Vingt ans après les événements du Mariage de Figaro, la famille du comte Almaviva est à Paris, rongée par les secrets et les rancoeurs. Le comte, hanté par le souvenir de son fils aîné et le soupçon que son second fils, Léon, n'est pas de lui, vit reclus et amer. La comtesse Rosine, consumée par le remords d'une ancienne infidélité, pleure en secret. Un homme, le major Bégearss, ancien secrétaire du comte, a su gagner la confiance de toute la maisonnée par une apparente probité. En réalité, ce Tartuffe moderne tisse une toile machiavélique pour épouser Florestine, la pupille du comte, s'emparer de la fortune familiale et briser définitivement l'union des époux. Seul Figaro, devenu vieux serviteur lucide, voit clair dans son jeu et, avec l'aide de sa femme Suzanne, tente de démasquer l'imposteur avant qu'il ne soit trop tard.
Le drame s'ouvre sur Suzanne confectionnant un bouquet de deuil (noir et rouge) pour sa maîtresse, la comtesse, qui pleure la mort de son fils aîné et un amour passé. Figaro, inquiet, la prévient des machinations de Bégearss, un hypocrite qui a juré la perte de la famille. Bégearss entre et les surprend en pleine dispute feinte. Seul avec Suzanne, il lui révèle son projet d'épouser Florestine, la pupille, et lui promet un avenir doré si elle l'aide. Le comte Almaviva rejoint Bégearss, lui confie sa haine pour Léon, qu'il croit adultérin, et son projet de donner la fortune de ce dernier à Florestine. Il révèle aussi son plan pour confondre sa femme : substituer, dans son écrin, son propre bracelet (orné du portrait du page Chérubin, le père présumé de Léon) à celui de la comtesse. Bégearss feint de s'y opposer mais, lors de la manipulation, fait adroitement ouvrir un double fond dans l'écrin, d'où le comte extrait une lettre compromettante de la comtesse. Figaro, entré malgré l'ordre, aperçoit la scène. Le comte, accablé, congédie Léon avec froideur.
"Morbleu !"
"Mon second fils ! je n'en ai point !"
Seul, le comte lit la lettre trouvée dans l'écrin, qui est en fait une confession de la comtesse adressée à Chérubin, écrite le jour de la naissance de Léon. Bouleversé, il confie à Bégearss sa douleur d'homme trompé. Florestine, venue voir son parrain, se voit proposer par le comte de choisir un époux ; elle avoue naïvement son désir de rester auprès de lui pour ses vieux jours. La comtesse, alertée par Figaro, arrive. Bégearss, furieux de cette intrusion, manigance. Figaro, resté seul, apprend par Suzanne que Bégearss va épouser Florestine et que tout est perdu. Il jure de le démasquer. Grâce à une conversation avec Guillaume, le valet allemand de Bégearss, Figaro découvre que ce dernier reçoit son courrier chez un banquier irlandais, O'Connor. Il décide d'y établir une filature. Léon, resté seul avec Florestine, lui déclare son amour. Mais Bégearss, la prenant à part, lui révèle un terrible secret : elle est la fille du comte, donc la sœur de Léon. Florestine est anéantie. Quand Léon retrouve Florestine en larmes, elle le repousse avec horreur. La comtesse tente de comprendre. Bégearss, en présence du comte, explique froidement à Léon que son amour est impossible car Florestine est sa sœur. Léon, plein de gratitude envers Bégearss pour lui avoir "ouvert les yeux", se jette dans ses bras, au grand dam de Figaro qui avait averti le comte d'un danger. Le comte, de son côté, demande les trois millions d'or confiés à Figaro. Figaro, méfiant, annonce les avoir déposés chez le notaire Fal, ce qui provoque la colère de Bégearss. Le comte, influencé par Bégearss, décide d'éloigner Figaro en le chargeant d'accompagner Léon à Malte.
"Ah ! lettre de Madrid ! du secrétaire du ministre ! Il y a un mot qui vous regarde. (Il lit.) 'Dites au Comte Almaviva, que le courrier, qui part demain, lui porte l'agrément du Roi pour l'échange de toutes ses terres.'"
Au cabinet de la comtesse, cette dernière confie à Suzanne ses inquiétudes sur le malheur qui semble s'abattre sur sa famille. Bégearss, en "consolateur" perfide, la rassure en lui révélant le secret du comte : Florestine est sa fille. Il lui conseille alors de brûler toutes les lettres compromettantes de Chérubin pour assurer leur sécurité et celle de Léon. La comtesse, bien que déchirée, accepte ce sacrifice. Au moment où les lettres flambent, le comte, amené par Figaro, les surprend. Bégearss se justifie avec une telle apparence de vertu qu'il retourne la situation en sa faveur, se présentant comme le gardien de la morale. Le comte, convaincu, lui annonce qu'il lui donne Florestine sur-le-champ. La comtesse, croyant bien faire, approuve avec joie ce mariage qui, pense-t-elle, cachera tous les secrets. Bégearss, maître du jeu, pousse le comte à hâter le départ de Léon et à se débarrasser de Figaro. Le comte, subjugué, lui remet le reçu pour retirer les trois millions d'or chez le notaire Fal.
"Dieu tout puissant qui me prends en pitié !"
