Dorante, jeune étudiant tout juste arrivé à Paris, rencontre deux jeunes filles aux Tuileries, Clarice et Lucrèce. Pour briller à leurs yeux, il se fait passer pour un militaire revenu d'Allemagne et invente des aventures guerrières. Il tombe amoureux de celle qu'il croit être Lucrèce (mais qui est Clarice). Parallèlement, son père Géronte veut le marier à Clarice, mais Dorante, pour échapper à ce mariage arrangé, invente une histoire rocambolesque : il serait déjà marié à Poitiers avec une certaine Orphise. Ses mensonges s'accumulent et se contredisent, semant la confusion chez les deux jeunes filles, rendant son ami Alcippe jaloux et plongeant son père dans la colère. La pièce explore avec légèreté les ressorts de l'imposture, les jeux de l'amour et du hasard, et les quiproquos amoureux.
Dorante, fraîchement arrivé à Poitiers, se promène aux Tuileries avec son valet Cliton. Il confie son désir de plaire à Paris et son intention d'abandonner son allure d'écolier pour celle d'un galant homme. Surviennent Clarice et Lucrèce. Clarice fait un faux pas, et Dorante en profite pour l'aborder et lui faire la cour, lui déclarant une flamme immédiate. Pour se rendre intéressant, il invente un passé de militaire ayant fait les guerres d'Allemagne, ce que Cliton tente en vain de lui faire taire. Alcippe et Philiste arrivent. Alcippe raconte qu'un festin et une sérénade ont été donnés la veille sur l'eau. Dorante, pour se vanter, affirme être l'auteur de cette galanterie et en fait un récit extravagant. Alcippe, qui aime Clarice, en conçoit une vive jalousie, croyant que le festin était pour elle. Après leur départ, Cliton gronde son maître, mais Dorante justifie ses mensonges comme un art de plaire et de se faire valoir, au grand dam de son valet.
"J'aime à braver ainsi les conteurs de nouvelles ; Et sitôt que j'en vois quelqu'un s'imaginer Que ce qu'il veut m'apprendre a de quoi m'étonner, Je le sers aussitôt d'un conte imaginaire, Qui l'étonne lui-même, et le force à se taire."
Géronte présente son fils Dorante à Clarice, qu'il veut lui faire épouser, sans que le jeune homme sache qu'elle est la même qu'il a rencontrée. De son côté, Clarice, intriguée par l'inconnu et voulant l'étudier sans éveiller les soupçons d'Alcippe, imagine avec sa suivante Isabelle un stratagème : Lucrèce écrira un billet à Dorante pour lui donner rendez-vous à sa fenêtre, où Clarice se fera passer pour elle. Alcippe, ayant entendu parler du festin par Dorante, confronte Clarice avec jalousie, mais elle nie tout. Géronte annonce à Dorante son projet de mariage avec Clarice. Pour y échapper, Dorante invente un mariage secret à Poitiers avec une certaine Orphise, racontant une histoire rocambolesque où un pistolet part accidentellement, le forçant à épouser la demoiselle pour sauver son honneur. Géronte, ému par ce récit, accepte la situation et se dégage de sa promesse envers le père de Clarice. Dorante reçoit alors un billet de Sabine, qu'il croît être de Lucrèce, lui donnant rendez-vous pour la nuit. Il reçoit aussi un cartel d'Alcippe, qui le provoque en duel, croyant toujours que le festin était pour Clarice.
"Le bonhomme en tient-il ? M'en suis-je bien tiré ? Quelque sot en ma place y serait demeuré ; Il eût perdu le temps à gémir et se plaindre, Et malgré son amour, se fût laissé contraindre. Oh ! L'utile secret que mentir à propos !"
Philiste sépare Dorante et Alcippe, qui s'apprêtent à se battre. Dorante, ignorant la cause de la querelle, jure qu'il n'a jamais eu l'intention d'offenser Alcippe. Pour se disculper, il prétend que la femme qu'il a régalée sur l'eau est une dame mariée, inconnue d'Alcippe, dissipant ainsi sa colère. Philiste révèle ensuite à Alcippe que toute l'histoire du festin était un mensonge, que Dorante est arrivé la veille de Poitiers. Alcippe est perplexe, ne pouvant concilier la valeur apparente de Dorante avec son mensonge. Chez Lucrèce, Clarice et Isabelle préparent le rendez-vous nocturne. Clarice, qui a reconnu en Dorante l'homme des Tuileries, est amusée par ses fourberies mais aussi intriguée. La nuit venue, à la fenêtre de Lucrèce, Clarice, se faisant passer pour son amie, confronte Dorante sur ses contradictions. Il nie être marié et jure de n'aimer qu'elle. Pour prouver sa bonne foi, il donne des détails précis sur la famille de Lucrèce, qu'il croit être son interlocutrice. Clarice, pour le pousser à bout, lui demande s'il épouserait Clarice, ce qu'il refuse avec mépris, affirmant n'aimer que Lucrèce. Elle le quitte en lui révélant qu'elle se moquait de lui.
"On dirait qu'il dit vrai, tant son effronterie Avec naïveté pousse une menterie."
