Dans le palais d'Agamemnon à Argos, Électre, hantée par le souvenir de son père assassiné, refuse l'ordre imposé par sa mère Clytemnestre et son amant Égisthe, le régent. Contrainte d'épouser un jardinier, elle voit débarquer un étranger qui n'est autre que son frère Oreste, qu'elle n'a pas revu depuis l'enfance. Ensemble, guidés par la quête obstinée de la vérité d'Électre et les révélations d'un mendiant mystérieux, ils vont exhumer le crime passé, défier la raison d'État incarnée par un Égisthe devenu patriote, et précipiter la cité dans le sang et le chaos, pour que naisse une aube nouvelle.
Dans la cour intérieure du palais, un étranger (Oreste) est escorté par trois petites filles inquiétantes (les futures Euménides). Le jardinier, qui s'apprête à épouser Électre sur ordre d'Égisthe, discute avec son cousin, le Président du tribunal, et sa jeune épouse Agathe. Ce dernier tente de dissuader le jardinier, présentant Électre comme une "femme à histoires" qui attire la vérité et le malheur. Égisthe arrive et expose sa vision des dieux comme des forces inconscientes qu'il faut tenir à distance. Le mendiant, un personnage ivre et clairvoyant, pressent qu'Égisthe veut tuer Électre. Clytemnestre et Électre se présentent et se déchirent immédiatement à propos d'une vieille querelle : la chute du petit Oreste. Égisthe annonce le mariage forcé. Agathe, pour sauver sa famille de l'influence d'Électre, fait épouser à celle-ci l'étranger à la place du jardinier. L'étranger révèle alors à Électre qu'il est Oreste, son frère. Clytemnestre, qui a tout vu, comprend l'identité du jeune homme. La nuit tombe. Les deux frère et sœur ont un dialogue passionné où Électre exprime sa haine pour sa mère et Égisthe. Égisthe annonce qu'Oreste est en vie et marche sur Argos. Oreste et Électre s'endorment. Les petites Euménides, qui ont grandi, jouent une parodie de la scène et s'emparent de l'épée d'Oreste endormi. Le mendiant, resté seul avec eux, commente l'histoire, justifiant la quête de vérité d'Électre, tandis qu'Oreste vit ses derniers instants de repos.
"C’est que le second a une conscience. […] une conscience ! Croyez-vous ! Si les coupables n’oublient pas leurs fautes, si les vaincus n’oublient pas leurs défaites, les vainqueurs leurs victoires, s’il y a des malédictions, des brouilles, des haines, la faute n’en revient pas à la conscience de l’humanité, qui est toute propension vers le compromis et l’oubli, mais à dix ou quinze femmes à histoires !"
"Elle est la vérité sans résidu, la lampe sans mazout, la lumière sans mèche. De sorte que si elle tue, comme cela menace, toute paix et tout bonheur autour d’elle, c’est parce qu’elle a raison !"
Peu avant l'aube. Électre veille sur Oreste endormi, accordant un répit à son frère avant de le réveiller à la vérité. Une scène de ménage burlesque entre Agathe et son jeune amant contraste avec le drame qui se prépare. Réveillé, Oreste est tenté par le bonheur et la fuite, mais les Euménides, qui ont encore grandi, le menacent des conséquences s'il ne commet pas son crime. Électre le confronte à la vérité : leur mère a un amant et leur père a été assassiné. Interrogée, Clytemnestre nie d'abord, puis avoue sa haine pour Agamemnon sans révéler le nom de son amant. Agathe, poussée par l'exemple d'Électre, avoue à son mari qu'elle le trompe, et révèle que l'un de ses amants est Égisthe. Égisthe entre, métamorphosé : il a reçu la révélation de sa mission royale et doit sauver Argos envahie par les Corinthiens. Il annonce son mariage immédiat avec Clytemnestre pour sauver la cité. Électre s'y oppose farouchement, revendiquant une vérité supérieure à la raison d'État. Dans une confrontation décisive, elle force Clytemnestre à avouer sa haine et le meurtre d'Agamemnon. Oreste, délivré par les mendiants, tue Égisthe et Clytemnestre. La ville brûle et les Euménides, ayant pris l'âge et la forme d'Électre, partent pour poursuivre Oreste. Électre, dépouillée de tout, se proclame satisfaite. À la question de la femme Narsès sur le nom de ce moment de désastre et de renaissance, le mendiant répond : "l'aurore".
"C’est le prix courant. Ce n’est pas trop cher."
"Cela a un très beau nom, femme Narsès. Cela s’appelle l’aurore."
Fille d'Agamemnon et de Clytemnestre. Jeune fille d'une beauté et d'une droiture absolues, mais hantée par la mort de son père. Elle est la quête de Vérité incarnée, intraitable, refusant tout compromis. Sa pureté morale est une force qui attire le malheur et dérange l'ordre établi, car elle ne supporte ni le mensonge ni l'injustice.
PrincipalFrère d'Électre. Il revient à Argos après vingt ans d'absence, poussé par la nostalgie et le souvenir de son enfance. Jeune homme beau et sensible, il aspire au bonheur simple, mais se laisse happer par la quête de vengeance de sa sœur. Il incarne le devoir tragique malgré lui.
PrincipalReine d'Argos, mère d'Électre et d'Oreste. Femme belle et fière, rongée par le remords et la peur. Elle cache un amour coupable pour Égisthe et le meurtre de son mari. Sous des airs hautains, elle est vulnérable et finit par avouer sa haine pour Agamemnon, un aveu qui la mène à sa perte.
PrincipalRégent d'Argos, amant de Clytemnestre et meurtrier d'Agamemnon. D'abord fourbe, cynique et manipulateur, il vit dans la peur qu'Électre ne 'fasse signe aux dieux'. Cependant, au début du second acte, il vit une métamorphose et devient un roi sacré, patriote et dévoué à sa cité, ce qui rend son châtiment final d'autant plus tragique.
PrincipalUn mendiant ivrogne et clairvoyant, peut-être un dieu. Présent sur les lieux du meurtre d'Agamemnon, il en connaît la vérité. Il commente l'action avec sagesse et humour, servant de chœur antique et de révélateur. Il est le seul à comprendre et à justifier la quête d'Électre.
PrincipalUn homme simple et bon, amoureux d'Électre. Il est prêt à l'épouser par devoir et par affection, offrant un havre de paix modeste mais sincère. Il est le premier à perdre Électre, dès le premier acte.
MinorCousin du jardinier et second président du tribunal. Il est le mari trompé d'Agathe. Personnage comique, il incarne la bourgeoisie satisfaite, lâche et aveugle, qui ne cherche qu'à préserver son confort et son honneur, quitte à pactiser avec le crime.
MinorJeune épouse du président. Vive, légère et infidèle. Son personnage sert de contrepoint à Électre ; elle aussi est une révoltée contre son mariage, mais sur le mode de la sensualité et du mensonge. Par ses aveux, elle fournit à Électre la clé du mystère.
MinorTrois petites filles mystérieuses qui grandissent à vue d'œil tout au long de la pièce. Cruelles, moqueuses, elles disent la vérité sans le savoir. Elles sont les futures déesses de la vengeance. À la fin, elles prennent l'âge et la forme d'Électre pour poursuivre Oreste.
MinorUne mendiante, compagne du mendiant. Elle apparaît au dénouement pour sauver Électre et Oreste. Elle représente le peuple simple, la bonté et la compassion, et pose la question finale sur le sens de ce qui arrive.
MinorL'amant d'Agathe. Jeune, beau et passionné, il joue un rôle dans la comédie bourgeoise qui double la tragédie royale.
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