Huit exercices qui fonctionnent avec des enfants de 6 à 10 ans, dans l'ordre où on les mène : le miroir, le jeu des émotions, la marche des humeurs, les statues, l'histoire en chaîne, le tableau vivant, l'improvisation à deux et la phrase à défendre. Pour chacun : la durée réelle, l'effectif, la consigne à dire mot pour mot, et l'erreur qui fait rater l'exercice. Ils demandent une salle vide et rien d'autre. Plus bas, le déroulé d'une séance d'une heure, les adaptations pour les 6-7 ans et pour les 8-10 ans, et la marche à suivre quand un enfant refuse de passer.

Le déroulé d'une séance d'une heure
Une séance qui tient debout suit toujours le même ordre : on réveille le corps, on travaille une compétence, on joue, on redescend. Sauter l'échauffement fait perdre vingt minutes plus tard, quand le groupe est excité et n'écoute plus.
| Moment | Durée | Ce qu'on y met | Exercices ci-dessous |
|---|---|---|---|
| Accueil et cercle | 5 min | prénoms, un mot chacun sur son humeur | — |
| Échauffement | 10 min | corps et voix, en mouvement | 1, 3 |
| Travail dirigé | 15 min | une seule compétence à la fois | 2, 4 |
| Création | 20 min | les enfants produisent quelque chose | 5, 6, 7 |
| Passage devant les autres | 8 min | deux ou trois groupes montrent | 7, 8 |
| Retour au calme | 5 min | assis en cercle, chacun dit ce qu'il a aimé | — |
Ne mettez pas plus de trois exercices par séance. Un exercice mené jusqu'au bout vaut mieux que quatre survolés, et les enfants réclament de refaire ce qu'ils connaissent déjà.
Les huit exercices
1. Le miroir
8 minutes · par deux · debout, face à face. Un enfant bouge lentement, l'autre le copie comme un reflet. Au bout de deux minutes, on inverse. Puis on annonce qu'il n'y a plus de meneur : les deux doivent bouger ensemble sans que personne ne décide.
Consigne : « Bougez si lentement que quelqu'un qui vous regarde de loin ne sache pas qui commande. »
Ce qui rate : les enfants vont trop vite et ça devient un jeu de rapidité. Arrêtez tout, faites une démonstration avec un enfant en exagérant la lenteur, repartez. La lenteur est l'exercice, pas une contrainte de l'exercice.
2. Le jeu des émotions
10 minutes · groupe entier · en cercle. Vous nommez une émotion, tous la montrent en même temps avec le visage et le corps. Joie, colère, peur, tristesse, surprise, dégoût, puis des états plus fins : la fatigue, la fierté, la jalousie, l'ennui. Ensuite un enfant en montre une au centre, les autres devinent.
Consigne : « Montrez-la avec les épaules et les mains, pas seulement avec la bouche. »
Ce qui rate : tout le monde fait la même grimace, copiée sur le voisin. Passez alors aux émotions à deux temps — « tu es content, et d'un coup tu comprends que c'était une erreur » — qui obligent à jouer un changement plutôt qu'une tête.

3. La marche des humeurs
7 minutes · groupe entier · en déplacement dans toute la salle. Les enfants marchent sans se toucher, en occupant les trous. Vous annoncez : « on marche dans la boue », « on est pressé », « on a très peur », « on est le roi ». À « stop », tout le monde se fige.
Consigne : « Ne marchez pas en rond, remplissez les endroits vides. »
Ce qui rate : le troupeau, qui tourne dans le sens des aiguilles d'une montre. Dites « stop », faites remarquer les zones vides du sol, redémarrez. C'est le meilleur échauffement du lot : il défoule et il apprend l'occupation de l'espace en même temps.
4. Les statues
10 minutes · par groupes de trois ou quatre · un groupe joue, les autres regardent. Vous donnez un titre — « la dispute », « la surprise », « le secret » — et le groupe a trente secondes pour se figer dans une image qui le raconte. Les spectateurs disent ce qu'ils voient avant que vous ne donniez le titre.
Consigne : « Une image, pas une photo de classe : tout le monde n'est pas obligé de regarder devant, ni d'être debout. »
Ce qui rate : les statues sont alignées et souriantes. Demandez qu'il y ait au moins une personne au sol et une qui regarde une autre : l'image devient lisible tout de suite.

5. L'histoire en chaîne
12 minutes · groupe entier · assis en cercle. Chacun ajoute une phrase à l'histoire, dans l'ordre du cercle. Une règle simple change tout : chaque phrase commence par « et un jour » ou « alors », jamais par « mais ». Le « mais » annule ce que le précédent a proposé et l'histoire n'avance plus.
Consigne : « Une seule phrase, et elle doit ajouter quelque chose que personne n'a encore dit. »
Ce qui rate : trois enfants racontent tout et les autres attendent. Donnez un objet à tenir qui passe de main en main : celui qui l'a parle, les autres non. Deux tours suffisent, le troisième s'essouffle toujours.
6. Le tableau vivant
15 minutes · groupes de quatre à six · préparation puis passage. Chaque groupe reçoit une scène connue — un tableau, une couverture de livre, une scène de conte — et la reconstitue immobile. Au signal, l'image s'anime pendant cinq secondes, puis se refige.
Consigne : « Vous avez cinq secondes de vie : décidez maintenant ce qui change entre l'image de départ et l'image d'arrivée. »
Ce qui rate : les cinq secondes deviennent une minute de bavardage. Comptez à voix haute, sans pitié. La contrainte de temps est ce qui rend l'exercice théâtral et non récréatif.