Figaro, seul, rumine sa défaite mais ne baisse pas les bras. Il a réussi à mettre l'or à l'abri et à intercepter une lettre compromettante de Bégearss. Il croise ce dernier et l'affronte verbalement. Bégearss, exultant, vérifie qu'il a bien le reçu et savoure son triomphe avant de rejoindre la famille. Suzanne, de son côté, le confronte et il se vante, dans un accès de fatuité, de sa maîtrise de la politique et de l'intrigue. Il lui apprend que le mariage a lieu le soir même. Léon, désespéré par son départ imminent, est encouragé par Bégearss à pousser sa mère à parler fermement au comte en sa faveur. La comtesse, parée de rouge et de noir, décide de suivre ce conseil. Elle fait cacher Léon et affronte le comte. La discussion tourne au drame : le comte, hors de lui, lui jette à la figure la preuve de son infidélité, la lettre qu'il a trouvée. Anéantie, la comtesse entre en délire, croit voir le fantôme de Chérubin et s'évanouit. Le comte, effrayé, appelle à l'aide. Léon accourt, suivi de Suzanne et de Figaro. La comtesse, revenue à elle, se repent et accepte de partir au couvent avec Léon. Le comte, bouleversé, apprend alors de la bouche de tous que Bégearss connaissait tous les secrets. Figaro révèle que le double fond de l'écrin a été fabriqué par Bégearss. Le comte réalise l'horrible vérité : Bégearss a tout manigancé. Figaro, craignant pour les trois millions, s'enfuit chez le notaire pour tenter d'en empêcher la remise.
"Rappelez-vous, femme perfide, ce que vous avez fait vous-même ! et comment, recevant un adultère dans vos bras, vous avez mis dans ma maison cet enfant étranger, que vous osez nommer mon fils."
"Dieu de bonté ! fais que je meure !"
Au grand salon, la famille est réunie, éprouvée mais apaisée. Florestine apprend enfin qu'elle est la fille du comte, et tous se retrouvent dans une étreinte réconciliatrice. Figaro et le notaire Fal arrivent, mais trop tard : Bégearss a déjà retiré les trois millions. Figaro met alors au point un stratagème. Il fait semblant de s'humilier devant Bégearss, avouant tous ses torts et le félicitant pour son mariage. Bégearss, abusé par cette sécurité, et en présence du notaire, réaffirme que les trois millions viennent de lui et les remet solennellement à Fal pour la dot de Florestine. Figaro, triomphant, révèle alors que cet argent est celui du comte. Démasqué, Bégearss tente de menacer, dénonçant le comte pour ses sympathies pro-américaines, mais Figaro a déjà subtilisé l'agrément royal à l'ambassade. Acculé, Bégearss quitte la maison en proférant des menaces vaines, notamment celle de révéler un mariage incestueux entre frère et sœur. Figaro rassure tout le monde : Bégearss sait très bien que Léon et Florestine ne sont pas parents. La famille, enfin réunie et heureuse, célèbre la fin de l'oppression. Figaro, refusant une récompense, conclut que le plus grand gain pour une famille est d'en avoir chassé un méchant.
"Ma récompense est de mourir chez vous. Jeune, si j'ai failli souvent, que ce jour acquitte ma vie ! Ô ma vieillesse, pardonne à ma jeunesse, elle s'honorera de toi."
"On gagne assez dans les familles quand on en expulse un méchant."
Grand seigneur espagnol, d'une fierté noble et sans orgueil. Vieilli, aigri par la perte de son fils aîné et rongé par le soupçon que Léon n'est pas son enfant. Il est sombre, irritable, mais fondamentalement bon et capable de repentir.
PrincipalÉpouse du comte, très malheureuse et d'une angélique piété. Rongée par le remords d'une ancienne infidélité avec le page Chérubin (dont est né Léon), elle tente d'expier sa faute par vingt années de larmes et de dévotion.
PrincipalLeur fils (en réalité fils de la comtesse et de Chérubin). Jeune homme épris de liberté, aux âmes ardentes et neuves. Il est amoureux de Florestine, qu'il croit être sa sœur.
PrincipalPupille et filleule du comte Almaviva, mais en réalité sa fille naturelle. Jeune personne d'une grande sensibilité. Elle est amoureuse de Léon, qu'elle croit être son frère.
PrincipalIrlandais, major d'infanterie espagnole, ancien secrétaire des ambassades du Comte. Homme très-profond, grand machinateur d'intrigues. C'est un Tartuffe de la probité, manipulateur et hypocrite, qui fomente le trouble avec art pour s'approprier la fortune des Almaviva.
PrincipalValet de chambre, chirurgien et homme de confiance du comte. Homme formé par l'expérience du monde et des événements, il est devenu un vieux serviteur lucide et dévoué, le seul à voir clair dans le jeu de Bégearss.
PrincipalPremière camériste de la comtesse, épouse de Figaro. Excellente femme, attachée à sa maîtresse, et revenue des illusions du jeune âge. Elle est l'instrument et l'alliée indispensable de Figaro.
PrincipalNotaire du Comte. Homme exact et très-honnête, garant de l'intégrité des transactions.
MinorValet allemand de M. Bégearss. Homme trop simple pour un tel maître, sa naïveté permet à Figaro de faire une découverte cruciale.
Minor