La Princesse d'Élide, jeune femme fière et farouche, voue un mépris absolu à l'amour et à l'hymen, préférant la chasse et la solitude. Son père, le prince Iphitas, organise des jeux et des fêtes pour attirer les princes de Grèce, espérant qu'elle y trouvera un époux. Parmi eux, Euryale, prince d'Ithaque, est épris d'elle mais, comprenant que les hommages la rebutent, adopte la stratégie inverse : feindre l'indifférence et le dédain. Cette feinte va piquer l'orgueil de la Princesse et l'entraîner malgré elle dans un piège amoureux dont elle sera la première victime.
Euryale avoue à son gouverneur Arbate son amour pour la Princesse d'Élide, mais aussi sa résolution de ne pas le lui déclarer, constatant le mépris qu'elle affiche envers ses autres prétendants (Aristomène de Messène et Théocle de Pyle). Il décide de feindre l'insensibilité et charge le bouffon Moron, dont la Princesse apprécie l'esprit, de l'aider dans cette stratégie. La Princesse, quant à elle, montre son caractère indépendant en rabaissant les princes qui prétendent l'avoir sauvée d'un sanglier.
"Je vois trop que son coeur s'obstine à dédaigner / Tous ces profonds respects qui pensent la gagner, / Et le Dieu qui m'engage à soupirer pour elle / M'inspire pour la vaincre une adresse nouvelle."
La Princesse discute de son aversion pour l'amour avec ses cousines Aglante et Cynthie. Son père, Iphitas, lui présente officiellement les princes, lui laissant la liberté de son choix. Alors qu'Aristomène et Théocle lui prodiguent des compliments, Euryale annonce froidement qu'il ne participe aux jeux que pour sa propre gloire, n'ayant aucune prétention sur son cœur. Ce mépris inattendu blesse l'orgueil de la Princesse, qui décide dès lors de le charmer pour le punir.
"Ne trouvez-vous pas qu'il y aurait plaisir d'abaisser son orgueil, et de soumettre un peu ce coeur qui tranche tant du brave ?"
Euryale, vainqueur des courses, est en réalité subjugué par la beauté et les talents de la Princesse, mais il doit contenir ses sentiments. Celle-ci, piquée, tente de le faire parler par l'intermédiaire de Moron, puis l'aborde directement. Elle engage un duel verbal où elle défend le droit d'être aimée même sans aimer, tandis qu'Euryale campe sur sa feinte indifférence, affirmant que rien ne pourrait le toucher. Sa froideur exaspère la Princesse.
"Je ne vois pas, Madame, que celles qui ne veulent point aimer, doivent prendre aucun intérêt à ces sortes d'offenses."
Pour tester Euryale, la Princesse lui confie feindre d'être amoureuse du prince de Messène. En réponse, Euryale contre-attaque en annonçant qu'il aime la princesse Aglante et va demander sa main. Cette réplique inattendue bouleverse la Princesse, qui réalise trop tard la force de ses propres sentiments. Elle tente en vain d'interdire à Aglante d'accepter Euryale et chasse Moron qui ose lui dire qu'elle est amoureuse. Seule, elle avoue son trouble intérieur.
"Sors de mon coeur, qui que tu sois, ennemi qui te caches, attaque-moi visiblement... afin que mon dard et mes flèches me puissent défaire de toi."
La Princesse, désespérée, supplie son père de refuser la demande en mariage d'Euryale pour Aglante. Devant son trouble évident, Iphitas comprend la vérité et lui propose un marché : pour qu'Euryale n'épouse pas Aglante, il faut qu'elle l'épouse elle-même. Euryale abandonne alors toute feinte et avoue son amour et sa stratégie. La Princesse, confuse mais heureuse, accepte implicitement. Les princes de Messène et de Pyle se consolent avec les cousines de la Princesse, et la fête célèbre l'union des amoureux.
"Je n'ai jamais aimé que vous, et jamais je n'aimerai que vous. C'est vous, Madame, qui m'avez enlevé cette qualité d'insensible que j'avais toujours affectée..."
Jeune princesse fière, indépendante et farouche. Elle affecte de mépriser l'amour et le mariage, se comparant à Diane chasseresse. Son orgueil est sa faiblesse, car c'est lui qui la pousse dans le piège tendu par Euryale.
PrincipalJeune prince intelligent et rusé. Épris de la Princesse, il comprend que la voie traditionnelle de la cour est vouée à l'échec. Il invente la stratégie de l'indifférence feinte, démontrant une grande maîtrise de soi et une fine connaissance de la psychologie féminine.
PrincipalLe bouffon de la Princesse, esprit vif et gouailleur. Il sert d'intermédiaire et de confident aux deux protagonistes. Il est lâche et comique (fuite devant le sanglier, l'ours), mais son rôle est crucial dans l'intrigue. Il est interprété par Molière lui-même.
PrincipalPère de la Princesse, prince sage et aimant. Il souhaite voir sa fille heureuse et mariée, mais refuse de lui imposer un choix. Il organise les fêtes dans ce but.
SecondairePrétendant conventionnel de la Princesse, empressé et galant. Son hommage respectueux est rejeté avec froideur.
SecondaireAutre prétendant traditionnel, similaire à Aristomène. Il rivalise pour les faveurs de la Princesse.
SecondaireCousine de la Princesse. Belle et raisonnable, elle devient, sans le vouloir, l'objet de la feinte d'Euryale, servant de catalyseur à la jalousie de la Princesse.
SecondaireAutre cousine de la Princesse. Elle tente, avec Aglante, de raisonner sa cousine sur les beautés de l'amour.
SecondaireGouverneur et confident d'Euryale. Il encourage d'abord son maître à déclarer sa flamme, puis approuve sa stratégie.
MineurSuivante de la Princesse. Elle est l'objet des ridicules assiduités de Moron et préfère le berger Tircis qui sait chanter.
Mineur