Le prince-troubadour Joffroy Rudel, épris de la princesse Mélissinde de Tripoli sans l'avoir jamais vue, entreprend un périlleux voyage vers l'Orient pour la rencontrer avant de mourir. Accompagné de son ami Bertrand d'Allamanon et d'un équipage de mariniers, il arrive mourant aux portes de Tripoli. Bertrand est envoyé en ambassade pour convaincre la princesse de venir auprès du moribond. Mais la rencontre entre Bertrand et Mélissinde fait naître une passion immédiate et interdite, mettant à l'épreuve la loyauté, l'honneur et la nature de l'amour idéal.
Sur le pont d'une nef dévastée par la tempête et la bataille, les mariniers, épuisés et affamés, rêvent de voir la princesse Mélissinde, but de leur voyage. Le prince Joffroy Rudel, mourant, est soutenu par son ami Bertrand et sa foi en son amour lointain. À l'aube, la terre de Tripoli est enfin en vue. Trop faible pour être transporté, Rudel supplie Bertrand d'aller chercher la princesse. Bertrand jure de la ramener et s'embarque dans l'esquif, tandis que Rudel reste à attendre, les yeux fixés sur la côte.
"C'est chose bien commune / De soupirer pour une / Blonde, châtaine ou brune / Maîtresse, / Lorsque brune, châtaine, / Ou blonde, on l'a sans peine. / – Moi, j'aime la lointaine / Princesse !"
Dans son palais de Tripoli, Mélissinde, qui connaît et chérit l'amour que lui voue Rudel, reçoit des pèlerins. Le Chevalier aux Armes Vertes, gardien jaloux envoyé par l'empereur Manuel Comnène, la tient prisonnière. Grâce au marchand Squarciafico, Bertrand, fraîchement débarqué, force le passage et se présente devant la princesse. Croyant qu'il est Rudel, elle récite avec lui les vers du troubadour. Bertrand, évanoui de sa blessure, se révèle. Lorsqu'il comprend la méprise et la gravité de la situation, il supplie Mélissinde de venir auprès du véritable mourant. Profondément troublée, elle refuse.
"Mais j'aime son amour, j'aime son âme, j'aime..."
De retour au palais, Bertrand tente de convaincre Mélissinde. Mais l'attraction entre eux est désormais irrésistible. Mélissinde avoue son amour pour Bertrand, déchirée entre ce sentiment nouveau et sa dette morale envers Rudel. Bertrand, tourmenté par sa trahison, lutte contre sa passion. Un jeu cruel s'engage, où Mélissinde, voulant vivre un amour absolu, retient Bertrand. Soudain, des voix annoncent que la voile noire a été hissée sur la nef de Rudel, signe de sa mort imminente. Anéantis par le remords, ils comprennent l'horreur de leur acte, mais découvrent que la voile est en réalité celle du Chevalier Vert. La voile de Rudel est toujours blanche. Mélissinde, saisie par l'espoir, décide de se rendre auprès de lui.
"Blanche comme un espoir de pardon ! Oh ! mon Dieu, / Prolongez la blancheur encor de cette voile, / Car cette voile blanche est ma suprême étoile !"
Sur la nef, Rudel agonise, ignorant les mensonges de Squarciafico grâce à sa foi absolue en Mélissinde et en Bertrand. Les mariniers, furieux, jettent le marchand à la mer. La galère de Mélissinde apparaît, somptueuse. Descendant sur le pont, elle est bouleversée par le spectacle de la misère de l'équipage. Agenouillée près de Rudel, elle lui offre un dernier moment de bonheur parfait, incarnant l'idéal qu'il avait rêvé. Elle le berce de paroles d'amour et de poésie. Rudel meurt heureux dans ses bras, ayant enfin vu sa Princesse lointaine. Après sa mort, Mélissinde, transformée par cet acte de pur don de soi, annonce son intention de se retirer au couvent du Mont-Carmel. Bertrand et les mariniers, désormais unis, jurent d'aller combattre pour la Croix.
"Merci, Seigneur ! Merci Mélissinde ! – Combien, / Moins heureux, épuisés d'une poursuite vaine, / Meurent sans avoir vu leur Princesse lointaine !..."
Princesse d'Orient, comtesse de Tripoli. Femme d'une grande beauté et d'une sensibilité raffinée, elle vit dans l'ennui et le rêve, chérissant de loin l'amour idéal que lui voue le troubadour Joffroy Rudel. Sa rencontre avec Bertrand éveille en elle une passion charnelle et immédiate qui la déchire entre l'idéal et le réel. Elle est fière, orgueilleuse et en quête d'un amour absolu, ce qui la mène au bord de la trahison avant de se racheter par un acte de pure compassion.
PrincipalChevalier et troubadour provençal. Ami loyal et dévoué de Joffroy Rudel, qu'il accompagne par admiration pour son idéal. Il est impulsif, enthousiaste, mais aussi faible et influençable, se laissant emporter par ses impressions du moment. Sa rencontre avec Mélissinde le fait basculer dans la trahison malgré lui, révélant son instabilité et ses remords. Il incarne l'homme tiraillé entre l'honneur et la passion.
PrincipalPrince de Blaye, troubadour aquitain. Figure centrale et idéale de la pièce. Il incarne l'amour pur et absolu, détaché de toute réalité charnelle. Mourant, il est entièrement tourné vers son rêve, la princesse lointaine. Sa foi inébranlable en elle et en son ami Bertrand est si forte qu'elle le protège du doute et de la jalousie. Il meurt heureux, son idéal réalisé l'espace d'un instant.
PrincipalChapelain du prince. Moine simple, tolérant et sage. Il est le seul, avec Bertrand, à comprendre et à soutenir la quête de Rudel. Sa philosophie est que l'enthousiasme et les grandes passions, même profanes, élèvent l'âme et la préparent au salut. Il joue le rôle de guide spirituel et de conscience morale.
MinorMédecin du prince. Personnage pragmatique, terre-à-terre et ronchon, il ne comprend pas la folie de ce voyage et ne jure que par sa science. Il est le contrepoint comique et réaliste à l'idéalisme ambiant, mais finit par être ému par la beauté de l'aventure.
MinorMarchand génois. Rusé, intéressé et manipulateur, il ne voit dans les événements qu'une opportunité commerciale ou politique. Il tente d'utiliser Bertrand pour contrer l'empereur Manuel. Son cynisme et ses mensonges provoquent la colère des mariniers, qui finissent par le jeter à la mer.
MinorAventurier au service de l'Empereur Manuel Comnène. Gardien jaloux et efficace de Mélissinde, il fait régner la terreur pour empêcher tout prétendant d'approcher la princesse. Il est vaincu par Bertrand, qui lui tranche la tête, mettant fin à son emprise.
MinorDame d'honneur de Mélissinde. Confidente fidèle et lucide, elle est la seule à qui la princesse révèle ses tourments. Elle observe avec acuité le trouble de sa maîtresse et tente de la ramener à la réalité, sans jamais la juger.
MinorÉquipage de la nef, anciens forbans. Rudes, superstitieux et simples, ils sont gagnés par la beauté du rêve de Rudel. Leur dévouement et leur foi en la princesse, qu'ils n'ont jamais vue, sont absolus. Ils forment un chœur populaire, tantôt comique, tantôt tragique, et incarnent la capacité des humbles à comprendre les grandes choses.
Minor