Le mime s'apprend par des exercices, pas par l'imitation d'un mime : on commence par le point fixe — la main qui ne bouge pas pendant que le corps bouge, ce qui crée le mur, la corde et tous les objets imaginaires —, puis par les objets, les émotions sans le visage, les situations, et enfin le jeu à deux et en groupe. Vingt exercices suffisent pour un trimestre ; les quatre premiers suffisent pour comprendre, en une séance, pourquoi le mur du mime a l'air solide. Cette page les donne avec la règle, la durée et l'âge de chacun, dans l'ordre où je les enseigne, puis la séance d'une heure qui les enchaîne, les erreurs qui font rater un mime, et ce qu'il faut savoir avant de chercher un cours. Le mime est une famille d'exercices parmi d'autres : les catégories d'exercices pour le théâtre donne la vue d'ensemble.

Les quatre bases : sans elles, rien ne tient
1. Le point fixe (tous âges, 5 min). Debout, la main droite posée « sur » quelque chose devant soi, à hauteur de poitrine. La règle : la main ne bouge plus d'un millimètre pendant que tout le reste du corps bouge — on se penche, on s'accroupit, on se tourne, on s'éloigne jusqu'à ce que le bras soit tendu. Le point fixe est tout le mime : ce qui ne bouge pas donne l'illusion que ce qui est autour est réel. On le fait avec chaque main, puis avec le pied, puis avec le front.
2. Le mur (à partir de 6 ans, 5 min). Les deux mains à plat sur un mur imaginaire ; on les pose l'une après l'autre (jamais ensemble), les doigts s'écrasent au contact, la paume s'aplatit ; puis on déplace une main pendant que l'autre reste fixe. Le mur existe si : les mains sont toujours dans le même plan, le contact est net (la main s'arrête d'un coup), et le corps réagit au mur — l'épaule recule quand on pousse.
3. La corde (à partir de 7 ans, 5 min). Tirer une corde imaginaire vers soi : les mains se referment sur un diamètre constant, les bras se tendent, le corps entier résiste — les pieds glissent en arrière quand la corde tire, le tronc s'incline. Ce n'est pas un exercice de mains, c'est un exercice de poids : on mime la corde en mimant ce qu'elle fait au corps.
4. La marche sur place (à partir de 8 ans, 10 min). Le pied glisse en arrière au sol pendant que l'autre se lève et revient devant, le corps reste à la même place, le regard fixe l'horizon. Dix minutes par séance pendant un mois avant que ce soit propre ; c'est la technique la plus visible du mime et la plus longue à obtenir. Avec les enfants, on la remplace par la marche contre le vent : le corps penché, les bras qui rament, on avance de dix centimètres par pas.

Les objets imaginaires
5. La balle (tous âges, 5 min). Une balle de tennis dans la main : son poids (la main descend un peu quand on la reçoit), sa taille (les doigts ne se referment jamais), le rebond (le regard suit). On la lance, on la rattrape, on la passe au voisin — qui doit la recevoir de la même taille.
6. Le verre d'eau (tous âges, 5 min). Prendre un verre sur une table, le porter aux lèvres, boire, le reposer. La table est à une hauteur fixe (point fixe !), le verre a un poids qui change quand il se vide, la bouche s'ouvre avant que le verre arrive.
7. La valise (à partir de 7 ans, 5 min). Porter une valise lourde d'un point à l'autre : l'épaule descend, le corps compense de l'autre côté, on la pose en deux temps. Puis la même valise, vide. Puis la valise lourde qui devient soudain vide — la surprise est le premier gag de mime.
8. La porte (à partir de 8 ans, 5 min). Trouver la poignée (point fixe), la tourner, tirer — la porte résiste, s'ouvre, le corps passe, la porte se referme derrière. Puis la porte qui n'est pas là où on l'attendait. Puis dix portes différentes : lourde, coulissante, à ressort, verrouillée.
9. Le passage d'objet (en groupe, 10 min). En cercle, un objet imaginaire passe de main en main ; chacun l'utilise avant de le passer, et l'objet doit rester le même — même taille, même poids. Au tour suivant, l'objet change de nature quand on le passe, et le voisin doit l'accepter tel qu'il arrive. C'est l'exercice d'écoute du mime.
Le corps qui parle : émotions et états
10. L'émotion sans le visage (à partir de 9 ans, 10 min). Une émotion tirée au sort — peur, joie, colère, fatigue, timidité —, à jouer de dos, ou avec le visage neutre : seuls les épaules, les mains, le rythme de la marche, la position du poids en disent quelque chose. Le groupe devine. Le mime n'est pas l'art des grimaces ; c'est l'exercice qui le prouve.
11. Le poids des sentiments (ados et adultes, 5 min). Traverser la salle en portant un sentiment comme un objet : la honte dans les épaules, la joie dans la poitrine, l'attente dans les mains. On exagère d'abord, puis on réduit jusqu'à ce que ce soit presque invisible — et encore lisible.
12. Les âges (tous âges, 5 min). Marcher à cinq ans, à quinze, à quarante, à quatre-vingts. Ce qui change : le centre de gravité, la vitesse, le regard, ce que les mains font quand elles ne font rien.
13. La transformation (à partir de 10 ans, 5 min). Passer, en marchant, d'un état à son contraire en trente secondes — de pressé à traînant, de fier à honteux — sans arrêt et sans saut : le public doit pouvoir dire à quel moment ça a basculé.
Les situations
14. La situation en tableau (à partir de 6 ans, 10 min). Par trois, une situation figée en dix secondes — « à l'arrêt de bus », « le gâteau est tombé », « la photo de classe » —, puis animée vingt secondes sans un son. Le groupe devine le lieu et ce qui se passe.
15. Le métier (tous âges, 5 min). Mimer un métier par ses gestes, sans accessoire ni décor : le boulanger, le coiffeur, le pêcheur. Règle : trois gestes suffisent si le premier pose l'objet (point fixe), le deuxième l'utilise, le troisième le range.
16. L'ascenseur (à partir de 8 ans, 5 min). Cinq personnes dans un ascenseur imaginaire : il monte (les genoux plient au démarrage), s'arrête (le corps continue un peu), quelqu'un entre, la porte se coince. Tout le monde subit la même physique au même moment ; sinon l'ascenseur n'existe pas.
17. Le miroir (à deux, tous âges, 5 min). L'un bouge lentement, l'autre est son reflet ; puis on inverse ; puis plus personne ne mène. C'est aussi le premier exercice d'écoute de n'importe quelle animation théâtrale.
18. Le tir à la corde (en groupe, 5 min). Deux équipes, une corde imaginaire — la corde doit être tendue : quand une équipe gagne un mètre, l'autre en perd un. Le premier exercice où un groupe entier partage un objet qui n'existe pas.
19. La machine (en groupe, 5 min). Un premier joueur fait un geste répétitif ; le deuxième s'y accroche ; jusqu'à ce que le groupe soit une machine — muette, ici : c'est le rythme qui la tient, pas le son.
20. La petite histoire (par deux ou trois, 15 min). Une histoire de trois minutes sans un mot, avec un début, un problème et une fin — le parapluie qui s'envole, le chien qui ne veut pas rentrer, le cadeau qu'on n'ose pas ouvrir. Un objet imaginaire au centre, une émotion qui change, une chute. C'est le spectacle de fin de trimestre d'un atelier de mime.

