait souvent une maquette au 1/25e, et décide de la lumière avec l'éclairagiste : un décor ne se voit que par sa lumière.
Trois questions de scénographe que n'importe quelle troupe peut se poser : par où entre-t-on et sort-on ? (le nombre d'entrées décide du rythme de la pièce) ; où est la hauteur ? (un praticable de vingt centimètres change tout le plateau) ; qu'est-ce qui est vide ? (le vide est un lieu de jeu, pas un manque).
Faire un décor avec presque rien : la méthode
C'est la situation de la plupart des troupes que je connais : une salle des fêtes, une scène de six mètres, pas de budget, quatre répétitions dans le lieu. Voici ce qui marche.
- Un seul lieu. Même si la pièce en demande trois. On change la lumière et un meuble, pas le décor. Le public accepte tout ce qui est net ; il n'accepte pas un changement de décor de quatre minutes dans le noir.
- Trois éléments, pas dix. Une table, deux chaises, un cadre de porte sur pied — ou un paravent. Chaque élément doit servir au jeu : la chaise sur laquelle on monte, la table sous laquelle on se cache, la porte qui claque. Un meuble qui ne sert pas encombre.
- La hauteur. Un praticable, une estrade, même deux palettes solides recouvertes d'un tapis : un plateau à deux niveaux paraît deux fois plus grand et donne au metteur en scène un « dessus » et un « dessous » pour les rapports de force.
- Le fond noir ou le fond clair, jamais le fond chargé. Les pendrillons noirs de la salle, ou un drap clair tendu : le public regarde les comédiens, pas la toile. La toile de fond peinte est le premier piège des décors amateurs — elle coûte des semaines et vole l'attention.
- Trois effets de lumière. Plein feu pour la comédie, une douche (un projecteur au-dessus d'un seul comédien) pour le monologue, un noir franc entre les tableaux. Avec ces trois-là, un décor de deux chaises devient un lieu.
- Les accessoires, eux, en vrai. Le verre, la lettre, la clé : ce que le comédien tient dans la main doit être réel et solide. On économise sur les murs, jamais sur les objets.
Pour un concert ou un spectacle de variété — la question revient souvent —, les mêmes règles valent, avec une différence : le décor est la lumière. Un fond noir, deux ou trois sources de couleur, et l'espace existe ; les objets, eux, gênent les musiciens.
Des décors qui n'ont besoin de rien : le répertoire
Certaines pièces ont été écrites pour un plateau presque vide, et c'est pour cela qu'elles se montent partout. La Paix chez soi : une table, deux chaises. Le Médecin malgré lui : un banc, une forêt suggérée. L'Île des esclaves : une plage, c'est-à-dire rien. Toutes sont dans la bibliothèque, en texte intégral et libres de droits. Nos Éditions Professionnelles ajoutent au texte des notes de mise en scène qui incluent l'espace et les accessoires nécessaires : Le Tartuffe, L'Avare, Le Bourgeois gentilhomme, Le Jeu de l'amour et du hasard.