Cléopâtre, reine de Syrie, veuve de Démétrius Nicanor, tient le royaume d'une main de fer. Elle a élevé ses deux fils jumeaux, Séleucus et Antiochus, loin de la cour, et cache soigneusement lequel est l'aîné. Pour mettre fin à la guerre avec les Parthes, elle doit révéler ce secret : l'aîné épousera Rodogune, la sœur du roi parthe, qu'elle hait pour avoir failli lui ravir son époux. Mais les deux princes tombent éperdument amoureux de la princesse ennemie. Pour conserver le pouvoir, Cléopâtre impose à ses fils un marché diabolique : celui qui tuera Rodogune sera roi. La pièce explore les abîmes de la haine, la violence des passions et les monstruosités de l'ambition, jusqu'à un dénouement tragique où le poison et le parricide consument la famille royale.
Laonice et Timagène évoquent les troubles de Syrie : la captivité du roi Nicanor chez les Parthes, l'usurpation de Tryphon, le second mariage de Cléopâtre avec Antiochus (frère de Nicanor), la mort de ce dernier à la guerre, et la vengeance de Cléopâtre qui a tué Nicanor de sa main lors d'une embuscade, faisant de Rodogune sa prisonnière. La paix est enfin conclue : Cléopâtre doit désigner son fils aîné pour épouser Rodogune. Les deux princes, Antiochus et Séleucus, s'avouent leur amour pour la princesse et, par amitié, tentent de se céder le trône ou la femme. Rodogune, de son côté, confie à Laonice ses craintes envers Cléopâtre et avoue, sans le nommer, aimer secrètement l'un des princes.
"Je vois dans le hasard tous les biens que j'espère, / Et ne puis être heureux sans le malheur d'un frère ; / Mais d'un frère si cher, qu'une sainte amitié / Fait sur moi de ses maux rejaillir la moitié."
Dans un monologue, Cléopâtre révèle sa haine inextinguible pour Rodogune et son refus de la voir régner. Elle explique à Laonice que son secret sur l'aînesse lui permet de conserver le pouvoir. Elle annonce à ses fils que le prix du trône est la mort de Rodogune. Sous le choc, les princes refusent cet acte monstrueux. Antiochus garde espoir de fléchir sa mère, tandis que Séleucus, plus révolté, propose de s'unir pour s'opposer à elle.
"Je hais, je règne encore. [...] Point d'aîné, point de roi, qu'en m'apportant sa tête ; / Et puisque mon seul choix vous y peut élever, / Pour jouir de mon crime il le faut achever."
Laonice, réalisant l'horreur des projets de la reine, avertit Rodogune du danger. Oronte, l'ambassadeur parthe, conseille à la princesse de résister et de s'appuyer sur l'amour des princes pour survivre. Rodogune décide alors d'affronter les deux frères. Elle leur déclare qu'elle aime les fils du roi Nicanor mais hait ceux de la reine Cléopâtre, les sommant de venger leur père pour mériter son amour. Les princes sont anéantis par cette nouvelle exigence. Séleucus, désespéré, renonce à tout en faveur de son frère.
"J'aime les fils du roi, je hais ceux de la reine : / Réglez-vous là-dessus ; et sans plus me presser, / Voyez auquel des deux vous voulez renoncer. [...] Pour gagner Rodogune il faut venger un père ; / Je me donne à ce prix."
Antiochus, en tête-à-tête avec Rodogune, obtient l'aveu de son amour pour lui. Mais elle maintient sa condition. Antiochus tente alors de fléchir sa mère, lui avouant son amour et implorant sa pitié. Cléopâtre feint de se rendre, touchée par ses larmes, et le bénit en secret. Restée seule, elle dévoile sa supercherie et sa rage. Elle annonce à Séleucus qu'Antiochus est l'aîné et que lui a tout perdu. Séleucus accueille la nouvelle avec indifférence, déclarant qu'il avait déjà tout cédé à son frère. Cette union des frères, qui la prive de tout moyen de les diviser, pousse Cléopâtre à une résolution finale : les tuer tous les deux.
"Leur amour m'offensait, leur amitié m'accable ; / Et contre mes fureurs je trouve en mes deux fils / Deux enfants révoltés et deux rivaux unis. [...] Sors de mon coeur, nature, ou fais qu'ils m'obéissent : / Fais-les servir ma haine, ou consens qu'ils périssent."
Cléopâtre a assassiné Séleucus. Lors de la cérémonie nuptiale, elle tend une coupe empoisonnée à Antiochus et Rodogune. Timagène annonce la mort de Séleucus et rapporte ses dernières paroles, qui mettent en cause « une main qui nous fut bien chère ». Antiochus, déchiré, accuse tour à tour sa mère et sa fiancée. Cléopâtre et Rodogune s'accusent mutuellement. Pour prouver son innocence, Cléopâtre boit elle-même le poison, mais révèle en mourant qu'elle souhaitait la mort de tous. Antiochus et Rodogune restent seuls, couronnés mais hantés par le crime et la malédiction de la reine mourante.
"Je t'ai défait d'un père, et d'un frère, et de moi : / Puisse le ciel tous deux vous prendre pour victimes, / Et laisser choir sur vous les peines de mes crimes !"
Reine de Syrie, veuve de Démétrius Nicanor. Personnage central et moteur de l'intrigue, elle incarne une soif de pouvoir absolue et une haine implacable envers Rodogune. C'est une mère manipulatrice et cruelle, prête à tout, y compris au meurtre de ses propres enfants, pour ne pas perdre son trône. Elle est une figure tragique par excellence, dévorée par ses passions jusqu'à l'autodestruction.
PrincipalPrincesse des Parthes, sœur du roi Phraates. Ennemie jurée de Cléopâtre, dont elle a subi la captivité, elle est aussi l'objet de l'amour des deux princes. Fière et digne, elle est contrainte par les circonstances à devenir une figure vengeresse, exigeant le sang de sa rivale en échange de sa main. Son amour pour Antiochus est mis à l'épreuve par son devoir de vengeance envers Nicanor, mort pour elle.
PrincipalFils de Cléopâtre et de Nicanor. Prince vertueux, épris de Rodogune, il est déchiré entre son amour pour elle, son amitié pour son frère jumeau Séleucus, et le respect dû à sa mère. Il incarne le conflit entre la passion et le devoir filial, et tente jusqu'au bout de concilier l'inconciliable par la douceur et le respect.
PrincipalFils de Cléopâtre et de Nicanor, frère jumeau d'Antiochus. Partageant le même amour pour Rodogune, il est d'un tempérament plus fougueux que son frère. Blessé par les exigences de sa mère, il est le premier à envisager la révolte et renonce finalement à tout par amitié pour Antiochus, avant d'être assassiné par Cléopâtre.
PrincipalGouverneur des deux princes. Il est le confident de leurs peines et le témoin des événements tragiques. C'est lui qui rapporte la mort de Séleucus et ses dernières paroles, déclenchant la crise finale.
MinorSœur de Timagène, confidente de Cléopâtre. D'abord servante fidèle de la reine, elle est révoltée par ses projets meurtriers et trahit son secret pour sauver Rodogune, illustrant le conflit entre loyauté et morale.
MinorAmbassadeur du roi des Parthes, Phraates. Il représente les intérêts de Rodogune et de son frère. Il conseille la princesse avec prudence et courage, l'encourageant à ne pas fuir mais à se battre pour le trône.
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