Florence, XVIe siècle. Lorenzo de Médicis, surnommé Lorenzaccio, mène une vie de débauche aux côtés de son cousin, le duc Alexandre, tyran lubrique et violent. Mais cette comédie n'est qu'un masque : Lorenzo prépare en secret l'assassinat du duc, espérant par ce geste libérer Florence et restaurer la République. Le meurtre accompli, ses espoirs sont déçus : les républicains, lâches et divisés, ne bougent pas, et un nouveau Médicis, Côme, est placé à la tête de la cité. Traqué, Lorenzo est tué à Venise par un sbire. La liberté rêvée s'évanouit, laissant place à un nouveau despotisme.
Le duc Alexandre et Lorenzo attendent de nuit une jeune fille, Gabrielle, que Lorenzo a corrompue pour le compte du tyran. Maffio, le frère de la jeune fille, les surprend mais est désarmé et banni. Au petit matin, le peuple commente la noce des Nasi et la tyrannie des Médicis, soutenue par les soldats allemands. Le marquis Cibo part pour Massa, laissant sa femme, la marquise, en proie aux avances du duc et aux manigances de son beau-frère, le cardinal Cibo. Au palais, le duc défend Lorenzo contre les accusations du pape et de sire Maurice, qui le jugent dangereux. Pour prouver sa lâcheté, le duc provoque Lorenzo, qui s'évanouit à la vue d'une épée. À la foire de Montolivet, Julien Salviati insulte grossièrement Louise Strozzi devant son frère, le prieur. Marie Soderini et Catherine se désolent de la déchéance de Lorenzo, tandis que des bannis, dont Maffio, maudissent Florence en partant.
"Ô honte ! ô excès de misère ! S'il y a des lois à Florence, si quelque justice vit encore sur la terre, par ce qu'il y a de vrai et de sacré au monde, je me jetterai aux pieds du duc, et il vous fera pendre tous les deux."
Chez les Strozzi, Philippe s'afflige de la corruption et du bannissement des citoyens. Le prieur raconte à Pierre l'insulte de Salviati contre Louise, ce qui met Pierre hors de lui. Devant une église, Lorenzo raille le jeune peintre Tebaldeo, idéaliste et amoureux de Florence. Chez la marquise Cibo, le cardinal, par une confession manipulée, tente de s'assurer le secret de la liaison de sa belle-sœur avec le duc pour servir ses propres desseins. Chez les Soderini, Marie raconte à Lorenzo le spectre de son enfance vertueuse qu'elle a vu. Bindo Altoviti et Venturi viennent sonder Lorenzo sur ses sentiments républicains, mais l'arrivée du duc les interrompt ; Lorenzo obtient pour eux des faveurs, les ridiculisant. Le duc charge Lorenzo de sonder sa tante Catherine. Chez les Strozzi, Philippe s'inquiète des conséquences de l'insulte, tandis que Pierre, Thomas et François Pazzi annoncent avoir tué Salviati. Au palais du duc, Tebaldeo peint le duc. Lorenzo, s'emparant de la cotte de mailles du duc, la fait disparaître, éveillant les soupçons de Giomo. Salviati, blessé, crie vengeance sous les fenêtres du duc.
"Tu es beau, Pierre. Tu es grand comme la vengeance."
Dans sa chambre, Lorenzo s'entraîne au combat avec son spadassin Scoronconcolo, hurlant et simulant un meurtre pour habituer les voisins. Il confie à son complice son projet de tuer le duc. Chez les Strozzi, Pierre veut se joindre aux conjurés Pazzi. Philippe, d'abord hésitant, se laisse convaincre par l'enthousiasme de son fils et décide de l'accompagner. Dans la rue, Pierre et Thomas sont arrêtés sur ordre du duc. Philippe, désespéré, rencontre Lorenzo. Dans une longue confession, Lorenzo dévoile à Philippe son projet de tuer Alexandre, la genèse de son serment, la dégradation morale qu'il a subie pour approcher le tyran, et son profond mépris pour les hommes, qu'il a appris à connaître. Il met Philippe en garde contre l'illusion de la liberté. Philippe reste partagé. Chez les Soderini, Catherine montre à Marie une lettre d'amour du duc, croyant que Lorenzo en est l'entremetteur. La marquise Cibo tente en vain de faire entendre raison au duc et de le pousser à devenir un prince juste et indépendant. Le cardinal la surprend avec le duc. Lors du souper des Quarante Strozzi, Philippe les exhorte à lutter pour la liberté. Louise meurt empoisonnée. Anéanti, Philippe, refusant la vengeance, quitte Florence pour Venise.
"Je me suis cru un Brutus, mon pauvre Philippe... J'ai vu les hommes tels qu'ils sont, et je me suis dit : Pour qui est-ce donc que je travaille ?"