Une séance de mime d'une heure
| Moment | Durée | Exercices |
|---|---|---|
| Échauffement du corps | 10 min | marches, isolations (bouger une seule partie du corps : tête, épaule, bassin), le travail du corps |
| Bases | 10 min | point fixe, mur, corde — chaque séance, même quand on sait |
| Objets | 10 min | deux exercices de 5 à 9, dont un nouveau |
| Corps qui parle | 10 min | un exercice de 10 à 13 |
| Situations | 15 min | un exercice de 14 à 20, devant le groupe |
| Retour | 5 min | assis, un mot chacun ; pas de commentaire |
Le mime se travaille sans musique pendant les bases, et avec pendant les situations : la musique donne le rythme que la parole ne donne plus. Avec des enfants de 6 à 9 ans, on garde les mêmes moments et on divise les durées par deux ; les exercices pour les 6–10 ans donnent les jeux qui préparent. Une séance complète d'atelier — pas seulement de mime — est décrite dans animer un atelier de théâtre.
Les erreurs qui font rater un mime
- Le visage qui fait tout. Un mime qui grimace pour montrer la peur n'a pas besoin de mime. La règle 10 (l'émotion de dos) corrige ça en une séance.
- L'objet qui change de taille. La balle qu'on prend grosse comme un pamplemousse et qu'on lance comme une bille : le public ne sait plus ce qu'il regarde. Chaque objet a une taille, décidée avant, et les mains la gardent.
- Pas de contact net. La main qui « arrive à peu près » sur le mur : le mur n'existe pas. Le contact du mime est un arrêt sec, comme une note.
- Le corps qui ne réagit pas. Une corde qui tire sans que les pieds glissent, une valise lourde portée le dos droit : le mime, c'est ce que l'objet fait au corps, pas ce que les mains font à l'objet.
- Trop vite. Le mime se lit ; ce qui est trop rapide n'est pas lu. Un mouvement de mime dure le double d'un mouvement de la vie.
Trouver un cours de mime, ou apprendre seul
Les vingt exercices ci-dessus s'apprennent seuls devant un miroir, à condition de filmer et de se regarder : le mime est le seul art de la scène où l'on ne peut pas se juger de l'intérieur. Un cours apporte deux choses que le miroir ne donne pas — le regard d'un autre sur le point fixe, et les partenaires pour les exercices 16 à 20. En France et en Belgique, les cours de mime se trouvent dans les écoles de théâtre (le mime y est une matière), dans les ateliers d'expression corporelle, et dans les stages d'été ; l'école de référence reste celle fondée par Marcel Marceau à Paris, et la tradition Decroux (le « mime corporel ») a ses écoles à Paris, Barcelone et Londres. Un cours en ligne apprend les bases 1 à 8 ; il n'apprend pas le reste.
Pour aller plus loin sur le corps : les exercices corporels (recueil de 50+ exercices), l'échauffement, et les exercices d'improvisation, dont la moitié se font sans parler.