Monsieur d'Orbesson, le père de famille, est rongé par l'inquiétude. Son fils, Saint-Albin, mène une vie mystérieuse, disparaissant toutes les nuits. Le père découvre que son fils, sous le faux nom de Sergi, s'est épris d'une jeune fille pauvre et vertueuse nommée Sophie. Alors qu'il lutte pour faire accepter cet amour contraire aux conventions sociales, il doit aussi faire face à l'ambition tyrannique de son beau-frère, le Commandeur, et aux amours naissantes de sa fille Cécile avec Germeuil, un jeune homme sans fortune qu'il a recueilli.
Au petit matin, le Père de famille (M. d'Orbesson) est en proie à une vive inquiétude car son fils, Saint-Albin, a passé la nuit dehors. Le Commandeur, son beau-frère, l'observe d'un œil critique et se montre suspicieux envers Germeuil, qu'il soupçonne d'aimer Cécile. Saint-Albin rentre, travesti en homme du peuple. Il avoue à son père qu'il a pris cette apparence pour approcher une jeune fille pauvre, Sophie, dont il est éperdument amoureux. Il raconte comment il s'est installé près d'elle sous le nom de Sergi. Le père, d'abord furieux, promet d'aller voir Sophie. Le Commandeur avertit alors le père que sa fille et Germeuil lui préparent aussi des soucis.
"Est-ce pour leur bonheur, est-ce pour le nôtre qu'ils sont nés ?... Hélas ! Ni l'un ni l'autre."
"Elle pleure, elle soupire, elle songe à s'éloigner ; et si elle s'éloigne, je suis perdu."
La maison s'éveille. Le Père de famille règle des affaires domestiques avec bonté (il renvoie un valet menteur, aide un pauvre). Il s'entretient avec Cécile, qui évoque un désir de retraite, ce qu'il refuse catégoriquement, prônant les devoirs du mariage et de la famille. Il la presse de se confier, évoquant Germeuil. Sophie et sa bonne, Madame Hébert, arrivent. Le Père l'interroge doucement. Apprenant son innocence et sa misère, il lui révèle que Sergi est son fils et lui demande de partir pour le bien de tous. Sophie, accablée, accepte. Saint-Albin entre et supplie son père. S'ensuit une violente dispute où le père, usant de son autorité, maudit son fils. Le Commandeur tente de raisonner Saint-Albin en lui apprenant sa pauvreté personnelle, mais Saint-Albin s'en réjouit car cela le rapproche de Sophie. Saint-Albin retrouve Sophie et lui propose le mariage, mais celle-ci, par devoir, refuse et veut s'en aller. Désespéré, Saint-Albin confie à Germeuil son projet d'enlèvement et lui révèle qu'il connaît son amour pour Cécile, lui proposant de fuir avec eux. Germeuil, effrayé, refuse.
"La justice est la première vertu de celui qui commande, et la seule qui arrête la plainte de celui qui obéit."
"Pourquoi suis-je venue dans cette ville ? Que ne m'en suis-je allée, lorsque mon cœur me le disait !"
Germeuil, qui a intercepté la lettre de cachet du Commandeur, supplie Cécile de cacher Sophie chez elle pour la protéger. Après avoir entendu le plaidoyer déchirant de Sophie, Cécile accepte, malgré ses craintes. Le Commandeur, ignorant la véritable identité de Sophie, confronte Cécile et tente de la séduire en lui promettant sa fortune si elle épouse Germeuil, mais elle refuse avec dignité. Saint-Albin arrive, fou de ne pas retrouver Sophie. Le Commandeur, pour se venger de Germeuil, insinue que celui-ci a exécuté son plan en faisant enfermer Sophie. Saint-Albin entre dans une rage folle contre son ami. Germeuil arrive, rend froidement la lettre de cachet au Commandeur, prouvant son innocence, mais son refus de s'expliquer plonge le Père de famille dans la perplexité et la tristesse.
"Je ne vous ai demandé qu'un instant pour lui trouver un asile. Quel mérite y aurait-il à faire le bien, s'il n'y avait aucun inconvénient ?"
"Je suis une infortunée qui cherche un asile... C'est devant votre oncle et votre frère que je fuis."