Lorenzo annonce au duc que Catherine Ginori est prête à le recevoir la nuit même dans sa chambre. Seul, Lorenzo oscille entre la conscience de son acte et son rôle de "machine à meurtre". Pierre et Thomas, libérés, apprennent la mort de Louise et le départ de leur père pour Venise. Pierre jure une vengeance terrible. Seul, Lorenzo s'interroge sur les motivations profondes de son acte, se demandant s'il est "le bras de Dieu". La marquise Cibo confronte le cardinal, qui la menace de tout révéler à son mari si elle ne se soumet pas à ses desseins ambitieux. À l'arrivée du marquis, elle l'avoue tout. Dans sa chambre parée, Lorenzo manque de faire des avances à sa tante Catherine, venue le chercher pour leur mère malade, prenant conscience de la corruption qui l'habite. Philippe, au couvent, fait enterrer Louise. Il refuse de rejoindre les bannis. Lorenzo tente en vain d'avertir plusieurs républicains (Alamanno, Pazzi, Corsini) du meurtre prévu, mais ils le prennent pour un fou. Dans la nuit, sur une place, Lorenzo délibère, anxieux, avant de se rendre au rendez-vous. Au palais, le cardinal et sire Maurice avertissent le duc, qui ne les croit pas. Dans la chambre de Lorenzo, le duc se déshabille et se couche. Lorenzo, après être sorti, revient et le poignarde avec l'aide de Scoronconcolo.
"Que la nuit est belle ! que l'air du ciel est pur ! Respire, respire, cœur navré de joie !"
Au palais, la cour est en émoi. Le cardinal Cibo, ayant dissimulé le corps, annonce que le duc repose et manipule les Huit pour faire élire Côme de Médicis comme nouveau duc. Palla Ruccellai proteste en vain. À Venise, Lorenzo apprend la mort de sa mère et annonce à Philippe le meurtre du duc. Philippe exulte, mais Lorenzo est sceptique sur la réaction des républicains. La proclamation des Huit mettant sa tête à prix arrive, confirmant son crime et l'inaction de Florence. À Florence, le peuple cancane sur la mort du duc, mais l'ordre revient vite. Pierre Strozzi, amer, décide de quitter Florence. Sur une place, un marchand et un orfèvre commentent l'arrivée de Côme et l'apathie des républicains. À Venise, malgré les supplications de Philippe, Lorenzo, désabusé, sort se promener. Il est assassiné par-derrière, à la sortie de la maison, par un sbire. Son corps est jeté dans la lagune. À Florence, sur la grande place, le cardinal Cibo fait prêter serment à Côme de Médicis, qui devient le nouveau duc.
"J'étais une machine à meurtre, mais à un meurtre seulement."
Cousin du duc Alexandre. Personnage complexe, il est à la fois un débauché, un lâche, et un idéaliste républicain. Pour approcher le tyran et le tuer, il a revêtu le masque du vice, ce qui l'a profondément corrompu et désillusionné sur la nature humaine. Son meurtre accompli, il erre, vide et méprisé, avant d'être assassiné.
PrincipalDuc de Florence. Tyran lubrique, violent et grossier, il gouverne avec l'appui de l'Empereur et du Pape, et entretient la corruption autour de lui. Il est entièrement dépendant de Lorenzo pour ses plaisirs et fait preuve d'une fatuité et d'une confiance aveugle qui causeront sa perte.
PrincipalNoble florentin, riche et respecté, républicain idéaliste mais prudent. Père aimant, il est déchiré entre ses convictions et la sécurité de sa famille. La mort de sa fille Louise et l'emprisonnement de ses fils l'accablent. Il est le seul à comprendre et à croire Lorenzo, et son désespoir final symbolise l'échec des idéaux.
PrincipalBeau-frère de la marquise. Prêtre ambitieux, fourbe et manipulateur. Il sert les intérêts du pape et de l'empereur et cherche à contrôler le duc par l'intermédiaire de sa belle-sœur pour asseoir sa propre puissance. Il est l'incarnation de l'hypocrisie politique et religieuse.
PrincipalFemme du marquis Cibo. Femme vertueuse et patriote, elle cède aux avances du duc Alexandre dans l'espoir de l'infléchir et de libérer Florence. Elle devient la proie des manigances du cardinal, qui menace de révéler sa liaison.
PrincipalFils aîné de Philippe. Jeune homme fougueux, impulsif et assoiffé de vengeance. Il est prêt à tout pour laver l'honneur de sa sœur, y compris le meurtre et la rébellion ouverte, contrastant avec la prudence paternelle.
MinorFille de Philippe. Incarnation de l'innocence et de la vertu, sa beauté attire la convoitise du duc et de Salviati. Elle meurt empoisonnée lors du souper des Strozzi, victime des machinations des Médicis.
MinorMère de Lorenzo. Femme noble et affligée, elle pleure la déchéance morale de son fils et se souvient avec nostalgie de l'enfant vertueux qu'il était. Sa mort, annoncée à Venise, ajoute au désespoir de Lorenzo.
MinorTante de Lorenzo. Jeune femme vertueuse que le duc convoite. Lorenzo est chargé de la livrer au duc, mais il semble y renoncer, voyant en elle une innocence qu'il ne veut pas souiller.
MinorÉcuyer du duc, homme de main brutal et exécuteur des basses œuvres. Il est le premier à soupçonner Lorenzo après la disparition de la cotte de mailles.
MinorSpadassin, complice de Lorenzo. Il l'aide dans ses exercices de simulation de meurtre pour accoutumer les voisins au bruit et l'assiste lors de l'assassinat du duc.
MinorCourtisan du duc, ruffian et homme de paille. C'est son insulte publique envers Louise Strozzi qui déclenche la vengeance des frères Strozzi et précipite les événements.
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