Une tirade est une longue réplique qu'un personnage adresse à un autre personnage présent en scène, sans être interrompu. C'est un morceau de dialogue qui s'est développé : quelqu'un écoute, et répondra. Le monologue, lui, se dit seul, sans personne pour entendre. La tirade du nez de Cyrano est une tirade, parce que Valvert est là et la reçoit ; les stances de Rodrigue sont un monologue, parce que Rodrigue est seul. Cette page donne la définition, le moyen de ne plus confondre les deux, l'origine du mot, dix tirades célèbres à lire en entier dans la bibliothèque, et la façon de les dire.

Tirade ou monologue : la différence
| Tirade | Monologue | |
|---|---|---|
| Qui est en scène | au moins deux personnages | un seul, ou un personnage qui se croit seul |
| À qui l'on parle | à l'autre personnage | à soi-même, aux dieux, au public |
| Ce qui suit | une réponse | la suite de l'action |
| Ce qu'elle fait | convaincre, accuser, séduire, raconter | décider, douter, avouer |
| Exemple | Cyrano à Valvert, Phèdre à Hippolyte | Figaro seul dans le parc, Harpagon volé |
Trois questions tranchent les cas limites. Quelqu'un écoute-t-il ? Si oui, tirade. Le personnage attend-il une réaction ? Si oui, tirade. Pourrait-on couper le partenaire sans que le texte change de sens ? Si oui, c'est en réalité un monologue déguisé, ce qui arrive chez les romantiques. Le récit de Théramène, dans Phèdre, est une tirade, parce qu'il raconte la mort d'Hippolyte à Thésée qui l'écoute ; l'aparté est une réplique d'une phrase au public ; la réplique ordinaire, courte, est l'unité de base du dialogue, détaillée dans réplique, tirade ou monologue. Les types de monologue et dix exemples sont dans le monologue de théâtre.
D'où vient le mot
Tirade vient de l'italien tirata, « ce qui est tiré d'un trait », et entre dans le vocabulaire du théâtre au XVIIe siècle pour désigner un passage dit d'une seule traite. Le sens courant, une longue suite de phrases un peu pompeuses (« il nous a fait une tirade »), vient de là : la tirade est un morceau de bravoure, et le mot s'est chargé d'ironie à mesure que le théâtre s'en méfiait.
Dix tirades célèbres à lire
Tous ces textes sont dans le domaine public et se lisent en entier sur ce site.
- La tirade du nez. Cyrano à Valvert : « Ah ! non ! c'est un peu court, jeune homme ! » Cyrano de Bergerac, Rostand, 1897, acte I, scène 4. La plus célèbre, et un modèle de construction : un thème, vingt variations classées par ton.
- L'éloge du tabac. Sganarelle à Gusman : « Quoi que puisse dire Aristote… » Dom Juan, Molière, 1665, acte I, scène 1. Une tirade d'ouverture qui présente le valet avant le maître.
- L'éloge de l'inconstance. Dom Juan à Sganarelle : « Quoi ? tu veux qu'on se lie à demeurer au premier objet qui nous prend… » Même pièce, acte I, scène 2. La tirade du séducteur qui théorise.
- Alceste. « Je veux qu'on soit sincère… » Le Misanthrope, Molière, 1666, acte I, scène 1, à Philinte. Une tirade de colère qui expose tout le caractère.
- Les imprécations de Camille. « Rome, l'unique objet de mon ressentiment ! » Horace, Corneille, 1640, acte IV, scène 5, à son frère. La tirade qui provoque un meurtre.
- L'aveu de Phèdre. « Oui, prince, je languis, je brûle pour Thésée… » Phèdre, Racine, 1677, acte II, scène 5, à Hippolyte. Une tirade qui glisse d'un sujet à l'autre jusqu'à l'aveu que le personnage ne voulait pas faire.
- Hermione à Pyrrhus. « Je ne t'ai point aimé, cruel ? Qu'ai-je donc fait ? » Andromaque, Racine, 1667, acte IV, scène 5. La tirade de la femme trahie, du reproche à la menace.
- La calomnie. Bazile à Bartholo : « La calomnie, monsieur ! » Le Barbier de Séville, Beaumarchais, 1775, acte II, scène 8. Une tirade construite comme un crescendo musical.
- « Bon appétit, messieurs ! » Ruy Blas aux ministres. Ruy Blas, Hugo, 1838, acte III, scène 2. La tirade politique du drame romantique.
- « Tous les hommes sont menteurs… » Perdican à Camille. On ne badine pas avec l'amour, Musset, 1834, acte II, scène 5. La tirade d'amour la plus citée du XIXe siècle, et une des plus courtes de cette liste.
Comment dire une tirade
Trouvez à qui vous parlez. Une tirade se joue d'abord sur le partenaire : chaque phrase cherche à obtenir quelque chose de lui, qu'il cède, qu'il ait honte, qu'il rie, qu'il parte. Si le partenaire ne change pas pendant la tirade, elle est ratée, quel que soit le texte. Certaines mises en scène font du public un personnage et lui adressent la tirade, à la manière d'un aparté prolongé ; c'est légitime, mais c'est un parti pris de mise en scène qui doit tenir sur toute la représentation et découler du projet du metteur en scène, pas une facilité pour un passage difficile.
Découpez en mouvements. Une tirade de quarante vers a trois ou quatre mouvements, chacun avec sa couleur : Cyrano passe de l'agressif au tendre, puis au pédant, puis au lyrique. Marquez les frontières, respirez entre elles, et ne jouez pas la fin dès le début.
Le souffle. Repérez les phrases longues et placez les respirations aux virgules qui portent le sens, pas au bout du souffle. Les exercices de diction et les virelangues préparent cela en dix minutes par jour.
Ne coupez pas trop. Une tirade classique se coupe mal : chaque vers appelle le suivant. Si elle est trop longue pour votre spectacle, coupez un mouvement entier plutôt que des vers isolés.
Répétez avec le partenaire, ou sans. Le répétiteur en ligne lit le rôle en face et vous laisse le vôtre, texte intégral de la bibliothèque à l'appui ; pour la mémoire elle-même, comment apprendre son texte donne la méthode en sept étapes.