La mise en scène, c'est l'ensemble des choix qui transforment un texte en spectacle : où l'on joue, qui joue, comment les personnages occupent l'espace, à quel rythme, dans quelle lumière, avec quels objets — et derrière tous ces choix, une lecture de la pièce. Deux troupes qui montent le même Tartuffe donnent deux spectacles différents, et c'est précisément cela, la mise en scène : le texte est le même, l'interprétation ne l'est pas. Cette page donne la définition et l'histoire courte du métier, la réponse à la question d'examen « en quoi la mise en scène constitue-t-elle une interprétation ? », les huit étapes pour monter une pièce, un exemple concret sur une scène de L'Avare, et ce que je change quand la troupe est amateur.

Définition, et d'où vient le métier
Le mot désigne à la fois le résultat — « la mise en scène de X » — et le travail : mettre en scène, c'est décider. Le metteur en scène est celui qui décide, et qui répond de la cohérence de tout ce que le public voit et entend.
Le métier est récent. Jusqu'au XIXe siècle, on ne « mettait pas en scène » : le chef de troupe ou l'auteur réglait les entrées, les comédiens apportaient leurs costumes, le décor était celui du théâtre. La mise en scène comme art naît avec André Antoine et le Théâtre-Libre (1887), qui veut un plateau qui ressemble à la vie ; Jacques Copeau (1913) lui répond par un plateau nu où seul compte le jeu ; puis Jean Vilar, Peter Brook, Ariane Mnouchkine, Patrice Chéreau font du metteur en scène un auteur à part entière. Aujourd'hui, l'affiche porte son nom à côté de celui de l'auteur, et ce n'est pas un abus : sans lui, il n'y a qu'un texte.
En quoi la mise en scène constitue-t-elle une interprétation ?
C'est la question qu'on pose au lycée, et voici la réponse en trois points, chacun avec un exemple qu'on peut vérifier dans le texte.
1. Le texte ne dit pas tout. Molière écrit « HARPAGON, seul » et une tirade ; il ne dit pas si Harpagon est ridicule ou terrifiant, s'il court ou s'il s'effondre, si le public rit ou se tait. La mise en scène doit choisir, et chaque choix est une lecture : un Harpagon grotesque fait une farce, un Harpagon pathétique fait un drame de la solitude. Les deux sont dans le texte.
2. L'espace et le corps parlent autant que les mots. Où est placée Elmire quand Tartuffe l'approche, combien de mètres, qui regarde qui, où est caché Orgon : rien de tout cela n'est dans les répliques, et tout cela dit ce que la scène signifie — séduction, agression, comédie. La mise en scène ajoute au texte un second texte, muet, que le public lit sans le savoir.
3. Le contexte de la représentation change le sens. Dom Juan joué en costume Louis XIV parle de l'impiété au XVIIe siècle ; joué en costume d'aujourd'hui, il parle de nous. Ni l'un ni l'autre n'est « le vrai » Dom Juan : chaque mise en scène choisit ce que la pièce a à dire maintenant, et c'est ce choix qui fait qu'un classique reste vivant.
Interpréter n'est pas trahir : la mise en scène qui reste fidèle au texte mot à mot interprète quand même — elle choisit l'époque, le rythme, le ton. La seule mise en scène qui n'interprète pas est celle qui n'existe pas.
Les huit étapes pour monter une pièce
- Lire, puis relire avec une question. La première lecture pour l'histoire ; la seconde pour trouver ce que la pièce vous fait, à vous, aujourd'hui. Si la réponse est « rien », ne la montez pas.
- Le parti pris, en une phrase. « L'Avare est l'histoire d'un homme qui a peur de mourir pauvre » ou « L'Avare est une comédie sur des enfants qui volent leur père ». La phrase décide de tout le reste — c'est ce qu'on appelle aussi le point de vue ou la note d'intention. Une mise en scène sans parti pris est une lecture à voix haute avec des costumes.