7. L'improvisation à deux
15 minutes · par deux devant les autres · trois passages maximum par séance. Vous donnez un lieu et une relation, jamais une histoire : « à la boulangerie, un client et un vendeur », « dans la cour, un grand et un petit ». La scène dure une minute et vous l'arrêtez avant qu'elle ne s'essouffle.
Consigne : « L'un veut quelque chose, l'autre ne veut pas le donner. Ça suffit pour une scène. »
Ce qui rate : les enfants inventent un décor pendant cinquante secondes et il ne se passe rien. Rappelez la règle avant chaque passage : quelqu'un veut quelque chose, tout de suite. Pour des idées de situations à deux, la page écrire une pièce de théâtre à deux personnages en donne une série utilisable telle quelle.
8. La phrase à défendre
10 minutes · chacun son tour · debout, seul, face au groupe. Chaque enfant reçoit la même phrase banale — « il est huit heures » — et doit la dire de façon à ce qu'on comprenne une situation : il est en retard, il attend quelqu'un, il a peur, il est soulagé. Les spectateurs devinent la situation.
Consigne : « Ne joue pas le mot, joue ce qui vient de se passer avant la phrase. »
Ce qui rate : l'enfant récite d'une voix plate ou crie. Demandez-lui à qui il parle et où il est, avant qu'il ouvre la bouche. C'est le premier pas vers le monologue, et une préparation au monologue de théâtre pour les plus grands.

Adapter selon l'âge
Les 6-7 ans et les 9-10 ans ne travaillent pas de la même manière, et le même exercice donne deux séances différentes.
| 6-7 ans (CP-CE1) | 8-10 ans (CE2-CM2) | |
|---|---|---|
| Durée d'un exercice | 5 à 8 minutes | 10 à 15 minutes |
| Effectif conseillé | 8 à 12 | 12 à 16 |
| Consignes | une seule à la fois, montrée | deux ou trois, expliquées |
| Passage devant les autres | par petits groupes, jamais seul | seul possible, sur volontariat |
| Ce qui marche | le corps, le mime, les animaux | les situations, le texte, l'improvisation |
| Ce qui ne marche pas | attendre son tour longtemps | les jeux perçus comme « pour les bébés » |
Avec plus de dix-huit enfants, dédoublez : deux cercles menés en parallèle valent mieux qu'un grand où chacun parle une fois toutes les vingt minutes. Pour les plus jeunes que 6 ans, gardez le miroir, la marche des humeurs et les statues, et supprimez tout ce qui demande d'attendre.
Ce qui rate le plus souvent
Un enfant refuse de passer. Ne le forcez pas et ne le laissez pas sortir du cercle. Donnez-lui un rôle qui ne demande pas de jouer : compter les cinq secondes du tableau vivant, choisir le lieu de l'improvisation, dire ce qu'il a vu. Dans la plupart des cas il demande à passer deux ou trois séances plus tard, à condition que personne n'ait fait remarquer son refus.
Le groupe rit de celui qui joue. Coupez immédiatement, mais sans sermon : refaites passer le même enfant avec un partenaire, la moquerie ne survit pas à une scène à deux. Posez la règle une fois pour toutes au début du cycle, en une phrase, et appliquez-la sans jamais y revenir verbalement.
Trop d'énergie, plus personne n'écoute. C'est presque toujours un problème d'ordre : vous avez lancé une improvisation avant l'échauffement, ou enchaîné deux exercices debout. Repassez par un exercice assis et silencieux — l'histoire en chaîne — avant de reprendre.
L'exercice s'arrête trop tard. Arrêtez chaque exercice pendant qu'il marche encore, jamais quand il retombe. Les enfants doivent avoir envie de le refaire la fois suivante ; c'est la seule progression qui compte sur un trimestre.

Après les exercices : monter une petite pièce
Au bout de six à huit séances, un groupe de cet âge est prêt à travailler un texte court. C'est le moment où les exercices prennent leur sens : le miroir devient de l'écoute, les statues deviennent des positions de scène, la phrase à défendre devient une réplique.
Pour choisir un premier texte, la page pièce de théâtre pour enfants explique quoi regarder — nombre de rôles, longueur, rôles interchangeables. Le catalogue Exercices théâtrals contient des recueils prêts à l'emploi, dont 50+ exercices de jeu d'acteur, et parmi les pièces jouables à cet âge, Le Petit Chaperon Rouge et Voyage vers le Moyen Âge sont écrits pour des groupes scolaires, avec des rôles courts et un nombre d'enfants ajustable.