Dans une basse-cour, Chantecler, un coq fier et orgueilleux, est convaincu que son chant fait lever le soleil. Autour de lui, une galerie d'animaux: Patou, le chien fidèle, le Merle moqueur et cynique, et les poules admiratives. Un soir, une Faisane dorée, fuyant un chasseur, se réfugie dans la cour. Elle est d'abord amusée par la naïve prétention du coq, mais, touchée par sa sincérité et sa foi, elle finit par tomber amoureuse de lui et partage un temps son illusion.
Dans la quiétude d'une cour de ferme un dimanche soir, la vie suit son cours parmi les animaux. Le Merle, figure de l'esprit parisien, raille et commente. La basse-cour s'extasie devant le Papillon, sauvé in extremis par le cri lointain de Chantecler. Le coq paraît, superbe, et déclame sa passion pour le Soleil. Il organise le travail de tous avec autorité. Patou, le chien, le met en garde contre le Merle et l'influence néfaste du Paon et de la mode, mais Chantecler, confiant, ne l'écoute pas. Briffaut, le chien de chasse, poursuit un magnifique Faisan doré qui se réfugie dans la cour. À la surprise générale, Briffaut annonce que ce n'est pas un mâle, mais une faisane qui a pris le plumage du mâle par émancipation. La Faisane, fascinante et libre, trouble profondément Chantecler. Malgré les avertissements de Patou, le coq, subjugué, accepte de la cacher pour la nuit. Alors que tout s'endort, les Nocturnes (chats-huants, hiboux) se rassemblent et complotent contre Chantecler, haïssant en lui l'annonciateur de la lumière qui met fin à leur règne. La Taupe le hait sans l'avoir vu, le Coucou de l'horloge par jalousie mécanique. La Faisane, qui a tout entendu, murmure qu'elle commence à l'aimer.
"Je t'adore, Soleil ! ô toi dont la lumière, / Pour bénir chaque front et mûrir chaque miel, / Entrant dans chaque fleur et dans chaque chaumière, / Se divise et demeure entière / Ainsi que l'amour maternel !"
"Je commence à l'aimer !"
Sur un promontoire dominant un vallon, avant l'aube. Le Chat-Huant fait l'appel des Nocturnes. Le Grand-Duc préside. Ils conspirent pour perdre Chantecler en organisant un combat chez la Pintade. Le Petit Scops a libéré des cogs exotiques, dont le redoutable Pile-Blanc, un coq de combat armé de rasoirs. Le Merle, présent par curiosité, est chargé d'y attirer Chantecler. Le jour se lève, les hiboux fuient. La Faisane, angoissée, apprend le complot par le Merle qui, par cynisme, minimise le danger. Chantecler arrive. Dans un élan d'amour et de confiance, il confie à la Faisane son secret: il croit sincèrement que son chant fait lever le soleil, qu'il est l'instrument de la terre pour appeler la lumière. Il chante avec une ferveur telle que la Faisane, envoûtée, partage son illusion et l'aide à « hisser » le soleil. Épuisé, Chantecler doute et a besoin d'être rassuré. Survient le Merle, qui a tout entendu caché dans un pot de fleurs. Il félicite ironiquement Chantecler pour sa « méthode » de séduction. Désespéré par ce scepticisme qui tue sa foi, Chantecler tente en vain de le convaincre. Le Merle, par ses sarcasmes, le réduit au silence, puis révèle le complot. Chantecler, par défi et orgueil, décide de se rendre chez la Pintade. Avant de partir, il emprisonne le Merle sous le pot de fleurs, l'obligeant à regarder le ciel par le « petit trou bleu » du fond.
"Le secret de mon chant ? [...] C'est que j'ose / Avoir peur que sans moi l'Orient se repose ! / Je ne fais pas : « Cocorico ! » pour que l'écho / Répète un peu moins fort, au loin : « Cocorico ! » / Je pense à la lumière et non pas à la gloire. / Chanter, c'est ma façon de me battre et de croire."
"Ça, tu sais, mon petit, c'est très fort ! [...] Faire lever le jour pour lever des faisanes !..."
Chez la Pintade, un « five o'clock » snob et ridicule réunit une foule d'animaux. La Pintade est à l'apogée de son orgueil, entourée d'invités prestigieux. Le Paon, arbitre des élégances, distribue ses mots creux et définitifs. Sur son initiative, défilent des coqs exotiques aux plumages absurdes. La Faisane assiste à la scène, amusée. Chantecler arrive enfin, simple et digne dans son plumage « gaulois ». Il est d'abord accueilli avec condescendance, mais sa simplicité détonne. Le Pile-Blanc, le coq de combat, l'insulte en raillant la rose. Chantecler relève le défi pour défendre la fleur, symbole de beauté et de poésie. Alors qu'il va confesser sa foi pour mourir sous les rires, l'ombre d'un épervier passe. Tous, terrorisés, se serrent instinctivement autour de lui, seul capable de les protéger. Redevenu le chef, il reprend courage et, dans un sursaut, vainc le Pile-Blanc qui se blesse lui-même avec ses propres rasoirs. Acclamé, il refuse l'hommage de la foule qu'il a vue lâche. Mais, miné par les questions des « cocoricographes » et les doutes, il s'aperçoit qu'il a perdu son chant, sa foi. Désespéré, il se jette dans les ailes de la Faisane qui lui propose de le suivre dans la forêt. Avant de partir, il adresse une dernière satire au Merle, lui démontrant la supériorité du vrai moineau parisien sur sa pâle copie de province.