- Les coupes. Une pièce classique de cinq actes fait deux heures et demie ; une troupe amateur tient une heure trente devant un public. On coupe ce qui ne sert pas le parti pris — jamais ce qui fait rire ou pleurer, jamais la scène que tout le monde attend. Les coupes se marquent dans le texte avant la première répétition, pas pendant.
- L'espace. Où se joue la pièce, et de quoi le plateau est fait : une porte, une table, une chaise suffisent à Tartuffe. Le décor a sa page ; ici, une règle : on décide de l'espace avant de distribuer, parce que l'espace décide de la façon de jouer.
- La distribution. Le bon comédien pour le rôle, et non le rôle pour le comédien qu'on veut faire plaisir. Avec des amateurs, c'est la décision la plus délicate, et la seule qu'on ne peut pas rattraper en répétition.
- La direction d'acteurs. Pas « joue plus triste » mais « tu veux qu'elle reste, et tu ne le dis pas ». On dirige par le désir des personnages, jamais par l'émotion à produire ; l'émotion vient si le désir est juste. Le travail des comédiens a sa page.
- Le rythme, la lumière, le son. Ils se règlent en dernier, une fois que le jeu tient : le noir entre les scènes, la musique d'entrée, l'éclairage qui isole un personnage. Un spectacle amateur s'améliore de moitié avec trois effets de lumière bien placés.
- Les répétitions, dans l'ordre. Lecture à la table, mise en place (les déplacements, scène par scène), filages (la pièce d'un trait, sans s'arrêter), générale (avec tout : costumes, lumière, public d'amis). Comptez douze à vingt répétitions de deux heures pour une pièce d'une heure trente avec une troupe amateur ; la dernière répétition a sa page.
Un exemple : la même scène, deux mises en scène
L'Avare, acte I, scène 3 : Harpagon chasse La Flèche, le valet de son fils, qu'il soupçonne de vouloir le voler, et fouille ses poches. Texte identique, deux partis pris.
Parti pris A — la farce. Harpagon est petit, vif, il court après La Flèche autour de la table ; La Flèche se laisse fouiller en levant les bras avec une patience insolente ; les « autres mains » que réclame Harpagon font rire toute la salle. La lumière est pleine, le rythme rapide, la scène dure trois minutes. Le public rit d'Harpagon.
Parti pris B — la peur. Harpagon est immobile et parle bas ; c'est La Flèche qui bouge, et Harpagon le suit des yeux. La fouille est lente, presque honteuse ; « Montre-moi tes mains. — Les voilà. — Les autres. » n'est plus un gag mais l'obsession d'un homme qui ne dort plus. La lumière isole les deux hommes, la scène dure cinq minutes. Le public a pitié d'Harpagon, et rit moins.
Les deux sont justes. Les deux sont dans Molière. Et une troupe qui choisit doit ensuite tenir son choix pendant cinq actes : c'est cela, avoir une mise en scène. Le texte de L'Avare est dans la bibliothèque, en entier ; on peut faire l'exercice sur n'importe quelle scène.
Ce que je change avec une troupe amateur
Le parti pris reste ; les moyens changent. Un seul lieu, même si la pièce en demande trois — on éclaire différemment, on ne change pas le décor. Des coupes franches : une heure trente maximum, et plutôt une heure quinze. Une distribution où tout le monde joue, quitte à dédoubler des rôles secondaires ou à confier les didascalies à un narrateur. Les déplacements fixés tôt et notés par chacun dans son texte : un amateur qui sait où il va joue deux fois mieux. Et le rythme avant la vérité : un spectacle amateur qui traîne perd son public dans les vingt premières minutes ; un spectacle qui va vite se fait pardonner presque tout.
Les pièces les plus commodes pour une première mise en scène amateur sont celles dont le texte est libre de droits et la mécanique solide : Le Tartuffe, L'Avare, L'Illusion comique — et nos Éditions Professionnelles en donnent le texte intégral avec le découpage, les coupes proposées, la répartition des rôles et des notes de mise en scène : Le Tartuffe, L'Avare, Le Bourgeois gentilhomme, Le Jeu de l'amour et du hasard. Pour choisir le genre et le texte avant de penser à la scène, les genres théâtraux.