Pridamant, un père désespéré, consulte le magicien Alcandre pour retrouver son fils Clindor, disparu depuis dix ans. Grâce à ses pouvoirs, Alcandre lui montre la vie de son fils, d'abord marquée par la pauvreté et des métiers précaires, puis son installation à Bordeaux où il devient l'agent du fanfaron Matamore. Clindor, amoureux d'Isabelle, est en rivalité avec le riche Adraste. La pièce bascule dans la tragédie lorsqu'Adraste est tué et Clindor emprisonné. Après son évasion, le dernier acte montre Clindor et Isabelle devenus comédiens, jouant une tragédie qui semble être leur propre fin tragique, avant que le magicien ne révèle à Pridamant qu'il s'agissait d'une illusion de théâtre, et que son fils est bien vivant et heureux dans sa nouvelle profession.
Pridamant, accompagné de son ami Dorante, arrive devant la grotte du magicien Alcandre pour obtenir des nouvelles de son fils Clindor, qu'il recherche depuis dix ans. Dorante vante les pouvoirs d'Alcandre. Quand le magicien paraît, il révèle à Pridamant qu'il connaît déjà sa peine. Il lui promet de lui montrer la vie de son fils. Dans un premier temps, il fait apparaître de magnifiques habits, laissant présager la grandeur future de Clindor. Puis, dans un récit, il raconte les débuts difficiles du fils à Paris, ses multiples métiers (écrivain public, clerc, montreur de singe, poète, vendeur de remèdes, solliciteur), avant de le retrouver à Bordeaux au service d'un capitaine fanfaron, Matamore, et amoureux d'Isabelle. Alcandre propose à Pridamant de voir la vie de son fils représentée par des spectres, une illusion théâtrale.
"Ce fils, ce cher objet de mes inquiétudes, Qu'ont éloigné de moi des traitements trop rudes, Et que depuis dix ans je cherche en tant de lieux, A caché pour jamais sa présence à mes yeux."
La vision commence. On découvre Matamore, un capitain gascon d'une bravoure et d'une vanité ridicules, se vantant de conquêtes impossibles devant son valet Clindor. Matamore est amoureux d'Isabelle. Surviennent Adraste, un gentilhomme, et Isabelle. Adraste se plaint de la cruauté d'Isabelle qui le repousse. Isabelle, sans détour, lui avoue qu'elle ne l'aime pas. Après son départ, Matamore tente de séduire Isabelle avec ses récits épiques. Un page interrompt la scène, appelant Matamore pour une prétendue ambassade, ce qui permet à Clindor et Isabelle de se retrouver seuls. Ils s'avouent leur amour mutuel. Adraste, jaloux, confronte Clindor et le menace. Lyse, la servante, elle-même amoureuse de Clindor et dédaignée par lui, promet à Adraste de lui faire surprendre les amants, par vengeance.
"Mon courage invaincu contre les empereurs N'arme que la moitié de ses moindres fureurs ; D'un seul commandement que je fais aux trois parques, Je dépeuple l'état des plus heureux monarques ; Le foudre est mon canon, les destins mes soldats : Je couche d'un revers mille ennemis à bas."
"Un amour véritable S'attache seulement à ce qu'il voit aimable. Qui regarde les biens ou la condition N'a qu'un amour avare, ou plein d'ambition."
GÉronte, le père d'Isabelle, tente de la contraindre à épouser Adraste. Elle résiste, affirmant qu'elle ne peut aimer sur commande. GÉronte menace de chasser Matamore. Lorsque Matamore et Clindor arrivent, GÉronte humilie le fanfaron, qui prend peur et fuit. Resté seul avec Lyse, Clindor lui tient un discours ambigu, avouant qu'il l'aime mais qu'il doit épouser Isabelle par intérêt, ce qui blesse profondément Lyse et renforce sa soif de vengeance. Plus tard, Clindor et Isabelle se retrouvent de nuit. Matamore, caché, les écoute et découvre la trahison de son valet. Il confronte Clindor, mais le poltron se dégonfle et, sous la menace, finit par « donner » Isabelle à Clindor. La scène est interrompue par l'arrivée d'Adraste, GÉronte et leurs domestiques. Dans la lutte, Clindor blesse mortellement Adraste. Il est arrêté et emmené en prison.
"L'ingrat ! Il trouve enfin mon visage charmant, Et pour se divertir il contrefait l'amant ! Qui néglige mes feux m'aime par raillerie, Me prend pour le jouet de sa galanterie."
"Je suis dans la misère, et tu n'as point de bien : Un rien s'ajuste mal avec un autre rien ; Et malgré les douceurs que l'amour y déploie, Deux malheureux ensemble ont toujours courte joie. Ainsi j'aspire ailleurs, pour vaincre mon malheur ; Mais je ne puis te voir sans un peu de douleur."
Isabelle se lamente, croyant Clindor condamné à mort pour le lendemain. Lyse arrive et lui annonce qu'elle a tout manigancé pour le sauver. Par amour pour Clindor, elle a renoncé à sa vengeance. Elle a séduit le geôlier, frère du concierge, et lui a fait miroiter une vie meilleure et sa main s'il les aidait à fuir avec Clindor, qu'elle a fait passer pour un riche seigneur breton. Le geôlier accepte. Isabelle et Lyse préparent la fuite. Elles sont interrompues par Matamore, qui était resté caché dans la maison depuis quatre jours, terrorisé. Il finit par s'enfuir. Le geôlier rejoint les femmes et organise l'évasion. Dans sa prison, Clindor est en proie au désespoir. Le geôlier ouvre sa porte, feignant de venir le chercher pour une exécution de nuit, avant de lui révéler la supercherie et de le conduire à Isabelle et Lyse. Les deux couples s'enfuient ensemble.