"Lapidaire."
"Je ne suis qu'un coq qui chante !... J'ose / Donner mon chant – comme un rosier donne sa rose !"
Dans la forêt profonde, Chantecler et la Faisane vivent cachés depuis un mois. Il a retrouvé son chant, mais elle, par jalousie, limite ses élans à un seul chant par jour. Il correspond secrètement avec la basse-cour via un liseron. La Faisane, de plus en plus jalouse de l'Aurore, exige qu'il renonce à chanter pour un jour. Pour le convaincre de sa vanité, elle le confronte au chant du Rossignol. Une troupe de crapauds, flatteurs, viennent encenser Chantecler en dénigrant le Rossignol. Mais celui-ci, invisible, commence à chanter. Sa voix divine fait taire les crapauds et révèle à Chantecler l'existence d'une beauté artistique supérieure à la sienne. Touché mais non vaincu, il comprend la leçon d'humilité. Soudain, un coup de feu : le Rossignol est tué. Au matin, la Faisane, profitant du désespoir de Chantecler, lui cache l'aurore sous son aile. Quand elle la révèle, le jour est déjà levé sans lui. Anéanti, il vacille, mais le chant d'un second rossignol s'élève, lui rappelant que la foi et l'art renaissent toujours. Il décide de retourner à la ferme pour y accomplir son devoir. La Faisane, éperdue, le supplie de l'emmener. Il refuse si elle ne peut accepter de passer après l'aurore. Alors qu'il part, elle s'envole pour faire diversion et attirer le fusil du braconnier. Elle se prend dans un filet. Un coup de feu claque. Le cri lointain de Chantecler retentit, il est sauvé. Dans la toile d'araignée illuminée par le matin, la Faisane, résignée et ayant abdiqué son orgueil, attend l'homme, immolée par amour.
"Il faut chanter ! chanter même en sachant / Qu'il existe des chants qu'on préfère à son chant !"
"Qu'il vive ! Et je vivrai dans la cour, près du soc ! / Et j'admettrai, soleil ! abdiquant pour ce coq / Tout ce dont mon orgueil le tourmente et l'encombre, / Que tu marquas ma place en dessinant son ombre !"
Le coq, personnage principal de la pièce. Fier, orgueilleux, mais profondément sincère et idéaliste. Il est habité par une foi absolue : il croit que son chant fait lever le soleil. Il incarne l'artiste, le poète, celui dont la vocation est de célébrer la lumière et la beauté, et qui se bat contre le scepticisme, la mode et la mesquinerie. Son cheminement est une quête d'identité et de sens, entre son devoir sacré et son amour pour la Faisane.
PrincipalFemelle du faisan doré, ayant adopté le plumage éclatant du mâle par émancipation. D'abord libre, sauvage et moqueuse, elle est peu à peu gagnée par la foi et la sincérité de Chantecler, dont elle tombe amoureuse. Jalouse et passionnée, elle tente de l'accaparer et de le détourner de sa mission, avant de se sacrifier par amour pour lui, acceptant son propre effacement.
PrincipalLe chien de la ferme, ami fidèle et protecteur de Chantecler. C'est un philosophe bourru, un « chien total » qui porte en lui tous les instincts. Il est le seul à voir clair dans le jeu du Merle et les dangers qui menacent le coq. Il représente la sagesse populaire, l'amitié indéfectible et la lucidité bienveillante.
PrincipalOiseau cynique et moqueur, habitant une cage dans la cour. Il se pique d'esprit et de modernité, singeant le langage et l'attitude du moineau parisien. Il est le représentant du scepticisme destructeur, de la mode et du mauvais esprit qui raille tout idéal. Il est l'antithèse de Chantecler, qu'il admire secrètement tout en le tourmentant.
PrincipalSymbole de la vanité, de la mode et du snobisme. Il règne sur la société mondaine par ses jugements péremptoires et son vocabulaire précieux et vide. Il est l'ennemi de toute sincérité et de toute beauté naturelle.
MinorChanteur invisible de la forêt. Il représente l'art pur, désintéressé, d'une beauté et d'une spiritualité supérieures. Sa mort tragique et le chant de son successeur enseignent à Chantecler l'humilité et l'éternel recommencement de l'art.
MinorChef des Nocturnes, il incarne les forces de l'obscurantisme, de la haine de la lumière et du progrès. Il organise le complot contre Chantecler.
MinorCoq de combat, brutal et sanguinaire, armé de rasoirs. Il est l'instrument du complot des hiboux, la force brute qui doit abattre Chantecler.
MinorHôtesse snob et ridicule, cherchant à tout prix à être à la mode. Son 'five o'clock' est le théâtre de l'exposition des coqs exotiques et du combat entre Chantecler et le Pile-Blanc.
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