Le lendemain matin, Dorante, désespéré par la révélation de la supercherie, cherche un moyen de reconquérir celle qu'il croit être Lucrèce. Cliton lui apprend qu'Alcippe est vivant, contredisant ainsi le mensonge de Dorante qui prétendait l'avoir tué en duel. Alcippe arrive, plein de joie car l'arrivée de son père va permettre son mariage avec Clarice. Dorante, pour justifier sa précédente vantardise, invente l'existence d'une poudre de sympathie miraculeuse qui a guéri Alcippe. Survient Géronte, qui veut écrire au père de l'imaginaire Orphise. Dorante, pris au piège, est forcé de donner le nom du beau-père, le faisant passer de "Armédon" à "Pyrandre", ce qui éveille les soupçons de son père. Resté seul, Dorante décide de corrompre Sabine pour qu'elle intercède en sa faveur auprès de Lucrèce. Sabine, après avoir reçu de l'argent, révèle à Cliton que Lucrèce est sensible à Dorante mais que sa méfiance est due à ses mensonges. Elle rapporte à sa maîtresse les paroles de Cliton et lui remet la lettre de Dorante. Lucrèce, partagée entre la curiosité et la raison, feint d'avoir déchiré la lettre mais demande à Sabine de ménager l'espoir de son prétendant, sous le regard amusé de Clarice.
"Dis-lui que sans la voir, j'ai déchiré sa lettre."
Géronte, interrogeant Philiste, découvre que les noms d'Armédon, Pyrandre et Orphise sont inconnus à Poitiers. Comprenant qu'il a été berné par son fils, il entre dans une colère noire et confronte Dorante, lui reprochant sa fourberie et le déshonneur qu'il attire sur leur nom. Dorante avoue alors la vérité : il a tout inventé parce qu'il est amoureux de Lucrèce, dont il vient seulement d'apprendre l'existence et la famille. Géronte, partagé entre la colère et l'affection, accepte une dernière fois de l'aider et va demander la main de Lucrèce pour lui. Alors que Cliton se moque de son maître, Dorante hésite, trouvant la compagne de Lucrèce (Clarice) fort à son goût. Sabine arrive et, après un chassé-croisé de questions, lui fait comprendre que Lucrèce ne le hait pas et l'aimera quand elle le croira. Clarice et Lucrèce surviennent. S'ensuit une scène de quiproquo où Dorante, ne sachant plus à qui il parle, jure son amour à Clarice (qu'il prend toujours pour Lucrèce) avant de réaliser sa méprise grâce à une remarque de Cliton. Il change alors brillamment de tactique, avouant qu'il a reconnu Clarice sous le nom de Lucrèce et que c'est elle qu'il a toujours aimée, pour finalement, devant l'insistance des deux femmes, déclarer qu'il n'aime que Lucrèce. Ses aveux et l'intervention des pères, qui ont conclu les mariages (Géronte avec le père de Lucrèce pour Dorante, et le père d'Alcippe avec celui de Clarice pour Alcippe), mettent fin à la confusion. Tous rentrent pour conclure les hymens, et Cliton, resté seul, conclut la pièce par une morale ironique sur l'art de mentir.
"Est-il vice plus bas, est-il tache plus noire, Plus indigne d'un homme élevé pour la gloire ?"
"Comme en sa propre fourbe un menteur s'embarrasse ! Peu sauraient comme lui s'en tirer avec grâce. Vous autres qui doutiez s'il en pourrait sortir, Par un si rare exemple apprenez à mentir."
Fils de Géronte, jeune homme tout juste arrivé de Poitiers. Il est l'archétype du menteur, inventant des histoires pour se rendre intéressant, séduire et se sortir des situations délicates. Il est spirituel, impétueux, et malgré ses mensonges, son charme et son audace le rendent attachant. Il tombe amoureux de Lucrèce.
PrincipalPère de Dorante. Homme bon, aimant et crédule, il est la première victime des mensonges de son fils. Il veut le bien marier et finit par être profondément blessé par ses tromperies, même s'il lui pardonne.
PrincipalValet de Dorante. Il est le confident et le faire-valoir de son maître. Pragmatique et moqueur, il est souvent horrifié par l'audace des mensonges de Dorante, mais il admire aussi son talent et l'assiste, parfois contre son gré.
PrincipalMaîtresse d'Alcippe, amie de Lucrèce. Elle est belle, spirituelle et curieuse. Elle est la première à être abordée par Dorante. Prenant plaisir à ses belles paroles, elle utilise un stratagème pour le sonder et le confondre, ce qui révèle son intelligence et son goût pour le jeu.
PrincipalAmie de Clarice. Elle est plus discrète et réservée que son amie. Objet de l'amour de Dorante après le quiproquo initial, elle est méfiante en raison de ses mensonges, mais son intérêt pour lui est réel, ce qui la rend partagée entre la raison et le sentiment.
PrincipalAmi de Dorante et amant de Clarice. Il est jaloux et emporté, prompt à croire les apparences et les mensonges de Dorante concernant le festin. Il représente l'amoureux traditionnel, éconduit et en colère.
MinorAmi de Dorante et d'Alcippe. Il joue le rôle de conciliateur et de révélateur, en séparant les duellistes et en apprenant à Alcippe la vérité sur Dorante.
MinorSuivante de Clarice. Elle est complice de sa maîtresse et participe activement à l'élaboration du stratagème pour démasquer Dorante, faisant preuve d'une grande inventivité.
MinorFemme de chambre de Lucrèce. Elle est intéressée par l'argent et devient la messagère entre Dorante et Lucrèce, se laissant corrompre tout en servant les intérêts de sa maîtresse avec habileté.
MinorValet d'Alcippe. Il apparaît brièvement pour remettre un billet à Dorante.
Figurant