Saint-Albin, persuadé de la trahison de Germeuil, lui envoie un cartel. Cécile tente de le raisonner. Le Père de famille, désespéré par la discorde, tente une dernière fois de toucher le cœur de son fils, en vain. Germeuil arrive et est pris à partie. Le Père lui reproche son silence. Le drame est à son comble lorsque Cécile, pour sauver Germeuil de la fureur de son frère, révèle que Sophie est cachée chez elle. Saint-Albin, fou de joie, retrouve Sophie, mais celle-ci, blessée par son comportement violent, lui fait des reproches. Cécile et Germeuil les laissent seuls. Survient alors Madame Hébert, guidée par Deschamps, qui révèle au Commandeur que Sophie est dans la maison. Le Commandeur, exultant, ressort sa lettre de cachet, prêt à frapper.
"Tu me fuis, et je ne peux t'abandonner !... Je n'ai plus de fils, et il te reste toujours un père !..."
"Vil ravisseur, que t'ai-je fait ? Quel droit as-tu sur moi ?... Je veux m'en aller... Vous m'aimez ?... Vous m'avez aimée ?... Vous ?"
L'orage éclate. Le Commandeur annonce au Père de famille que Sophie est chez lui et que sa fille l'a recueillie. Le Père est anéanti. Alors que le Commandeur amène un exempt pour faire arrêter Sophie, Madame Hébert et Monsieur Le Bon interviennent et révèlent la vérité à tous : Sophie est la nièce du Commandeur, la fille de son frère défunt. Stupéfaction générale. Sophie, à genoux, supplie son oncle. Touché, le Commandeur finit par céder, mais à une condition : que le Père punisse Cécile et Germeuil. Saint-Albin prend leur défense, racontant tout ce qu'ils ont fait pour lui et pour Sophie. Ému par ses enfants réunis à ses pieds, le Père de famille accorde sa bénédiction aux deux jeunes couples : Saint-Albin et Sophie, Cécile et Germeuil. Le Commandeur, vaincu et amer, quitte la scène, tandis que la pièce s'achève sur l'union et la joie retrouvée de la famille.
"J'en mourrai, j'en mourrai. Et qui chercherai-je autour de moi !... Ah !... J'aurai eu des enfants, j'aurai vécu malheureux, et je mourrai seul !... Que m'aura-t-il servi d'avoir été père ?"
"Mes enfants... Mes enfants ! ... Allons, mes enfants... Oh ! Qu'il est cruel... Qu'il est doux d'être père !"
Le père de famille. Un homme bon, tendre et sensible, profondément attaché à ses enfants. Il incarne l'autorité paternelle éclairée, cherchant à convaincre par la raison plutôt que par la force. Il est déchiré entre son amour pour ses enfants et son devoir de respecter les conventions sociales.
PrincipalFils du père de famille. Jeune homme passionné, impulsif et sincère. Il tombe éperdument amoureux de Sophie, au point de se travestir et de défier l'autorité de son père. Son amour le purifie mais le rend également aveugle et violent.
PrincipalJeune fille pauvre, vertueuse et d'une grande délicatesse morale. Orpheline de père, elle vit avec une bonne et travaille pour subsister. Son innocence et sa fierté naturelle la rendent d'autant plus touchante. Elle se révélera être la nièce du Commandeur.
PrincipalFille du père de famille. Elle est douce, sensible et respectueuse. Elle cache son amour pour Germeuil par crainte de son oncle et pour ne pas ajouter aux soucis de son père. Elle fait preuve d'un grand courage en acceptant de cacher Sophie.
PrincipalJeune homme recueilli et élevé par le père de famille, ami de Saint-Albin et amoureux de Cécile. Il est honnête, discret et d'une grande intégrité morale. Il se retrouve au cœur des intrigues, tiraillé entre sa loyauté envers ses bienfaiteurs et son devoir.
PrincipalBeau-frère du père de famille. Homme dur, autoritaire, ambitieux et cynique. Il tyrannise la maison de ses conseils acerbes et de ses intrigues. Il incarne l'opposé du père de famille : la raison froide et impitoyable contre le cœur.
PrincipalHôtesse et protectrice de Sophie. Une femme du peuple, bonne et dévouée, qui a pris soin de Sophie comme de sa propre fille.
MinorIntendant de la maison. Homme de confiance du père de famille, il est présent lors des scènes domestiques.
MinorFemme de chambre de Cécile. Discrète et dévouée à sa maîtresse, elle participe à l'intrigue en gardant le secret de Sophie.
MinorValet du père de famille. Renvoyé pour avoir menti sur la conduite de Saint-Albin.
MinorNouveau valet du père de famille.
MinorDomestique de Germeuil. Il est impliqué malgré lui dans l'enlèvement de Sophie et finit par tout révéler au Commandeur.
MinorOfficier de police venu arrêter Sophie sur ordre du Commandeur.
Minor