"Isabelle, toi seule, en réveillant ma flamme, Dissipes ces terreurs et rassures mon âme ; Et sitôt que je pense à tes divins attraits, Je vois évanouir ces infâmes portraits."
Alcandre montre à Pridamant une nouvelle vision. On voit Isabelle et Lyse, richement vêtues, en princesse et suivante. Isabelle (jouant Hippolyte) se plaint à Lyse (jouant Clarine) de l'infidélité de son mari (Clindor, jouant Théagène) avec la princesse Rosine. Clindor/Théagène survient, et une violente dispute conjugale éclate. Isabelle/Hippolyte lui reproche son ingratitude et sa trahison. Clindor/Théagène se justifie, avoue sa faiblesse, mais jure son amour éternel à sa femme. Alors qu'ils se réconcilient, un homme (Éraste) et des domestiques entrent et poignardent Clindor/Théagène, vengent l'honneur du prince Florilame. Isabelle/Hippolyte s'évanouit de douleur, semblant mourir à son tour. Pridamant, horrifié, croit son fils assassiné. Alcandre relève alors la toile de fond, révélant Clindor, Isabelle, Lyse et le geôlier, bien vivants, en train de partager l'argent de la recette. Alcandre explique à Pridamant ébahi que tout cela n'était qu'une pièce de théâtre jouée par son fils et ses compagnons, qui sont devenus comédiens à Paris. Il fait l'éloge du théâtre, désormais un art noble et lucratif. Pridamant, rassuré et réconcilié avec le choix de son fils, part pour Paris le rejoindre.
"Ainsi tous les acteurs d'une troupe comique, Leur poème récité, partagent leur pratique : L'un tue, et l'autre meurt, l'autre vous fait pitié ; Mais la scène préside à leur inimitié. Leurs vers font leurs combats, leur mort suit leurs paroles, Et, sans prendre intérêt en pas un de leurs rôles, Le traître et le trahi, le mort et le vivant, Se trouvent à la fin amis comme devant."
Magicien puissant et bienveillant. Il maîtrise l'illusion et peut faire apparaître le passé et le présent. Il guide Pridamant et lui sert de metteur en scène, lui montrant la vie de son fils à travers des 'spectres parlants'. Il est l'incarnation du théâtre et de son pouvoir.
PrincipalPère de Clindor. Rongé par le remords d'avoir été trop sévère avec son fils, il le cherche depuis dix ans. Il est tour à tour anxieux, désespéré, horrifié, puis finalement émerveillé par les révélations d'Alcandre. Il représente le spectateur naïf qui prend l'illusion pour la réalité.
PrincipalAmi de Pridamant et voisin d'Alcandre. Il joue le rôle d'intermédiaire, recommandant le magicien à son ami et le rassurant sur ses pouvoirs. Il a lui-même bénéficié de l'art d'Alcandre.
MinorCapitaine gascon, d'une lâcheté et d'une vanité extravagantes. Il se vante sans cesse de conquêtes imaginaires. Amoureux transi d'Isabelle, il est le souffre-douleur de Clindor et la source principale du comique de la pièce. Il incarne la fanfaronnade.
PrincipalFils de Pridamant, protagoniste de l'histoire dans l'histoire. Jeune homme débrouillard et opportuniste, il est d'abord valet de Matamore avant de devenir l'amant puis le mari d'Isabelle. Il évolue tout au long de la pièce, passant de la pauvreté à une carrière de comédien. Il représente la jeunesse en quête de fortune et d'amour, et finalement l'acteur.
PrincipalGentilhomme, rival de Clindor. Il est riche, fier et obstiné dans son amour pour Isabelle, qui le repousse. Sa jalousie et sa confrontation avec Clindor mènent à sa propre mort et à l'emprisonnement de son rival.
PrincipalPère d'Isabelle. Il incarne l'autorité parentale traditionnelle, souhaitant marier sa fille à un parti avantageux (Adraste) et méprisant Matamore et Clindor. Son intransigeance est la cause des malheurs de sa fille.
MinorFille de Géronte. Jeune femme indépendante et déterminée, elle refuse les conventions sociales et le mariage arrangé pour suivre son cœur et épouser Clindor par amour. Elle fait preuve de courage, de fidélité et de ruse. Dans la pièce finale, elle devient comédienne.
PrincipalServante d'Isabelle. Amoureuse de Clindor et dédaignée par lui, sa vengeance manquée est un ressort dramatique important. Intelligente et rusée, elle parvient à retourner la situation, organisant l'évasion de Clindor par amour pour lui, montrant ainsi sa générosité et sa complexité. Elle devient comédienne elle aussi.
PrincipalFrère du concierge de la prison. Tombé amoureux de Lyse, il se laisse convaincre de libérer Clindor et de fuir avec les deux couples. Il devient ensuite comédien, jouant le rôle d'Éraste dans la tragédie finale.
MinorDomestique de Matamore, il intervient brièvement pour créer un faux alibi qui permet à Clindor de rester seul avec Isabelle.
FigurantPersonnage de la pièce jouée au cinquième acte. Il est l'écuyer de Florilame et mène l'assassinat de Théagène (Clindor) pour venger l'honneur de son maître.
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